Dieudonné au Liban. «La bête immonde»
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Nº 3003 du vendredi 29 mai 2015

Dieudonné au Liban. «La bête immonde»

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Dieudonné sera là, de nouveau, au Liban, pour présenter au public libanais, lors de deux soirées, les 3 et 4 juin, au Casino du Liban, son dernier spectacle Dieudonné en tournée: La bête immonde, à l’invitation d’Achillea.
 

Au cœur des polémiques, des tribunaux, des attaques et des accusations dont il fait l’objet, Dieudonné persiste. Son dernier spectacle, son dernier one man show porte bien son nom: La bête immonde. L’humoriste semble se jouer de cette expression jusqu’au bout, jusqu’à l’ironie, la dérision et l’autodérision. Jusqu’à l’exaspération et le surplus de provocation. Allégorie souvent utilisée pour désigner le nazisme, le fascisme, le racisme, l’antisémitisme et autres idéologies associées à l’extrême droite, elle éclate dans tout son sens à travers l’œuvre de Brecht, La Résistible ascension d’Arturo Ui: «Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde».
En combinaison orange, référence aux détenus de Guantanamo, dans ce spectacle, comme le présente la Dieudosphère, «Dieudonné s’interroge sur la surexploitation de l’expression ‘‘la bête immonde’’ dans la sphère politico-médiatique. Il décortique, avec drôlerie, les mécanismes de construction de cette haine artificielle. Une haine de synthèse, irréelle, inventée par le maître pour faire taire l’esclave. Qui sont vraiment tous ces bien-pensants qui pointent du doigt la haine de l’autre…, Dieudonné s’amuse à y répondre».
Face à l’impétuosité et à l’imprévisibilité de l’humoriste, on peut s’attendre à tout. Dans un décor spartiate, avec des effets visuels à vous couper déjà le souffle, Dieudonné est au firmament, au meilleur de sa forme. Il se moque de tout le monde. Il fait passer Teddy Riner, «l’homme qui fait maintenant la pub pour des pains au chocolat», Tony Parker et Mamadou Sakho. Reprenant la chanson Maladie d’amour à son compte, il tourne en ridicule le défenseur central de l’équipe de France, qui avait déclaré qu’il a été piégé. Sur Conchita Wurst, le gagnant-gagnante de l’Eurovision, il explique très bien la scène de son Eurovision à lui avec son fils. Scandé d’un bel hommage à Claude Nougaro avec un medley de ses chansons, l’artiste dévoile des talents de chanteur insoupçonnés!
L’humoriste à polémique, Dieudonné, trouve toujours, contradictoirement, un terrain d’accueil au Liban, pays reconnu des libertés et pourtant également de la censure culturelle quand elle le sert…
Achillea est une compagnie d’événementiel basée au Liban. Vouée à la culture et à la promotion de formes artistiques iconoclastes, Achillea s’interroge notamment sur la forme et la condition humaines. De la littérature à la musique en passant par le théâtre et la performance en tout genre, Achillea partage avec le public du Liban les plus belles découvertes du monde de la culture.

Nayla Rached

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Bio en bref
Né en 1966, en France, d’une mère bretonne et d’un père camerounais, Dieudonné M’Bala M’Bala sent très jeune un appel vers l’écriture. En prenant contact avec un certain Elie Semoun, il ignore que son destin va réellement basculer dans la comédie. Ensemble, ils écrivent des sketchs. Leur différence fait recette, chacun apporte sa richesse culturelle et sa singularité à l’autre; c’est le début des années 90 et le succès ne se fait plus attendre. Après la séparation du duo, Dieudonné se lance en solo avec un nouveau spectacle: Pardon Judas. Sa carrière se poursuit, traversée de polémiques de plus en plus vives, au fil de ses one man shows successifs: J’ai fait l’con en 2008, Mahmoud en 2010, Le Mur en 2013, Asu Zoa en 2014 et Dieudonné en tournée: La bête immonde cette année.

