Turquie. De zéro problème à zéro ami
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Nº 3031 du vendredi 11 décembre 2015

Turquie. De zéro problème à zéro ami

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D’amie avec tout le monde ou presque, la Turquie de Recep Tayyip Erdogan a réussi le tour de force de se mettre la plupart des acteurs régionaux à dos. Russie, Syrie, Irak, Iran, tour d’horizon des pays qui sont, désormais, hostiles à la politique d’Ankara.

La doctrine officielle de la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, et de son parti, l’AKP, en matière de politique étrangère, semble avoir du plomb dans l’aile. De zéro problème avec ses voisins, la Turquie accumule aujourd’hui les points de tension avec ses partenaires d’hier. Guerre ouverte avec le régime syrien de Bachar el-Assad qu’Ankara désespère de voir tomber, frictions avec l’Irak ces derniers jours, ainsi qu’avec l’Iran, et crise diplomatique grave avec la Russie, les désaccords se multiplient avec les pays voisins. Aujourd’hui, les politiques décidées à Ankara par le sultan Erdogan n’ont plus le vent en poupe, c’est le moins que l’on puisse dire. Et les critiques fusent.
La Russie de Vladimir Poutine s’affiche au premier rang des détracteurs de la Turquie. Depuis que l’armée turque a abattu, en plein vol, un Sukhoï-24 au motif d’une brève incursion dans son espace aérien, le chef du Kremlin ne cesse de promettre à Ankara de lui faire «regretter» la destruction de son jet, alignant ripostes économiques et désaveux diplomatiques. «Ce n’est pas la dernière fois que nous leur rappellerons ce qu’ils ont fait, ni la dernière fois qu’ils vont regretter ce qu’ils ont fait», avait déclaré Poutine, pendant son discours de politique générale. «Nous n’oublierons jamais cette complicité avec les terroristes. Nous considérerons toujours la trahison comme l’un des pires et des plus vils actes», avait-il lancé, le regard noir. Sur le plan militaire, l’homme fort du Kremlin n’a pas riposté, tout au moins pas par une confrontation directe, mais a fait étalage de sa force, en déployant sur ses bases syriennes les dispositifs S-300 et S-400. Cela, malgré les tentatives de Recep Tayyip Erdogan de recoller les morceaux. Lors de l’ouverture de la COP21, la conférence sur le climat à Paris, le président turc a vainement tenté de rencontrer son homologue russe, sans succès. Le rapatriement du corps du pilote du Sukhoï-24 et les condoléances d’Ankara n’auront pas plus adouci Moscou. Seul contact enregistré depuis le début de la crise diplomatique, celui entre les deux ministres des Affaires étrangères russe et turc, Sergueï Lavrov et Mevlüt Cavusoglu, le 3 décembre.

 

