Magazine Le Mensuel

Nº 3015 du vendredi 21 août 2015

general

Entre le général Aoun et le Futur. Rien ne va plus

En attendant que se décante la situation régionale à la lumière de l’accord nucléaire, les institutions de l’Etat sont atteintes d’une paralysie qui semble devoir s’aggraver. Les tensions internes et les crises ont atteint un degré qui devrait dégager un compromis. Toutefois, on assiste à des bouleversements politiques.

Le général Michel Aoun a influé sur la politique. Du calme, elle est passée à la tension. Aoun n’est parvenu ni à imposer son agenda, ni à obtenir satisfaction concernant ses revendications et, enfin, à sortir vainqueur dans les batailles qu’il mène. C’est ainsi qu’il a dû mettre un frein à ses ambitions et à ses objectifs.
Concernant la présidence de la République, le général Aoun est conscient dans son for intérieur que le chemin de Baabda ne lui est pas ouvert mais, qu’il lui est possible, d’y conduire son candidat en posant un veto sur les autres.
Dans sa bataille pour le commandement en chef de l’armée, la chance de nommer le général Chamel Roukoz au poste, semble lui avoir échappé. Au niveau du gouvernement, sa position est meilleure car il a pu en bloquer les décisions. Mais sa capacité à conserver ce rôle dépend de l’équilibre des forces politiques qui, pour le moment, n’est plus en sa faveur.
Perdant ses atouts et alors que l’étau se resserre sur lui, le général a choisi de jouer la carte de la rue et son atout majeur est le soutien du Hezbollah.
De son côté, le Courant du futur agit avec l’arrière-pensée qu’il a enregistré une victoire politique sur Aoun qui a perdu la bataille pour le commandement en chef de l’armée, ce qui laisse présager sa propre perte pour la présidence. Il considère que le général est affaibli et que l’occasion se présente de mettre un terme à ses ambitions. La porte est ainsi ouverte à un président consensuel et ceci devient le thème principal du dialogue du Moustaqbal et de Aïn el-Tiné.
Cet avis n’est pas partagé par l’ensemble du Courant du futur. Pour certains, il est préférable d’arrêter les débats avec le général afin de lui ôter la possibilité de réussir et de mettre fin à sa carrière politique. N’ayant pas obtenu la présidence de la République, il commet l’erreur de se tourner vers le Hezbollah, comme en 2005, afin de ne pas être isolé.
Le Hezb reconnaît que le Futur a gagné en tactique et que Aoun a perdu un round, mais ni le Futur a gagné une victoire et ni la perte qu’a subie le général peut être qualifiée de défaite.
 

Bkerké-Rabié: plus qu’un différend
Il y a quelques jours, le patriarche Béchara Raï a pris clairement position en contradiction avec les thèses du général Michel Aoun sur plusieurs points.
L’accord de Taëf, pour le patriarche, est la meilleure formule libanaise. Des sources proches de Bkerké affirment que l’attachement à cet accord par l’Eglise maronite s’explique par le fait que les circonstances ne permettent en aucune manière de jouer avec le déséquilibre apparu au Liban dès la guerre de 1975 et dans la région. Cette vision n’est pas conforme au discours de Aoun dans lequel il réclame une révision de l’accord de Taëf pour reconsidérer les droits perdus des chrétiens et celle des pouvoirs du président de la République.
Le patriarche considère que la protection des chrétiens revient au seul Etat et à l’armée et non au Hezbollah à la frontière libano-syrienne.
Il a appelé, de nouveau, les parlementaires à se rendre place de l’Etoile pour élire un président de la République après que le 14 mars et le 8 mars auront désigné chacun son candidat.
Raï a déclaré qu’il n’était nullement disposé à offrir une couverture au général Aoun dans son défi de l’autorité politique représentée par le gouvernement.
En dépit de ces contradictions, un politicien du Courant patriotique libre affirme que les contacts sont permanents avec le patriarche Raï et que les relations ne sont pas rompues. «Il n’existe pas de divergence avec le patriarche qui ne serait pas fâché que soit élu un président fort ou que soit élaborée une loi électorale équitable ou même que l’égalité soit respectée dans la fonction publique».
Le patriarche affirme qu’aucun conflit personnel idéologique n’existe avec le général, mais il n’est pas d’accord avec ses méthodes concernant l’élection d’un chef d’Etat.

Chaouki Achkouti

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