Magazine Le Mensuel

Nº 3046 du vendredi 25 mars 2016

Confidences Liban

Confidences Liban

Hariri-Geagea: priorités divergentes  
«Les divergences sur les priorités sont tout à fait naturelles, déclare le Dr Samir Geagea commentant sa relation avec le président Saad Hariri. Si nous avons une approche différente de certains sujets et de la gestion du projet du 14 mars, le discours politique général du Moustaqbal et des Forces libanaises est le même». Il ajoute: «Nous pouvons ne pas être du même avis sur un détail de l’importance de la présidence de la République, bien que ce détail ne le soit plus autant puisque la course à la présidence s’est limitée à deux candidats issus des rangs du 8 mars. C’est devenu une question de préférence personnelle. Oui, Sleiman Frangié a accompagné l’application des accords de Taëf telle qu’elle a été faite de 1990 à 2005, c’est pour cette raison que nous ne l’appuyons pas. Hariri estime que cela est acceptable et pas grave. C’est là le point de discorde. Celui qui ne connaît pas bien l’ex-président pense que ces développements sont stratégiques, en fait, ce sont des détails!».

 

Le Hezbollah en mauvaise posture?
«Le Hezbollah est tout à fait conscient que s’il perd la bataille en Syrie avec Bachar el-Assad, la prochaine guerre aura lieu dans la banlieue sud de Beyrouth, c’est pourquoi il met tout son poids en Syrie», selon l’analyse d’un officier israélien supérieur. Ce dernier estime aussi que la formation de sayyed Hassan Nasrallah est en mauvaise posture et n’est pas dans une situation lui permettant de prendre l’initiative de déclencher des attaques. «Le Hezbollah passe par une grave crise existentielle et ne souhaite pas être exposé en plus à une menace israélienne. Si jamais nous optons pour la confrontation militaire contre lui, nous l’attaquerons en Syrie et au Liban, cela mettra son existence même en danger».

Alliance municipale CPL-FL
La tendance est à l’alliance entre le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL) lors des prochaines élections municipales. Le député Antoine Zahra explique à ce sujet: «Dans les régions à caractère politique, la nouvelle relation entre FL et CPL sera prioritaire. Nous tenterons de la concrétiser à travers une entente qui n’éliminera personne. Pour ce qui est des indépendants, certains craignent de faire les frais de notre accord avec le CPL, et d’autres se comportent de façon positive avec la nouvelle donne et comprennent qu’il s’agit d’un élément rassembleur dont l’objectif est d’englober tous les Libanais et non seulement les deux partis».

Nasrallah-Hariri: pas de rencontre
Les circonstances d’une rencontre entre Saad Hariri et sayyed Hassan Nasrallah ne sont pas encore arrivées à maturité, selon les observateurs et cela pour plusieurs raisons:
– Après la tension croissante entre le Liban et les pays du Golfe, les divergences entre les deux leaders portent sur des dossiers fondamentaux, et plus encore, essentiels. Surtout que le Hezbollah pose des conditions préalables à cette rencontre qui, d’après lui, ne devrait pas être à caractère purement formel, mais porteuse de solutions.
– Ce sont les développements régionaux dans toute leur complexité qui détermineront le momentum de cette réunion. Or, les données régionales n’ont pas changé et Riyad ne compte pas, au moins à court terme, faire marche arrière dans la bataille déclenchée contre le Hezbollah. Cependant, il est impossible que ce tête-à-tête ait lieu sans la bénédiction de l’Arabie. Sans oublier que Hariri n’est certainement pas disposé à avoir des déboires financiers avec l’Arabie saoudite surtout que ses institutions connaissent de nombreuses difficultés.

