Magazine Le Mensuel

Nº 3026 du vendredi 6 novembre 2015

Semaine politique

Huit morts à Maameltein. La descente se termine dans le sang

Ce qui était censé être une opération sécuritaire ordinaire s’est vite transformé en véritable carnage, provoquant la mort de deux militaires et six civils au cours de la perquisition du Wet, une boîte de nuit à Maameltein, dans la nuit de dimanche à lundi.
 

L’opération qui a coûté la vie à deux soldats de l’Armée libanaise et à six civils, dont deux jeunes filles, n’avait rien d’exceptionnel cette nuit-là. C’était une descente de routine. La personne recherchée était Mehdi Hussein Zeaïter, soupçonné de vendre de la drogue dans les boîtes de nuit. Selon le communiqué publié par l’armée, «au cours d’une perquisition effectuée par une unité de l’armée relevant des services de renseignements dans une boîte de nuit à Jounié, deux soldats sont tombés martyrs. Mehdi Hussein Zeaïter, recherché par les services de renseignements, ainsi que ses gardes du corps ont tiré en premier en direction de la patrouille, tuant deux soldats». La patrouille a répondu aux tirs et des échanges de feu ont eu lieu, provoquant à leur tour la mort du dénommé Zeaïter, Ahmad Ali Ammar, ainsi que quatre autres personnes qui étaient en leur compagnie, dont deux jeunes filles.
Selon des informations rapportées par plusieurs sources, le sergent-chef Maroun Khoury et le soldat Michel Rahbaoui sont entrés dans la boîte de nuit, et alors qu’ils se tenaient en pleine lumière et présentaient, par conséquent, une cible facile, ils ont été lâchement abattus. Rahbaoui est mort sur le coup et Khoury a été sauvé grâce au gilet pare-balle qu’il portait, malgré les deux balles reçues au ventre. Mais en se retournant pour se retirer, il a été atteint par un projectile dans les côtes qui l’a tué sur-le-champ.
Tous les deux natifs du Akkar, le sergent-chef Maroun Younan Khoury, âgé de 35 ans, originaire du village de Bkerzla, et le soldat Michel Zaki Rahbaoui, âgé de 21 ans, originaire du village de Cheikh Mohammad, viennent s’ajouter à la liste, déjà longue, des martyrs de l’armée. Et comme si la famille Rahbaoui n’avait pas déjà suffisamment souffert, il a fallu que le jeune Michel subisse le même sort que son père, Zaki Rahbaoui, lui aussi un militaire qui a été tué dans les affrontements de Nahr el-Bared, qui ont opposé l’armée aux terroristes de Fateh el-Islam, en 2007. Fils unique, ses proches racontent que le père a été un exemple d’héroïsme et de bravoure pour son fils, qui a voulu emprunter la même voie et qui paie aujourd’hui le même prix.
Dans la matinée de lundi, les forces de l’ordre ont coupé la route côtière de Jounié et dévié la circulation vers l’autoroute, provoquant des embouteillages monstres. Le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, s’est rendu sur les lieux du drame pour une visite d’inspection. Il a chargé la police militaire de lancer une enquête préliminaire et demandé à un médecin légiste d’établir un rapport. Des scellés ont été mis sur la boîte de nuit. Pourtant, ce carnage suscite beaucoup d’interrogations.
Comment une telle tuerie a-t-elle pu avoir lieu dans un endroit plein à craquer?
Dans les détails de ce drame, des sources rapportent que l’une des jeunes filles tuées, Mirna Abou Zeid, avait convié ses amis au Wet, une boîte de nuit située à Maameltein, pour célébrer l’anniversaire de son ami, Ahmad Ali Ammar. Mehdi Zeaïter, qui était recherché par les services de renseignements, faisait partie des convives. Les internautes se sont emparés de la nouvelle et ont commenté l’histoire d’amour qui unissait Ahmad et Mirna. Une page intitulée Rest in peace Ahmad et Mirna a été créée et des photos du couple ont été publiées, ainsi que des messages de condoléances. L’identité de la deuxième jeune fille a été révélée plus tard. Il s’agit de Vanessa Abou Rjeily.

Joëlle Seif

Le fils du «Chef»
Selon certaines informations, Ahmad Ali Ammar était le garde du corps de Mehdi Hussein Zeaïter, âgé de 18 ans. Tous les deux n’étaient pas des inconnus auprès des autorités. Selon le communiqué de l’armée, 11 avis de recherche et six mandats d’arrêt sont émis contre eux. Ils auraient commis plusieurs crimes dont le proxénétisme et le trafic de drogue. Surnommé «Jaafar», Zeaïter serait le fils de l’un des plus grands trafiquants de drogues et d’armes dans la région de Zaatriyé (Fanar) et qui serait surnommé «Le Chef». 

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