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Éditorial
Dérive nationale

Les canons tonnent aux frontières du pays et la menace jihadiste terrorise les Libanais. Ceux qui se prétendent ténors de la politique, promoteurs actuels du «dialogue», discutent du sexe des anges et échangent, à travers les médias, des critiques acerbes à peine voilées.L’économie du pays prend un sérieux coup. Sa ressource principale, les secteurs du voyage et de l’hôtellerie le reconnaissent, est le tourisme estival avec l’espoir d’un retour, même provisoire, des émigrés de la nouvelle génération. Les statistiques annoncent une croissance fortement dégradée et une consommation réduite au minimum. Chacun serre les cordons de la bourse en prévision des mauvais jours. Ceci étant, les Libanais ne sont pas indifférents aux prix qu’ils ont obtenus au Festival de Cannes, ils en sont fiers comme des spectacles qui, malgré tout, leur sont promis cet été.La bougie d’anniversaire du mandat présidentiel, qui s’est achevé le 25 mai de 2014, est éteinte. Elle le restera longtemps, s’il faut en croire les analystes et les discours enflammés des principaux protagonistes de la politique. Le palais de Baabda est sans hôte. Et le vide, comme chacun le sait, appelle le vide. Les autres institutions ne sont pas à meilleure enseigne. Le Parlement, qui s’est offert un nouveau mandat, ne se réunit pas n’ayant plus que «la mission impossible» d’élire un président de la République qu’une minorité de blocage (CPL, Hezbollah et Amal) refuse en boycottant la place de l’Etoile. Même l’étude indispensable d’une nouvelle législation électorale de la Chambre ne parvient pas à mobiliser les députés confortablement installés dans leurs sièges.Le chef du Courant patriotique libre, candidat acharné à la présidentielle, déclare sans vergogne que la présidence lui revient sans discussion, comme toutes les nominations des cadres supérieurs de la fonction publique, notamment de la sécurité, sont du ressort de son camp. S’il s’agit d’équilibrer les quotas communautaires, tous les partenaires, quelles que soient leurs appartenances politiques, ne peuvent qu’être d’accord. Mais est-ce le véritable objectif?Le gouvernement «d’intérêt national» compte des ministres de toute appartenance. Mais peut-on parler d’un cabinet d’union nationale? La mission actuelle du Premier ministre, Tammam Salam, qu’il remplit avec beaucoup de sagesse, est d’éviter tout désaccord entre les pôles radicalement opposés qui forment l’équipe au pouvoir. Nous sommes au pied du mur sur toutes les questions existentielles. Et les plus nombreuses, qui ne sont pas résolues par le dialogue, sont reportées sine die. A Ersal, où la bataille fait couler beaucoup d’encre, la population est dans la misère et ne demande qu’à être protégée que par les forces de l’Etat. La bataille de Nahr el-Bared, et le soutien accordé exclusivement à l’institution militaire, sont encore dans toutes les mémoires.Le dialogue du CPL avec les Forces libanaises, annoncé et confirmé à cor et à cri par des médiateurs, tout autant que celui qui réunit le Courant du futur et le Hezbollah, ne peuvent plus convaincre une opinion aussi optimiste qu’elle s’acharne à l’être.Pour sortir de l’ornière, le patriarche maronite appelle sans cesse à un retour aux institutions qui font tant défaut. Mais en vain. S’il ne désigne personne nommément, il s’adresse à la conscience des parlementaires, convoqués à la place de l’Etoile, avec la liberté totale d’élire celui qui répondrait le mieux aux aspirations du peuple. Avant de s’entendre sur l’éventuelle personnalité du président de la République, il faut définir ce qu’on attend de l’homme à la tête de l’Etat.Et ce ne sont ni les déclarations sans recours du général Michel Aoun, ni le doigt menaçant de sayyed Hassan Nasrallah et sa voix aux vibrations tonitruantes, qui rassembleront sous la coupole un nombre suffisant «d’élus» pour désigner le chef de l’Etat. L’enjeu est trop important et le Hezbollah semble de plus en plus omniprésent. Ce que sayyed Hassan ne dit pas, c’est son porte-parole, le chef du bloc parlementaire, Mohammad Raad, qui ne cache pas la volonté d’une mainmise sécuritaire sur le pays. Il ne s’agit plus pour le parti de Dieu de collaborer avec les forces sécuritaires libanaises, il ne camoufle plus son acharnement à prendre le contrôle absolu de la sécurité du pays.


 Mouna Béchara
   
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