Magazine Le Mensuel

Nº 2897 du vendredi 17 mai 2013

Semaine politique

Khaled Daher, député du Akkar. Les armes du Hezbollah sont à louer

«Il existe des associations islamistes, des cheikhs et des notables au Liban qui veulent mettre sur pied, pour se défendre, un regroupement opposé au Hezbollah». Khaled Daher, député du Akkar, se déchaîne contre le Hezbollah et son chef.

Vous critiquez le Hezbollah, alors que sayyed Hassan Nasrallah est fier de détenir des armes dissuasives contre Israël et d’appuyer la résistance dans le Golan syrien?
Pourquoi l’ouverture du front du Golan n’a pas eu lieu, il y a 42 ans, et pourquoi sayyed Nasrallah veut l’ouvrir maintenant? Est-ce pour servir les intérêts du régime syrien? Est-ce qu’une telle démarche sert le développement du peuple libanais ou la souveraineté de l’Etat? Ces armes seraient-elles proposées à la location? Son fusil est au service du Wali el-Fakih, à Téhéran et au service de Bachar el-Assad en Syrie. C’est pourquoi les Libanais devraient réaliser qui met en péril l’avenir du Liban en tant qu’Etat et projet de civilisation. Est-ce que l’attitude du Hezbollah consolide l’union nationale ou alimente la crise? Je vais vous confier quelque chose, il existe des associations islamistes, des cheikhs et des notables au Liban qui veulent mettre sur pied, pour se protéger, un rassemblement opposé au Hezbollah.

A l’instar du mouvement des cheikhs Ahmad el-Assir et Salem al-Raféi qui ont lancé des appels au jihad?
Ils sont en nombre plus important que ceux-là. Ce sont des instances religieuses et politiques modérées qui assistent avec indignation aux agissements du Hezbollah qui menacent les Libanais, les sunnites au Liban, et l’entité libanaise, en tentant d’impliquer les Libanais dans une guerre sans aucun intérêt pour eux, mais favorable à Assad et à Ali Khamenei.

Au chapitre gouvernemental, est-ce que c’est l’intimidation, pratiquée par le Hezbollah, sur le Premier ministre désigné et le député Walid Joumblatt, qui a entraîné l’avortement du cabinet neutre composé de 14 ministres?
Dès le tout début, quand le Hezbollah, avec le général Aoun, a appuyé le président du Conseil désigné, leur but était l’obstruction, ils ont voulu instrumentaliser les armes dans l’équation politique. Ce qui se produit aujourd’hui, c’est la paralysie de l’Etat et des intérêts des citoyens. Nous avons vu où le gouvernement du Hezbollah a mené le Liban. Il l’a mené à l’effondrement économique, il a torpillé ses relations avec les pays arabes. Il a miné tous les secteurs productifs et a failli emporter les institutions bancaires et financières… Et le Hezbollah cherche encore et toujours à étouffer le Liban. Après les martyrs offerts par le 14 mars allant du président Rafic Hariri au général Wissam el-Hassan, en passant par les leaders, députés et ministres… nous ne craignons pas les armes du Hezbollah. L’usage de ces armes ne nous fait plus peur puisque le catalyseur à Damas est en panne. Aujourd’hui, le régime syrien est absorbé par ses problèmes, il a besoin du soutien du Hezbollah et des «chabbiha» libanais qui ont été convoqués par Assad qui leur a demandé de ne pas respecter la politique de distanciation.

Ne croyez-vous pas que la Syrie a de vrais amis qui ne la laisseront pas tomber?
Des tentatives désespérées visent à maintenir en vie le régime que le peuple syrien a renversé. Ce régime n’existe plus sur le terrain. Aucune force sur terre ne réussira à maintenir le régime Assad. Historiquement, la volonté des peuples est la plus forte.

D’après vos prévisions, quand le président Salam annoncera-t-il la naissance de son gouvernement? Osera-t-il franchir ce pas sans un consensus avec le 8 mars?
Il aurait fallu annoncer le cabinet, mais le 8 mars est décidé à ignorer les coutumes constitutionnelles et à jouer la carte du blocage… La mise sur pied du gouvernement relève des prérogatives du président désigné et du chef de l’Etat, après consultations des forces politiques. Le gouvernement n’est pas une arène de partage, ni comme l’a dit le secrétaire général du Hezbollah, une affaire de poids politique. Je pense que très prochainement, le président du Conseil désignera une équipe ministérielle soit en accord avec les acteurs politiques, s’ils retrouvent raison et modération en s’attachant aux textes et coutumes constitutionnels, ou il sera de son devoir de mettre sur pied un cabinet formé de personnalités compétentes, non candidates aux législatives, dont la mission consisterait à organiser les élections et à redonner confiance aux citoyens. Comment le président Salam pourrait-il composer une équipe au pouvoir incluant des responsables du Hezbollah qui ne cache plus sa participation aux batailles contre le peuple syrien? Qui peut couvrir ces agissements? Que le Hezbollah laisse le président Salam former un gouvernement qui se mettra au service du Liban.

Propos recueillis par Saad Elias

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