Fiasco électoral
Fiasco pour la Commission parlementaire chargée de l’étude de la nouvelle loi électorale. Le rapport publié par cette commission indique que les diverses composantes sont restées attachées chacune à sa position. Les réserves formulées par les représentants des partis montrent l’ampleur des divergences. Pour Ali Fayad, la loi idéale est basée sur un scrutin à la proportionnelle et sur une circonscription unique à la dimension du Liban tout entier ou des 5 mohafazats traditionnelles, alors qu’Alain Aoun prône la proportionnelle, mais répartie sur 15 circonscriptions, et que Samer Saadé insiste sur le mode de scrutin majoritaire avec des circonscriptions individuelles.
Ainsi, la commission aura délivré au président Nabih Berry un quitus qui lui évite d’être la cible de ceux qui l’accusent de vouloir tergiverser sur ce dossier. On dit que le CPL, en solidarité avec les FL, souhaiterait soumettre ce sujet au Parlement. Mais l’insistance du duo Aoun-Geagea à vouloir inscrire prioritairement la loi électorale à l’ordre du jour de la première séance législative de l’Assemblée se heurtera à trois écueils.
– Si la commission composée de 8 membres n’est pas parvenue à un accord, qu’en sera-t-il du Parlement qui compte 127 députés?
– Les alliés du 8 mars partisans de Michel Aoun ne le soutiendront pas parce qu’ils veulent que la présidentielle précède les législatives. Le nouvel élu potentiel jouissant de prérogatives lui permettant de retourner le projet ou de le modifier.
– L’option de Michel Aoun signifie la prolongation du report de l’échéance présidentielle.

Berry agacé par Aoun
Le président Nabih Berry ne cache pas son inquiétude. La formule «Préparez-vous!», lancée par le général Michel Aoun à l’occasion des célébrations du 14 mars, a entraîné plus d’une interrogation. Comment l’interpréter? La conjoncture interne peut-elle encore se prêter à ce genre d’options? Berry ne comprend pas, non plus, comment le général de Rabié continue à qualifier la Chambre actuelle d’illégitime. Il se demande: «Si jamais ce même Parlement décidait d’élire le général Aoun à la présidence, restera-t-il illégitime ou sera-t-il perçu comme le meilleur des Parlements?».

Marge étroite de manœuvre
Certains estiment que le général Michel Aoun a déjà mis en jeu toutes les cartes dont il dispose, en essayant d’ouvrir des canaux de communication avec le Moustaqbal ou en tournant la page avec les Forces libanaises en tissant une entente globale… Il est probable que c’est cela qui l’a poussé à remettre à nouveau sur le tapis la légitimité du Parlement d’où le climat de tension avec Nabih Berry… Bien sûr, le leader du CPL tente de la sorte de couper la voie de Baabda à tout autre présidentiable maronite qui pourrait être élu en lui conférant, dès le départ, un caractère illégitime du fait qu’il doit son élection à un Parlement en perte de légitimité.

Les Kataëb, ministres rebelles
Les ministres Kataëb dérangent et agacent le président Tammam Salam qui les qualifie de ministres de l’opposition au sein du cabinet. Ils pratiquent une politique de chicane et de rébellion, estiment certains milieux. C’est ainsi qu’ils ont agi au moment de l’adoption du plan des décharges et c’est comme cela qu’ils se comportent sur le dossier de la Sécurité de l’Etat où ils exercent des pressions sur le président Salam en ménageant le président Nabih Berry. Même scénario dans le dossier des réfugiés syriens. Le ministre du Travail, Sejaan Azzi, a boycotté la réunion de la commission parlementaire, chargée des affaires des réfugiés syriens, pour protester contre les exigences des pays donateurs qui veulent associer l’octroi des aides au Liban au droit à l’emploi des déplacés: «Pas question, s’est exclamé Azzi, de négocier cette affaire. Sinon nous tomberons sans nous en rendre compte dans le piège de l’implantation!».

Cent cinquante engins d’espionnage
Alors que le pays est plongé dans le scandale de l’Internet illégal et de ses liens avec Israël, des rapports révèlent que l’armée israélienne continue d’installer des appareils d’espionnage dans plus d’une région libanaise. Tel-Aviv ne renonce pas à la surveillance de zones libanaises précises en ayant recours à des drones ou à des systèmes d’écoute et de communication bien dissimulés. Selon des experts, les Renseignements israéliens ont installé plus de 150 engins et antennes d’écoute tout au long de l’axe frontalier au Sud qui couvrent tous les villages et villes qui font face à la Galilée. Les enquêtes de l’Armée libanaise montrent que l’appareil découvert près du village de Markaba, par exemple, composé d’un dispositif de caméra et d’émetteur-récepteur, était implanté non loin d’un poste militaire. Si on ne connaît pas encore tous les détails sur le mécanisme, on a cependant remarqué qu’après la saisie par le Liban de cet appareillage, une unité de l’armée israélienne s’est dépêchée d’ouvrir le portail métallique à l’ouest de la colonie de Misgav Am, en face de Adayssé, pour franchir la route dépassant la clôture de quelque 30 mètres et procéder, par le moyen d’une pelleteuse, au retrait de gros tuyaux de ciment vers l’intérieur, derrière la clôture. On présume que ces tuyaux contiennent des appareils d’espionnage. C’est la troisième fois en trois mois que le Liban trouve ce type d’engins sur son sol: aux alentours de Adayssé, le 29 décembre passé, dans la plaine de Marjeyoun, en décembre 2015, et à Bani Hayyan, le 30 septembre 2015. Ces agressions contreviennent à la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Et c’est devant l’unité indonésienne de la Finul que ces dispositifs ont été retirés.

