Ghassan Moukheiber, député du Metn. Roumieh, une riposte à Jabal Mohsen
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Nº 2984 du vendredi 16 janvier 2015

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Ghassan Moukheiber, député du Metn. Roumieh, une riposte à Jabal Mohsen

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    Ghassan Moukheiber, député du Metn. Roumieh, une riposte à Jabal Mohsen
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L’opération sécuritaire qui a eu lieu dans la prison de Roumieh le lundi 12 janvier constitue un grand coup à la mouvance islamiste. Magazine revient sur cette affaire dans un entretien avec le député Ghassan Moukheiber, membre du Bloc du Changement et de la Réforme.  
 

Que pensez-vous de l’opération sécuritaire menée dans la prison de Roumieh?
Je salue cette opération que l’on attendait et réclamait depuis longtemps. La gageure restera de suivre cette action par le développement d’une administration pénitentiaire efficace, tant sur le plan sécuritaire, je pense particulièrement aux besoins pressants de terminer la construction du secteur carcéral de haute sécurité à la prison de Roumieh, que sur le plan qualitatif qui transforme les prisons libanaises d’un simple lieu de châtiment en un outil de réhabilitation et de réinsertion sociale et qui prolonge l’action de la justice dans le respect des normes minimales du traitement des prisonniers et des détenus. L’ensemble des actions à entreprendre est connu. Il s’agit d’investir les fonds nécessaires particulièrement en termes de construction adaptée à Roumieh et ailleurs, la formation d’une administration spécialisée et un accompagnement efficace de la justice.

Comment expliquez-vous le timing de cette opération?
Mieux vaut tard que jamais, mais on ne peut pas ne pas faire un lien avec trois faits marquants actuels. D’abord, une conjoncture politique interne de collaboration et non de compétition entre les différents acteurs, un gouvernement d’union nationale, un dialogue entre le Courant du futur et le Hezbollah et un ministre de l’Intérieur, dont je salue le courage et la détermination. Ensuite, l’attentat terroriste de Jabal Mohsen qui a eu lieu l’avant-veille de l’action. On ne peut pas s’empêcher de considérer cette opération comme une riposte, même symbolique, de l’Etat. Le ministre de l’Intérieur a mentionné le rôle des détenus de Roumieh dans l’organisation de l’attentat de Jabal Mohsen. Cette action est intervenue comme une «réparation» aux familles des victimes. Enfin, le contexte du bras de fer entre l’Etat et les organisations terroristes du Front al Nosra et Daech. Par cette action à Roumieh, l’Etat affirme son contrôle du dossier des prisonniers dont ces organismes terroristes réclament la libération par une série de pressions et par le chantage.

Comment expliquez-vous que cette action ait eu lieu sans aucune effusion de sang?
Je ne suis pas un spécialiste militaire. Cependant, dans les innombrables occasions où je posais la question aux officiers, ces derniers me confirmaient qu’une fois la décision politique prise, ils se portaient forts de l’exécuter avec des moyens techniques qui limiteraient au maximum les risques de bavures et de victimes. Ce qui me semble avoir été le cas.

 

L’Etat n’avait-il pas les moyens de mener cette opération auparavant?
Bien sûr, au moins sur le plan purement sécuritaire à l’intérieur de la prison. A titre d’exemple, l’Etat avait acheté à grands frais - des millions de dollars - un matériel qui brouille les télécommunications, il n’avait jamais été utilisé, ce qui constitue une faute lourde et une manière quasiment directe de laisser le champ libre aux agissements terroristes des détenus. Ce matériel devrait dorénavant être utilisé systématiquement. L’Etat avait aussi mis des délais inacceptables pour commander et installer des portes aux cellules et construire la grande salle d’audience qui abrite désormais les procès des groupes terroristes. De même, il a beaucoup tardé dans la construction du quartier carcéral à haute sécurité, qui devrait séparer les groupes terroristes du reste des détenus.

Donc l’Etat est responsable de la situation à Roumieh. Quelle est l’étendue de cette responsabilité?
L’Etat porte une lourde responsabilité depuis des décennies car la bonne gestion pénitentiaire, jusqu’à très récemment, n’était pas une priorité. Depuis quelques petites années, une stratégie et un plan d’action ont été élaborés. Il suffit de revoir le chapitre relatif aux prisons faisant partie du plan d’action national des Droits de l’homme publié en 2013 pour réaliser l’étendue des actions nécessaires pour transformer les prisons libanaises. Le défi dans l’avenir sera de réussir la mise en œuvre de l’ensemble de ce plan d’action et de réaliser, comme vient de le démontrer l’opération coup de poing de la prison de Roumieh, combien la question des prisons concerne la sécurité de tous les Libanais et le respect dû à la dignité des personnes détenues.

