Fanny Ardant. «Les mots sont comme des pierres jetées»
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Fanny Ardant. «Les mots sont comme des pierres jetées»

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    Sa voix est identifiable entre mille. Fanny Ardant reprend, seule en scène, Hiroshima mon amour, d’après le scénario écrit par Marguerite Duras pour le film d’Alain Resnais, adapté et mis...
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Sa voix est identifiable entre mille. Fanny Ardant reprend, seule en scène, Hiroshima mon amour, d’après le scénario écrit par Marguerite Duras pour le film d’Alain Resnais, adapté et mis en scène par  Bertrand Darcos. Une performance proposée par l’Institut français du Liban, le 28 février à l’hôtel al-Bustan. L’immense actrice s’est confiée à Magazine sur ses choix artistiques, ses envies, sa carrière.

Marguerite Duras tient une place particulière dans votre répertoire au théâtre. Vous avez déjà interprété sur scène La musica deuxième, La maladie de la mort, L’été 80, et maintenant Hiroshima mon amour. En quoi les écrits de Duras vous touchent-ils particulièrement?
J’aime tout ce que dit Marguerite Duras et comment elle le dit, son style, sa forme toujours précise, poétique, forte. Sa réflexion sur le monde et l’Amour est libre, audacieuse, innovatrice, sans peur des jugements.

Comment s’empare-t-on d’un texte aussi mythique que celui d’Hiroshima mon amour, qui a marqué l’histoire du cinéma?
Quand j’aime un texte, j’y rentre toujours en lui faisant confiance. Comme dans la musique, je respecte sa partition et tout s’éclaire en le disant. Je trouve la respiration, le rythme et le ton en l’écoutant en moi. Les mots sont comme des pierres jetées qui font soit une cathédrale, soit un mur, soit un puits.

Quelle impression aviez-vous gardé du film? Cela vous a-t-il guidé pour votre interprétation, ou avez-vous préféré faire table rase et proposer autre chose?
J’ai vu le film d’Alain Resnais très jeune, trop jeune peut-être. Je n’ai pas tout compris mais j’ai été fascinée par les plans, le ton, la liberté et l’obsession. Mais en jouant ce texte, je n’ai jamais pensé au film. Je l’ai pris comme s’il avait été écrit pour moi.

Seule sur scène avec les mots de Duras, vous retrouvez Gérard Depardieu, avec qui vous avez souvent tourné, qui intervient en voix off. Etait-il le partenaire idéal pour vous accompagner sur ce texte?
Oui. Gérard Depardieu est durassien par sa voix douce, intense, intelligente, par son âme qu’on écoute grâce à sa vibration, sa simplicité, sa vérité. Gérard est l’acteur avec qui j’aime le plus jouer. On ne joue plus, on vit.

Y a-t-il une résonnance particulière pour vous de venir interpréter Hiroshima mon amour au Liban, un pays que vous connaissez pour y avoir déjà joué?
Ce texte résonne partout avec force. Il concerne le monde entier. Au Liban, qui a vécu la guerre il n’y a pas si longtemps, ce que dit Marguerite Duras sera peut être encore mieux compris sur le danger de l’oubli, qui hélas, appartient aux êtres humains. Venir au Liban est une joie. J’aime ce pays – et les Libanais – pour la richesse et la complexité de son histoire, son courage, sa résistance, sa générosité et la chaleur de son accueil. J’écoute souvent Fairouz et son hymne d’amour à Beyrouth. Sa voix donne envie de vivre quoi qu’il arrive.

Vous alternez cinéma d’auteur, comédies populaires, théâtre, vous avez aussi réalisé trois films et mis en scène une pièce au Châtelet. Dans quel domaine vous retrouvez-vous le plus?
J’aime tout. Mon unique luxe dans la vie a été de ne faire que ce que j’aimais. Je suis une actrice avant tout. Mon plaisir de jouer est intact et je suis prête à toutes les nouvelles aventures. J’ai toujours écrit les films que j’ai tournés quand j’étais en train de jouer au théâtre: les longues après-midi avant la levée du rideau. J’aime habiter des univers différents.

Vous allez aussi mettre en scène Lady McBeth à l’Opéra d’Athènes. Pourquoi ce choix?
Je vais mettre en scène l’opéra Lady Macbeth du district de Mtzenk» à Athènes au printemps. On m’y a invitée et j’ai choisi cet opéra de Chostakovitch par amour de cette œuvre, le livret, la musique, ce que ça raconte: comment vivre libre et savoir en payer le prix.

Vous avez tourné avec les plus grands, au cinéma, comme au théâtre. Qu’est-ce qu’un rôle doit avoir pour vous séduire?
C’est difficile de le savoir avant. C’est «l’obscur objet du désir». C’est l’envie irrésistible de vivre un personnage. Une heure avant de lire un scénario on ne sait rien, une heure après on sait tout.

Vous qui aimez jouer des rôles de femmes fortes, parfois fragiles, quelles sont les femmes, aujourd’hui, qui vous rendent admirative?
Toutes les femmes anonymes qui restent libres de penser et d’agir sans rentrer dans des ghettos, qui n’attendent pas les lois pour exister.

Jenny Saleh

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

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