 

Liban: croissance en chute libre
Le débat bat son plein dans certains milieux du collectif des associations civiles, sur l’opportunité de revendiquer la révision de quelques accords internationaux peu profitables à l’économie nationale, comme l’accord de partenariat avec l’Union européenne et l’accord de partenariat arabe. Ils revendiquent, par ailleurs, l’amélioration des conditions de l’adhésion du Liban à l’Organisation internationale du commerce. Le Liban, insistent ces sources, a besoin de prendre des dispositions en matière de taxes douanières pour conférer au produit «made in Lebanon» le pouvoir de concurrencer les produits étrangers disponibles sur le marché local. Les exportations libanaises vers l’UE, par exemple, n’ont enregistré aucune croissance à la suite de la signature de l’accord d’association avec l’Europe dont tirent profit les pays européens de façon unilatérale, parce qu’ils ont adopté des mesures visant à soutenir leurs secteurs productifs. L’accord stipule, à titre d’exemple, l’exportation annuelle de 50 tonnes de pommes de terre, mais cette clause n’est pas appliquée. Pareil pour l’accord avec les Arabes dont l’application se fait en fonction des intérêts de chacun des pays. Ce qui n’est pas normal, c’est l’incapacité du Liban à acheminer ses exportations vers un nombre de pays arabes qui, eux, inondent notre marché de leurs produits en toute liberté et sans aucun obstacle. La directrice de la délégation du Fonds monétaire international, Annalisa Fedelino, a confirmé que la croissance au Liban a enregistré un net recul. De 8% en moyenne entre 2008 et 2010, elle est tombée à 1% en 2015.

 

Joumblatt-Wahhab: tension en sourdine
Entre le député Walid Joumblatt et l’ex-ministre Wiam Wahhab, la relation est tendue et le restera en sourdine, à cette étape. Les sources de ce dernier placent la position du leader du Moukhtara par rapport à la crise sociale actuelle dans le cadre de la fuite en avant, surtout qu’elle touche une grande partie de son public. Joumblatt était l’un des plus grands contestataires du projet sur l’imposition de taxes sur les dépôts bancaires et les bénéfices des banques. Via les réseaux sociaux, il a récemment exhorté «les personnes concernées à parvenir, au minimum, à une formule pratique pour mettre un frein au déficit budgétaire», alors qu’il avait fermement contesté la réduction des intérêts sur les bons du Trésor sur le marché local. Ses appels à «réduire l’emploi irrationnel dans les secteurs de l’Etat» sont, par ailleurs, en totale contradiction avec la réalité du recrutement de ses adeptes et partisans dans la fonction publique en en privant les autres druzes.

 

Israël: le nucléaire fortifié
Les installations nucléaires israéliennes sont présentes sur l’ensemble du territoire, du nord au sud, précise un expert militaire libanais qui les classe en trois catégories: les réacteurs, les centrales de stockage et les centrales de concentration nucléaire. La région située au nord de l’axe Akka-Naplouse est la plus stratégique parce qu’elle abrite des têtes et des missiles nucléaires, en plus des centres d’équipement des armes nucléaires. Tel-Aviv, ajoute l’expert, a adopté de grandes mesures préventives pour protéger son arsenal nucléaire en le plaçant au cœur de tunnels dans les montagnes et dans des centres fortifiés, mais cela ne le met pas à l’abri d’attaques au cas où la Résistance décidait de le bombarder. Ces installations sont implantées sur une surface géographique relativement étroite et proche de certaines zones résidentielles. L’expert, pour conclure, affirme que le projet de la Voûte de fer des usines américano-israéliennes est un échec, parce qu’il ne peut pas écarter le danger des missiles balistiques.

 

 

 

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