Magazine Le Mensuel

Nº 2902 du vendredi 21 juin 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Tamim remplace son père Hamad
Les analystes ont été surpris par les fuites médiatiques orchestrées par Doha afin de préparer l’opinion publique au possible départ de l’émir Hamad Ben Khalifa Al Thani du pouvoir, car il souffrirait d’une maladie chronique le rendant inapte à exercer ses fonctions. Si ce scénario s’avère, ce serait une première chez les Thani, plutôt habitués aux coups d’Etat et aux règlements de comptes familiaux dans le sang. Si Tamim, l’héritier au trône âgé de seulement 33 ans, prend vraiment les rênes du pouvoir, cela engendrera un changement gouvernemental poussant le cousin de l’émir Hamad Ben Jassem Al Thani à abandonner son poste. Ce dernier maintient des relations très tendues avec cheikha Moza et son fils favori Tamim qui souhaitent depuis longtemps le mettre hors jeu.   

 

Amr Moussa l’ancien secrétaire général de la Ligue arabe, a mis un terme aux rumeurs qui circulaient en Egypte sur un probable accord avec la confrérie des Frères musulmans, au pouvoir. Les islamistes avaient tout fait pour tenter de séduire l’ancien ministre des Affaires étrangères de Hosni Moubarak afin qu’il se retire du Front du salut national, la coalition de l’opposition, lui faisant même miroiter le poste de Premier ministre. Mais l’ancien diplomate chevronné ne s’est pas laissé berner, affirmant que l’avenir de l’Egypte était sa seule préoccupation, et que ses intérêts personnels passaient au second plan.    
 

Abed Rabbo Mansour Hadi président intéri-maire du Yémen, se trouve désormais seul face à tous. Ainsi, après son clash avec les partisans de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, les Houthistes et les séparatistes du Sud, il ne jouit plus du soutien d’aucun parti politique influent. Lors du dernier congrès de dialogue national, Hadi a exprimé sa rancune et sa frustration face à ce qu’il a appelé «l’ingratitude de la classe politique yéménite». Entre-temps, il semble que le président provisoire ait repris les mauvaises habitudes de son prédécesseur en ordonnant à l’armée de tirer sur des manifestants pacifistes, causant la mort de 15 d’entre eux. Le Yémen semble être retourné à la case départ malgré l’aide apportée par la communauté internationale et surtout par les pays du Golfe pour tenter de le sortir de la crise qui le secoue depuis deux ans  
 

En pointillé
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, n’apprécie guère les critiques qui lui sont adressées. Il a envoyé un signal fort à ses détracteurs dans son pays en maintenant son déplacement au Maghreb arabe au moment où des manifestants occupaient les places des grandes villes turques pour protester contre sa «politique autoritaire». Mais à sa grande surprise, ses passages en Tunisie et au Maroc ont essuyé les mêmes critiques, puisque l’opposition dans ces pays n’a pas apprécié la langue de bois d’Erdogan, qui est venu leur prêcher le modèle turc, tout en les incitant à s’investir dans la guerre en Syrie. Des analystes à Rabat et Tunis se sont étonnés d’entendre un tel discours, d’autant que deux ans et demi après l’éclatement de la révolution syrienne, Ankara n’a toujours pas envoyé ses troupes au secours de la rébellion.

 

Un mort vivant
Après de longues semaines de rumeurs et de fortes pressions exercées par l’opposition algérienne sur le régime afin que des images du président Abdel-Aziz Bouteflika, hospitalisé en France depuis le 9 mai, soient montrées, le pouvoir a enfin cédé. Le chef de l’Etat est apparu recevant son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, ainsi que le commandant en chef de l’armée, Ahmad Gaïd Salah. La photo n’était pourtant pas rassurante, puisque Bouteflika, qui a reçu ses hôtes en robe de chambre, paraissait très pâle et affaibli, ce qui a relancé le débat sur la nécessité de le remplacer à la tête de l’Etat. Après cinquante jours de silence radio, les militaires qui dirigent l’Algérie auraient pu mieux faire.   

 

Benghazi abandonnée à son sort
La ville de Benghazi, considérée comme la capitale des provinces est de la Libye, vit une situation chaotique. Bastion de la révolte populaire contre le régime de Mouammar Kadhafi, en 2011, elle avait payé le prix le plus lourd pour voir disparaître la «Jamahiriya». Mais depuis la chute du colonel, les choses ne sont toujours pas rentrées dans l’ordre dans cette ville et les milices armées étouffent la population qui a hâte de voir l’Etat restaurer son autorité. C’est ce qui explique les protestations qui ont eu lieu à travers la province, exigeant le départ des miliciens des casernes de l’armée. Ces derniers n’ont pas hésité à tirer sur la foule, causant la mort de dizaines de manifestants. Mais ils semblent avoir tiré leur dernière cartouche. En effet, suite à ce massacre, leur premier supporter, le commandant en chef de l’armée Youssef el-Mankouch a dû céder sa place.        

 

Saïf el-Islam lance un SOS
L’avocat de Saïf el-Islam Kadhafi, le fils de l’ancien leader libyen, et de Abdallah as-Sanoussi, ancien chef des services de renseignement, a demandé à ce que ses clients soient livrés à la Cour internationale de La Haye. Selon John Jones, les deux hommes souffriraient de maltraitance et ne jouiraient pas d’un procès juste et équitable en Libye. Face à ces accusations, les autorités libyennes assurent que tous les efforts sont déployés afin de subvenir aux demandes des deux accusés. Faux, répond l’avocat qui note que Sanoussi est détenu en solitaire et qu’il attend depuis dix mois une audience avec lui sans que les autorités pénitentiaires n’accèdent à sa demande. Saïf el-Islam, quant à lui, serait détenu dans des conditions encore plus déplorables par les milices armées d’al-Zawya, qui n’ont même pas permis au procureur général libyen de l’interroger. Elle est belle la révolution.      