La déception d’Erdogan
Ce regain de tension entre deux pays, alliés jusqu’il y a peu, porte la marque des ambitions déçues de Recep Tayyip Erdogan. Depuis le début des révolutions des «printemps arabes», le leader turc souhaite, ce n’est un secret pour personne, l’effondrement du régime de Bachar el-Assad.
Pour Mohammad Noureddine, expert dans les affaires turques et professeur d’histoire et de langue turques à l’Université libanaise, il faut se rappeler qu’«avant les printemps arabes, la politique de la Turquie était basée sur la thèse ‘zéro problème’ avec tous les pays, surtout avec les pays voisins». «Mais à partir du démarrage des révoltes arabes, Erdogan a vu poindre l’occasion pour la Turquie de devenir une puissance régionale, qui puisse toute seule changer les régimes et affaiblir ainsi l’axe Syrie-Irak-Iran», ajoute-t-il. Avec l’Egypte et la Tunisie, où les Frères musulmans prennent le pouvoir, le rêve du leader de l’AKP semble se réaliser. Avant d’être douché par les autres développements régionaux. «Le projet turc, explique encore Mohammad Noureddine, a vu ses ailes coupées en Syrie, où Bachar el-Assad n’a pas chuté, contrairement à ses homologues égyptien, tunisien ou libyen». A cela, s’ajoute la perte du pouvoir des Frères musulmans en Egypte et en Tunisie, ce qui a constitué un échec cuisant pour le régime islamo-conservateur d’Ankara. Mohammad Noureddine rappelle, à cet effet, les ambitions d’hégémonie turque sur la région qui avaient été dévoilées dans un discours d’Ahmet Davutoglu, alors ministre des Affaires étrangères, dès avril 2013. «Ce discours exprime les vraies pensées de la Turquie envers la région, elle veut la régir seule». «Ce qui signifie que pour parvenir à cet objectif, il faut ‘liquider’ les autres pays qui ont de l’influence dans la région, les Perses, les Kurdes, les Arabes», explique le spécialiste.
Mais le soutien sans faille de la Russie comme de l’Iran, indéfectibles alliés de Bachar el-Assad en Syrie, est venu bouleverser les plans d’Ankara.
Noureddine souligne que l’incident turco-russe de ces dernières semaines trouve sans doute l’une de ses causes dans ce constat. «La Turquie a abattu l’avion parce que d’une part, elle avait peur que le régime syrien appuyé par Moscou mette la main sur la région turkmène frontalière. D’autre part, pour tenter de changer la priorité des Russes en Syrie et interrompre ainsi la campagne militaire en cours. Et il y a eu aussi, sans aucun doute, une tentative de torpiller le processus de la conférence de Vienne, qui n’a pas tranché l’avenir de Bachar el-Assad en Syrie», analyse-t-il. Sans oublier en parallèle, la rencontre importante entre Vladimir Poutine et le guide de la République islamique Ali Khamenei, que l’incident du Sukhoï-24 est venu court-circuiter. Pour lui, «un événement militaire aussi dangereux et important n’a pas pu se faire sans que les Etats-Unis ne le sachent». Isolé dans la région, Ankara se retournerait donc vers l’Alliance atlantique pour essayer de consolider un front occidental contre la Russie et l’Iran. Rappelons que la Turquie tente d’imposer son idée de zone d’exclusion aérienne en Syrie depuis 2011, pour l’heure sans succès. Pas sûr, cependant, que l’Otan soit prête à se lancer dans une guerre comme celle-ci.

 

Tensions avec l’Iran
Après s’être mis à dos la Russie, la Turquie voit aussi ses relations avec l’Iran, jusque-là plutôt équilibrées, pâtir de ses choix géopolitiques. Dans un double discours à la persane, le conseiller pour les Affaires internationales du guide Ali Khamenei, Ali Akbar Velayati, a estimé qu’il était du devoir de l’Iran de «réduire les tensions entre (la Russie et la Turquie) pour en éviter de nouvelles». Dans le même temps, Téhéran continue d’afficher un soutien sans faille à Assad, dont le sort constitue une «ligne rouge», selon Velayati. Les médias iraniens ne se sont pas privés, en parallèle, de commenter les accusations russes sur l’implication de la Turquie dans le trafic de pétrole de Daech depuis la Syrie…
Autre épine dans le pied d’Erdogan, ces derniers jours, l’Irak. Un contingent turc de quelque 150 hommes, appuyé par 20 à 25 chars, a été déployé par Ankara, à Bashika, dans les environs de Mossoul, ville tenue par l’Etat islamique. Une violation du territoire irakien qui a suscité l’indignation de Bagdad, qui, dans un communiqué officiel, a appelé, dès samedi, la Turquie à retirer «immédiatement» ses troupes de son territoire. Ne mâchant pas ses mots, le Premier ministre irakien, Haïder el-Abadi, a qualifié ce déploiement de «sérieuse violation de la souveraineté irakienne». La Russie portait l’affaire au Conseil de sécurité de l’Onu, dès mardi matin, dénonçant une nouvelle défiance des lois internationales de la part d’Ankara. A Téhéran, aussi, on a dénoncé l’installation d’une base militaire à Mossoul, estimant que cela «menace la sécurité de la région».
En Turquie, on se borne à répliquer que le contingent turc est présent dans le cadre d’une mission d’entraînement des troupes peshmergas irakiennes, qui sont pressenties pour donner l’assaut sur Mossoul, le moment venu. «Le camp de Bashika, à 30 km au nord de Mossoul, est un camp d’entraînement établi en soutien des volontaires qui combattent le terrorisme», a répondu le Premier ministre Davutoglu, à la télévision. Ecartant tout retrait des troupes turques d’Irak, il a aussi nié toute raison secrète derrière la présence de ce contingent, envoyé, selon lui, sur requête du ministère de la Défense irakienne.

