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Nº 3028 du vendredi 20 novembre 2015

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Crise des réfugiés. Le coup de gueule d’Alain Bifani à la communauté internationale

Le directeur général du ministère des Finances revient, pour Magazine, sur son cri d’alerte émis le mois dernier auprès de la communauté internationale à Lima à l’occasion du sommet du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, «nous ne demandons pas la charité, avait-il scandé, mais un partage des frais équitable dans la gestion de la crise des réfugiés».

 

«Si le Liban doit supporter seul le poids des réfugiés syriens, le monde entier peut être sûr que cela va lui coûter très cher», a mis en garde Alain Bifani, directeur général du ministère des Finances dans un entretien accordé à Magazine. «A Lima, le mois dernier, j’ai voulu clarifier la position libanaise en ce qui concerne la crise des réfugiés», poursuit-il.

«La communauté internationale a tout intérêt à aider le Liban dans la gestion de cette crise, insiste Bifani. Il faut savoir qu’un déplacé en Europe coûte cinq fois plus cher qu’un autre au Liban».

Le directeur du ministère des Finances est virulent. «Le Liban ne demande pas de l’aide, ni de la charité, mais un partage équitable des frais. La crise des réfugiés est une affaire mondiale. Nous fournissons un bien à l’humanité entière en accueillant plus de 1,5 million de réfugiés ici au Liban. Cela fait déjà quatre ans que nous gérons cet afflux sans le moindre partage des frais». Il insiste: «Il n’est pas question de recevoir de l’aide sous la base de prêts pour la question des réfugiés, nous avons besoin de dons».

 

1/3 du PIB au Liban

A Lima, Alain Bifani a fait comprendre à la communauté internationale l’ampleur de la crise des réfugiés syriens, en particulier pour les pays limitrophes. Sous cette impulsion, la Banque mondiale et les Nations unies ont ainsi mobilisé un groupe de donateurs composé des grandes banques de développement, des pays du G7, des pays arabes et de certains pays européens dont scandinaves.

«La Banque mondiale a signé un accord de principe pour accorder des prêts à taux bonifiés au gouvernement libanais en matière de développement. En ce qui concerne le volet des réfugiés, nous attendons uniquement des dons», affirme le directeur du ministère des Finances.

«Lorsque l’on soutient les déplacés, il faut aussi aider les communautés hôtes, poursuit Alain Bifani. Car l’aide aux réfugiés implique forcément une augmentation des prix et une concurrence sur le marché du travail qui fragilise les populations les plus vulnérables».

Selon Alain Bifani, le Liban aurait besoin de plusieurs milliards de dollars par an pour gérer la crise des réfugiés, alors que l’Etat libanais n’a perçu que 70 millions de dollars d’aide en quatre ans. «Ce que l’on demande c’est une prise en charge immédiate de ce dossier qui est des plus urgents, précise-t-il. Le monde doit se rendre compte de l’ampleur du défi auquel nous faisons face. C’est comme si le Mexique était déplacé aux Etats-Unis».

Selon le ministère des Finances, la crise syrienne aurait coûté au Liban 1/3 de son PIB, soit quelque 15 milliards de dollars.

 

La BM rappelle le Liban à l’ordre

Sur un autre plan, les lois dites «de nécessité économique» ont finalement été votées par les députés lors de la séance législative du 8 novembre dernier. Rappelons que trois prêts de la Banque mondiale destinés au Liban attendaient jusque-là d’être approuvés par le Parlement libanais. Il s’agissait du barrage de Bisri (474 millions de dollars), d’un prêt au ministère des Finances (5,2 milliards de dollars) et d’un prêt au ministère de l’Environnement pour promouvoir les énergies renouvelables (15 milliards de dollars).

«A Lima, la Banque mondiale avait rappelé le Liban à l’ordre concernant ces ratifications, précise Alain Bifani, mais elle ne menaçait pas d’annuler ces prêts, insiste-t-il. Elle nous a simplement rappelés à l’ordre et elle a eu raison de le faire. Il s’agit de prêts au développement. En reportant la ratification de ces projets de financement, nous privions d’autres pays des aides de la Banque mondiale et de cette dernière des intérêts qu’elle devrait percevoir sur ces prêts. A Lima, nous nous étions engagés à légiférer rapidement et c’est ce que nous avons fait».

Rappelons qu’en juillet dernier, la Banque mondiale avait prorogé, de plusieurs mois, les délais de ratification de deux de ces prêts. Celui concernant le barrage de Bisri, initialement prévu au mois de juillet dernier, avait été repoussé jusqu’à fin décembre 2015.

 

Baisse de la note souveraine?

Par ailleurs, les trois grandes agences de notation (Fitch, Standard and Poor’s et Moody’s) prévoient-elles d’abaisser la note souveraine du Liban, la faisant passer de B à triple C? A cette question, le directeur du ministère des Finances répond: «Le risque existe bel et bien», ces dernières ayant émis des perspectives négatives concernant l’état des finances publiques libanaises.

«Il ne faut cependant pas s’alarmer, nuance-t-il. La note souveraine d’un pays est attribuée en fonction de plusieurs indicateurs. Parmi eux, sa situation politique. Dans ce domaine, nous avons montré que nous étions capables de faire passer des lois et ce, malgré la crise institutionnelle dans laquelle nous nous trouvons. C’est ce que nous avons fait lors de la séance législative du 8 novembre avec une partie de la loi sur l’exercice du budget, et celle de la lutte contre le blanchiment d’argent et le terrorisme approuvée».

Parmi les autres indicateurs pouvant affecter la note souveraine d’un pays, Alain Bifani a également cité l’état de l’économie, réelle, celle des finances publiques, ainsi que la situation monétaire et externe.

L’économie réelle libanaise a été touchée de plein fouet par la crise syrienne. Les secteurs les plus touchés ont été le tourisme, l’hôtellerie et la restauration et, dans une moindre mesure, la construction qui «commence à se tasser», précise Bifani.

Selon lui, la croissance libanaise est passée d’environ 2% par an, de 2011 à 2014, à 1% de prévision pour 2015. Le FMI est, lui, plus optimiste tablant sur un taux entre 2 et 2,5% cette année. Selon Alain Bifani, le problème du Liban est moins sa modeste croissance que sa dette colossale s’élevant à 134% du PIB.

«Les finances publiques ne se portent pas plus mal que d’habitude», considère Alain Bifani». Le directeur du ministère insiste sur la nécessité de remettre en place un système budgétaire qui fonctionne. «Il faut définir les priorités de refonte de la structure des rentrées. La détaxe du carburant fut, par exemple, une très mauvaise idée. Outre les pertes directes liées aux revenus de cet impôt, nous sommes passés à côté d’énormes opportunités».

Soraya Hamdan

 

 

 

 

Pas de dévaluation

D’un point de vue monétaire, Alain Bifani ne craint pas une dévaluation de la livre libanaise. «La stabilité de notre monnaie n’est pas menacée, a-t-il indiqué. Pour qu’elle le soit, il faudrait un important mouvement de sortie de capitaux du pays et des rentrées en devises. Je ne pense pas que ce soit le cas». Selon Alain Bifani, même dans ce scénario, le Liban pourrait faire face à la situation grâce à d’importantes réserves, s’élevant à 33 milliards de dollars et 12 milliards en or.

 

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