 

Si c’était à refaire, je ne le referais pas
Selon le docteur Saëb Erekat, conseiller spécial du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et principal négociateur lors des pourparlers d’Oslo, les Palestiniens n’auraient pas dû reconnaître l’Etat d’Israël. L’homme de confiance d’Abou Mazen ne regrette pas les accords d’Oslo en tant que tels, mais plutôt le fait que l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) ait reconnu l’existence de l’Etat hébreu avant le tracé de ses frontières exactes. «Je suis désespéré et je ne pense sincèrement pas que nous réussirons à obtenir quoi que ce soit d’Israël à travers le processus de paix», a-t-il dit. Le responsable du Fateh considère cependant qu’en 1991, Yasser Arafat n’avait d’autre choix que de négocier avec les Israéliens, puisque l’effondrement de l’Union soviétique avait laissé les Palestiniens sans soutien international. Vingt-deux ans après la signature des accords d’Oslo en grande pompe à la Maison-Blanche, le nombre de colons en Cisjordanie a plus que doublé.

 

Un envoyé très critiqué
L’envoyé des Nations unies en Irak, Martin Kobler, n’a pas brillé depuis sa nomination à son poste et ses échecs répétés ont poussé plusieurs politiciens irakiens à exiger son départ. Le dernier à monter au créneau à ce sujet a été le chef de la Liste irakienne, Iyad Allaoui, qui a indiqué que le représentant spécial de Ban Ki-Moon gérait mal ses dossiers. Allaoui a ajouté: «Je lui conseille de démissionner pour permettre à un autre d’occuper ce poste et peut-être d’aider l’Irak à surmonter ses difficultés».
Kobler est notamment accusé de n’avoir rien fait pour encourager les Nations unies à libérer le pays des restrictions imposées par le Conseil de sécurité sous le Chapitre VII. D’autres opposants ont critiqué l’envoyé onusien pour son approche du dossier des droits de l’homme, notant que les conditions actuelles des prisons rappelaient celles qui existaient sous le régime de Saddam Hussein.         

 

Un gouvernement dans l’embarras
La Somalie, pays arabe déchiré par la guerre civile depuis plus de 25 ans, est confrontée à un nouveau danger, le partage. En effet, les provinces du Sud viennent de proclamer la création d’une entité semi-indépendante appelée Jubaland. A Mogadiscio, le gouvernement, dirigé par Hassan Sheikh Mahmoud, s’est contenté d’exprimer son désarroi face à cette annonce, sans pouvoir changer quoi que ce soit sur le terrain. Entre-temps, le président autoproclamé de Jubaland, Ahmad Mohammad Islam, a reçu le soutien de Nairobi, le voisin très encombrant de la Somalie. Réponse du berger à la bergère, l’ennemi juré Addis-Abeba a refusé de reconnaître Ahmad Islam, confirmant son soutien illimité «aux autorités légitimes et constitutionnelles». La Somalie, considérée dans les années 70 comme une force régionale incontournable, est devenue le terrain de jeu des pays voisins dans la Corne de l’Afrique.            

11 années d’emprisonnement est la sentence prononcée contre la bloggeuse koweïtienne Hoda el-Ajami. Son crime est d’avoir osé critiquer sur son compte Twitter l’émir Sabah el-Ahmad el-Jaber el-Sabah, tout en exigeant que des réformes constitutionnelles soient introduites afin de changer le visage du pays. Or, l’émir était connu pour être un modéré, qui aimait revendiquer son statut de père de la nation, soucieux du bien-être de tous ses sujets. Ce changement d’humeur serait dû à la dégradation de son état de santé et à l’influence grandissante de ses conseillers qui l’encouragent à adopter une politique plus dure envers toute opposition pour éviter tous débordements semblables à ceux qui ont eu lieu au Bahreïn voisin.
Le Koweït, qui jouissait de marge de démocratie, ressemble de plus en plus aux autres monarchies du Golfe, ce qui constitue un retour en arrière. Entre-temps, Ajami, une institutrice au ministère de l’Education nationale, devra quitter ses élèves et ses cours, direction la prison des femmes où elle passera les onze prochaines années de sa vie.

40 millions de dollars c’est le montant des pertes annuelles de l’industrie médicale syrienne depuis le début de la crise. C’est la raison pour laquelle Farès el-Chahabi, président de la Chambre de l’industrie syrienne, a tiré la sonnette d’alarme, appelant tous les acteurs dans le conflit syrien à épargner les usines médicales lors des combats. Selon lui, non seulement le pays ne peut plus exporter ses médicaments, mais il devra faire face, d’ici la fin de l’été, à une pénurie en produits pharmaceutiques. Chahabi a fait savoir que les quelques usines toujours opérationnelles pourraient fermer leurs portes très prochainement, car elles manquent de tout. Ce cri de détresse n’a cependant pas été écouté puisque ni le régime ni ses détracteurs n’ont trouvé nécessaire de répondre à ces demandes. Faut-il vraiment s’en étonner?

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