Gaz et pétrole au Liban. Les blocages politiques persistent
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Nº 3005 du vendredi 12 juin 2015

Gaz et pétrole au Liban. Les blocages politiques persistent

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Un forum sur le pétrole et le gaz au Liban a permis une mise au point sur la situation actuelle avec toujours le même constat: le dossier est encore bloqué faute d’accord politique.
 

Plusieurs experts et spécialistes libanais et étrangers ont pris part, lundi 8 juin, à l’Esa, à un forum ayant pour thème Pétrole et gaz au Liban: gouvernance et intégration. L’événement, organisé par la société Front Page Communication, le Forum pour le dialogue national présidé par Fouad Makhzoumi, P.D.G. de Future Pipe Industries, et le Mouvement des entreprises et représentations économiques françaises au Liban (Meref), a été inauguré par le ministre de l’Energie et de l’Eau, Arthur Nazarian.
Selon des experts en géologie, les études sismiques et géologiques sont très prometteuses avec une présence de près de 35% de pétrole et gaz dans les eaux territoriales libanaises. D’après Wissam Chbat, un des membres de l’Autorité de l’énergie, la Lebanese Petroleum Administration (LPA), 63 objectifs de forage dans la Zone économique exclusive (ZEE) du Liban ont été identifiés. Par ailleurs, Jim Hollis, le P.D.G. de Neos Geosolutions, société chargée d’étudier le potentiel énergétique terrestre libanais, a annoncé en avant-première que les études sur le potentiel pétrolier terrestre sont très prometteuses.
Mais les spécialistes sont dans l’impossibilité de donner une quantification exacte des ressources, les deux décrets-clés (délimitant les blocs de concession offshore et fixant les modalités du contrat d’exploration et de production) n’ayant toujours pas été adoptés en Conseil des ministres.
Tous les intervenants dénoncent en effet le retard pris par l’Etat libanais dans la gestion du dossier, en raison de divergences politiques internes motivées surtout par des intérêts financiers.

 

Plus de transparence
Pour Fouad Makhzoumi, il est temps qu’une réelle stratégie soit adoptée et, compte tenu de la paralysie du gouvernement, il revient donc à la société civile et aux jeunes de «faire pression sur les autorités libanaises» afin que le premier round d’attribution de licences d’exploration offshore soit lancé.
Pour Fouad Jawad, géologue et fondateur de PetroServ International, moins de pouvoir devrait être accordé à la LPA et la priorité devrait être donnée à la création d’une compagnie pétrolière nationale avant de réfléchir à la nature du fonds souverain appelé à recueillir les revenus de l’exploration pétrolière.
L’ancien ministre de l’Economie, le Dr Nasser Saïdi, rappelle que l’exploitation des gisements pétroliers et gaziers du Liban pourrait représenter 4,5% du PIB libanais et près de 15% des revenus de l’Etat. Mais avant que l’Etat libanais puisse en bénéficier, il faudrait tout d’abord mettre en place une bonne gouvernance et des structures administratives, juridiques et financières appropriées.
Pour que l’exploitation soit possible et pour attirer les investisseurs, il faut, comme l’a rappelé Jean-Baptiste Dubreuil, analyste à Engie, un environnement local qui permettrait de sécuriser les investisseurs, un cadre juridique et légal clair et une logique de développement au niveau local.
Wissam Zahabi déclare que le Liban a opté pour un régime d’exploitation contractuel avec la mise en place d’un contrat d’exploration et de production et des royalties et taxes qui seraient déduites des revenues du pétrole et du gaz, permettant ainsi à l’Etat de garantir une maximisation de ses profits.
Mais selon le Dr Toufic Gaspard, économiste et consultant, «dans un pays miné par la corruption comme le Liban, la priorité devrait être donnée à la minimisation des pertes et non à la maximisation des profits».
L’accumulation du retard par le Liban est critiquée par les spécialistes du secteur, surtout que les pays voisins comme Chypre et Israël ont déjà commencé l’exploration de leurs gisements offshore et pensent déjà à leur stratégie d’exportation. Il ne tient qu’aux jeunes étudiants, citoyens, à la société civile et aux médias de faire avancer les choses.

 

Dania Rammal

Deux décrets manquent
En avril 2013, 46 compagnies ont été pré-qualifiées pour l’exploration gazière et pétrolière au Liban. Parmi elles, 12 sociétés, dont Shell et Total, ont été sélectionnées pour participer à l’appel d’offres en tant qu’opérateurs, les 34 autres étant éligibles à participer à un consortium mené par une autre entreprise. Les compagnies pré-qualifiées avaient six mois pour présenter leurs offres, la signature des contrats étant à l’origine prévue pour février 2014. L’absence des deux décrets indispensables pour poursuivre l’appel d’offres (un décret définissant les blocs offshore et leurs localisations, et un autre approuvant le contrat d’exploration et de production) ne permet toujours pas à ces compagnies de présenter leurs offres. 