Propos recueillis par Joëlle Seif

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Éditorial
Etat comateux

L’horrible carnage qu’a connu Paris, dans les bureaux de Charlie Hebdo, a soudé la France et créé autour d’elle une solidarité internationale. Que l’on soit d’accord ou non sur la politique du journal, sur les limites de la liberté d’expression, la raison fondamentale de cette grande mobilisation est la lutte contre ce barbarisme aveugle qui frappe la planète en ce début du XXIe siècle. Loin d’échapper à ce fléau, nous en connaissons au Liban, depuis plusieurs années, les formes les plus violentes. Des chefs de file, des ministres, des députés, des personnalités politiques, des militaires, des journalistes, des religieux et tous ceux qui, au Liban, ont eu le courage de lutter pour défendre haut et fort les libertés et la vie en commun, ont été victimes de leurs convictions. Une révolution du Cèdre, emblème du Liban, avait suscité, en 2005, un exceptionnel enthousiasme et entraîné un vaste rassemblement populaire pour réclamer l’indépendance du pays et le retour sous la bannière de la seule autorité de l’Etat. Elle n’a hélas pas résisté aux intérêts personnels. Nous ne pouvons pas occulter les horribles décapitations et assassinats des soldats pris en otages et dont le seul tort est d’accomplir leur mission. Des criminels courent toujours. D’autres sont détenus dans la prison de Roumieh d’où, faute de contrôle, ils réussissent à maintenir le contact avec leurs acolytes. La récente attaque contre Jabal Mohsen a fait prendre au ministre de l’Intérieur l’ampleur du problème et la courageuse décision, vu le contexte sécuritaire, de transférer ces criminels, sous la protection renforcée de l’armée, à une destination sécurisée. Ils y sont désormais privés de toute possibilité de communication avec l’extérieur. L’opération s’est déroulée sans problème à la surprise et au grand soulagement des citoyens qui, n’ayant plus confiance dans les dirigeants, craignent les ingérences politiciennes. Mais, alors que les luttes fratricides se poursuivent et se ressemblent, la République, toujours privée d’un chef, va à la dérive. L’élection d’un président au Liban est une mission difficile pour ne pas dire impossible. C’est au forceps qu’elle se fait et quasiment toujours au gré d’un Etat «ami» et néanmoins étranger. L’histoire du pays au fil des années le prouve. Les législatives ne sont pas à meilleure enseigne. Les permanentes violations de la Constitution, même pour «une fois exceptionnellement», n’ont qu’un seul but: interdire qu’on y touche. Le pays est livré à un gouvernement qui, faute d’être d’union nationale, est placé sous le label de l’entente. Une entente, elle-même, difficile à protéger. Très vite, les polémiques au sein de l’équipe dirigeante ont porté sur quasiment tous les dossiers. Malgré les efforts du Premier ministre, elles n’ont pas pu être occultées. Un budget national que la mauvaise gestion des finances publiques a empêché d’être publié depuis des années, un palais présidentiel sans locataire… un Parlement fantôme… sont autant de prétextes pour nous priver des aides internationales indispensables à la gestion des affaires du pays et, plus encore, à celle des besoins qu’exige la présence de plus d’un million et demi de Syriens sur le territoire libanais, selon les statistiques. La cherté de vie, la faiblesse du pouvoir d’achat, le chômage mènent le pays à la catastrophe. En désespoir de cause, des jeunes sans emplois et sans vision d’avenir se laissent fasciner par les chants des sirènes et embrigader dans des mouvements extrémistes qui leur font miroiter le bonheur sur terre et le paradis dans une autre vie. Ces jeunes exaltés s’accrochent aux promesses, certes mensongères, et adhèrent sans hésiter au combat des jihadistes. Ces derniers agissent à travers le monde sous diverses étiquettes. Ils sont au Liban, dans les pays de la région aussi bien qu’en Occident. Le bilan de2014 est pour le moins désastreux. L’action entamée par le gouvernement, les dialogues annoncés à grand fracas, amorcé par le Hezbollah et le Courant du futur et prévu entre le CPL et les FL, apporteront-ils un souffle d’espoir à l’horizon de 2015? Nous voulons y croire.


 Mouna Béchara
   
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