Magazine Le Mensuel

Nº 2897 du vendredi 17 mai 2013

Festival

Tania Saleh au Festival du Printemps de Beyrouth. L’amour est universel

Tania Saleh donne rendez-vous au public libanais, le 26 mai, à 21h, au jardin Samir Kassir. Chababeek Beirut, un concert qui résonne comme un ultime cri du cœur, cri de l’espoir.

Ceux qui ne connaissent du répertoire de Tania Saleh que les chansons de la dernière décennie risquent d’être surpris par le nouveau visage qu’elle va afficher lors de son concert, le 26 mai, dans le cadre du Festival du Printemps de Beyrouth. Après ses années rock, elle revient vers ses premières amours: une musique orientale, entre le jazz, le latin, le classique. Cette musique qu’on appelle communément tarab, non comme un genre en soi, mais dans son acceptation la plus large en raison de cet effet de «tarab» qu’elle engendre chez le spectateur qui se laisse porter, emporter par la musique. Retour donc aux sources pour Tania Saleh, à ses débuts musicaux dans les années 90. Retour à une musique qui lui ressemble davantage, même si elle affirme n’avoir jamais regretté son tournant rock. Bien au contraire même, c’est une évolution normale, estime-t-elle. D’autant plus qu’avec l’âge et la maturité, on ne supporte plus trop les sons forts et la batterie omniprésente au-devant de la musique. Le travail se fait donc davantage sur les mélodies, le «scatting», l’improvisation, le dialogue continuel entre la voix et les instruments. Sur la scène du Beirut Spring Festival, au jardin Samir Kassir, la voix de Tania Saleh dialoguera avec une guitare acoustique, une contrebasse, un piano, des percussions arabes, un naï et une batterie.

Un nouveau départ
Au programme: rien que de nouvelles chansons. C’était d’ailleurs la recommandation de Gisèle Khoury, fondatrice de la Fondation Samir Kassir, qui organise, depuis 2009, le Festival du Printemps de Beyrouth. Tania Saleh ne cache pas son enthousiasme de voir son travail remarqué et apprécié par Gisèle Khoury qui l’a approchée pour prendre part à ce festival qui propose au public libanais, gratuitement, des événements culturels de qualité. D’autant plus Tania Saleh avoue avoir été personnellement touchée par la relation entre Gisèle Khoury et Samir Kassir, «un scénario parfait, idyllique» brisé par l’assassinat du journaliste, «ce leader, libre penseur dont on était tellement fier». Mais voilà, à ce moment, Tania Saleh n’avait pas un nouveau matériel à proposer. Qu’importe, elle ne voulait pas rater cette occasion. Elle s’attelle donc à «ce défi», et durant plus de quatre mois, elle fouille dans ses tiroirs, retrouve d’anciens titres pas encore sortis, écrit de nouveaux textes, compose, arrange, réarrange. «Je n’en reviens toujours pas comment j’ai pu tout terminer en ce bref délai». Parce qu’en plus de la composition d’un nouveau répertoire, Tania Saleh a dessiné l’animation qui sera projetée lors du concert, une autre demande de Gisèle Khoury. Diplômée en Arts plastiques, Saleh n’avait pourtant plus dessiné depuis longtemps. Elle retrouve alors ses outils de prédilection, un papier et un simple crayon, en référence également à la parole libre de Samir Kassir. En noir et blanc, elle essaie de donner à chaque chanson une illustration qui lui ressemble; une illustration qui s’appuie sur une sorte de répétition, qui ne sera peut-être pas claire au début, jusqu’à la révélation finale du sens.
Rien que du nouveau donc pour le concert du 26 mai. Du nouveau également par rapport aux textes des chansons. C’est que Tania Saleh a aussi laissé tomber son engagement politique et social. «J’ai déjà dit ce que j’avais à dire, à propos du Liban, du confessionnalisme, de l’union… Et puis, je regarde autour de moi et je ne comprends rien. Au Liban, en Syrie, partout… Rien que du sang, des massacres, la guerre, la haine. On ne peut plus continuer comme ça». Alors oui, déni, peut-être, Tania Saleh ne s’en cache pas. Mais pour elle, dans l’état actuel des choses, il est devenu impossible de prendre parti, de militer en faveur de telle ou telle partie. Tous se ressemblent et tous s’entretuent. «Comment continuer à vivre dans une telle ambiance, si on ne trouve pas le côté positif de la vie? Où est l’amour entre les gens? Où a-t-il disparu? Il n’y en a plus. Pourtant, il doit y en avoir. C’est une idée universelle; personne ne peut vivre sans amour. Il a construit des palais, des sculptures, des chansons. L’inspiration qui vient de l’amour est unique. C’est l’amour qui doit régenter le monde et la vie, non la religion. Les remontrances ne mènent nulle part, les gens n’ont pas besoin qu’on leur dise de faire telle ou telle chose, donc j’essaie de trouver un langage commun». Et le concert de Chababeek Beirut résonne comme une recherche de l’idée de l’amour, celui qui relie les gens, et qui seul permettra peut-être la survie de la planète. En espérant la sortie du prochain album de Tania Saleh.

Nayla Rached
 

Festival du Printemps de Beyrouth
Dimanche 26 mai
– 21h, au Jardin Samir Kassir.
Chababeek Beirut, Tania Saleh en concert.
Lundi 27 – mardi 28 mai
– 21h, au Théâtre al-Madina.
Incendies de Wajdi Mouawad par la Compagnie Abbé Carré Cé Carré.
Mercredi 29 mai
– 19h, à la banque Audi au centre-ville.
Conférence «Cross Encounter» avec Wajdi Mouawad et Paul Chaoul.
– 21h, aux Thermes Romains, centre-ville.
La Sentinelle de Wajdi Mouawad, par la Compagnie Au Carré de l’Hypoténuse avec Jane Birkin.
Jeudi 30 – vendredi 31 mai
-21h, au Théâtre Monnot.
Seuls de Wajdi Mouawad, par la Compagnie Au Carré de l’Hypoténuse.

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