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Éditorial
La nostalgie du «Livre»

Alors que les hommes politiques d’aujourd’hui, faisant fi des principes fixés dans la Constitution, ou les interprètent au gré de leurs intérêts personnels ou claniques, paralysent le pays depuis une très longue durée et dont on ne voit toujours pas l’issue, il est difficile de ne pas revenir à l’une des plus belles périodes de l’histoire contemporaine du Liban. Comment ne pas être nostalgiques du temps où les antagonismes, pourtant profonds, étaient résolus sur la base des règles fondamentales de la République libanaise et non dictés par des querelles de boutiquiers. Il serait trop long de revenir en quelques lignes sur les performances d’une République qui n’a rien à voir avec celle que nous vivons et où prédomine l’ego de chacun des «présumés» dirigeants du pays. Mais on peut en rappeler le climat, histoire de réveiller les mémoires et les consciences.En 1958, au lendemain d’une crise provoquée par des tensions internes politiques et religieuses, qui avaient divisé le pays, l’élection à la tête de l’Etat du commandant de l’Armée libanaise avait ramené l’ordre sur la scène locale. Accédant à la plus haute autorité de la République, le général Fouad Chéhab avait réussi à sécuriser la scène locale où s’affrontaient des forces antagonistes, elles aussi guidées par des alliés étrangers. Sa bible était «le Livre» qu’il respectait et appliquait à la lettre. Les conflits inévitables entre dirigeants étaient résolus par ce simple mot magique. Il n’avait pas besoin d’en référer aux juristes, mais simplement aux principes édictés dans la Constitution et approuvés par les pères de l’Indépendance. Sa carrière d’officier l’avait amené à sillonner le pays, à rencontrer toutes sortes de problèmes. Surtout la misère dans de nombreuses régions abandonnées. Très vite, conscient des réformes indispensables, il s’y attela en revenant sans cesse au «Livre». «Son ambition, selon les témoins qui l’ont accompagné dans son mandat, ne se limitait pas au seul développement dans les domaines économiques et sociaux, mais ses efforts portaient à fondre tous les Libanais dans le creuset d’une société dont l’unité nationale était basée sur la conviction de faire partie intégrale d’un seul peuple et d’une fidélité à une même patrie».Comment ne pas avoir la nostalgie du «Livre», certes amendé par l’accord de Taëf, mais toujours ignoré dans les débats politiques. Les constitutionnalistes chevronnés ne manquent pourtant pas au Liban. Ils sont entendus très souvent à travers les médias, mais ignorés par la classe politique que les intérêts personnels rendent aveugle et sourde.Après le palais de Baabda, les vacances place de l’Etoile, le Sérail est menacé de fermer ses portes. Ce qu’il aurait fait, il y a belle lurette, sans la sagesse et la ténacité de son principal locataire. Mais toute patience a une fin.Le vide administratif et institutionnel n’est pratiquement plus évoqué. C’est comme si nous nous étions, hélas, habitués à une situation aussi complexe et dont nul ne semble estimer la gravité. Sauf que, de temps à autre, surgissent un problème économique crucial, des dettes qui bloquent toute action et que les richesses pétrolières annoncées permettraient de combler. Mais nul n’en a cure négligeant cette source naturelle et laissant le champ libre à Israël et à Chypre.Des prêts et des dons importants, chiffrés en milliards de dollars, sont promis au Liban, qui en a grand besoin. Ils sont bloqués faute de pouvoir être votés par un Parlement absent. Ils iront, nous menace-t-on déjà, à d’autres pays.Entre-temps, le Liban perd ses fils désespérés de pouvoir redresser une situation qui se dégrade au fil des années et cherchent à se forger, non sans déchirement, un avenir meilleur loin de leurs racines. La nouvelle loi électorale tant espérée pour renouveler la physionomie d’une Chambre désuète et pour ouvrir la voie à une nouvelle génération, n’est pas encore pour demain.Nous avons un véritable dédain des cadeaux qui nous tombent du ciel, comme nous ne nous inquiétons pas du sort futur du pays devenu, hélas, si fragile et ouvert à tous les vents. Mais le célèbre miracle libanais, auquel nous nous accrochons, faute de mieux, nous permet de survivre et de profiter des festivités estivales programmées malgré tout.




 Mouna Béchara
   
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