 

L’enjeu de Mossoul
Pour Mohammad Noureddine, ce nouvel événement signifie que «la Turquie veut mettre un doigt dans la question irakienne à Mossoul». «On parle beaucoup d’une possible offensive par les peshmergas de la ville de Mossoul, ce qui fait peur à la Turquie, car les Kurdes ont déjà repris Kirkouk pour l’intégrer au Kurdistan, tout comme Sinjar», souligne-t-il. «Les Turcs ne veulent pas que le même scénario se reproduise avec Mossoul, pour Ankara c’est inacceptable», ajoute le spécialiste. «Cela signifierait que les Kurdes seraient présents sur toute la frontière avec la Turquie depuis l’Irak et la Syrie. Ankara veut donc prendre part à la libération éventuelle de Mossoul pour éviter que la deuxième ville d’Irak ne tombe dans l’escarcelle kurde». Par ailleurs, l’objectif d’Erdogan consiste aussi à affaiblir les séparatistes kurdes du PKK qui opèrent depuis le nord de l’Irak, tout en déjouant le projet des groupes armés kurdes syriens visant à consolider leur présence le long de la frontière turque et à créer un corridor reliant le Rojava à la Méditerranée. D’autant que les Turcs ont noté avec inquiétude les fréquentes visites à Erbil du général iranien Qassem Souleimani ou encore la proximité croissante entre les Kurdes syriens et Moscou.
Ankara voit déjà le coup d’après. Dans une Irak post-guerre, morcelée entre un Chiistan, un Kurdistan et un Sunnistan, «la stratégie turque consisterait à mettre dans son orbite un Etat sunnite qui ne serait ni sous l’influence de Bagdad, ni sous celle d’Erbil».

Jenny Saleh

Rififi sur le Bosphore
Il n’en fallait pas plus pour irriter Ankara. La diffusion d’images montrant un soldat russe en position de tir, avec un lance-missiles, à bord d’un navire de guerre, le Caesar Kunikov, croisant dans les eaux turques, sur le Bosphore, a remis de l’huile sur le feu entre la Turquie et la Russie. Le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, a qualifié cette attitude de «provocation». «J’espère qu’il s’agit d’un incident isolé, ce n’est pas une bonne approche», a-t-il ajouté, avant de convoquer l’ambassadeur de Russie.

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Éditorial
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En lançant son choix de la candidature de Sleiman Frangié, l’ancien Premier ministre Saad Hariri a donné un souffle nouveau à une solution possible qui, selon certains, ne devrait plus tarder à voir le jour et selon d’autres plus sceptiques, l’élection serait reportée au mieux à janvier 2016. Mais toute chose a un prix et au Liban la présidence de la République coûte le plus cher. On n’a pas encore fini d’assister à des surenchères qui ne mènent nulle part. Rien n’est encore dit. Le pays verse chaque jour un peu plus dans la désolation des institutions paralysées et, surtout, plonge dans la conviction d’être laissé pour compte et abandonné aux difficultés quotidiennes qu’aucun des présumés présidentiables n’évoque encore. Les acteurs économiques ont beau lancer des mises en garde contre le danger de la crise que traverse le pays, leurs voix sont étouffées par des intérêts particuliers. Les Libanais ne sont pas dupes de l’inefficacité de ces dialogues en aparté qui n’ont, de toute évidence, qu’un seul but, leur faire oublier qu’il fut un jour où le palais de Baabda avait un locataire.On pouvait encore prêter aux acteurs de la tragédie des négociations stériles, la bonne foi de l’effort, mais certainement pas le savoir-faire ni le savoir-gérer une crise nationale de cette gravité. Depuis bientôt dix-huit mois, les pontes de la République continuent à piétiner et à tourner en rond, donnant le tournis à un peuple qui n’aspire qu’à en finir avec ces supposées rencontres sans issue. Les quatre ténors maronites réunis sous la houlette de la plus haute autorité spirituelle de leur communauté promettent, la main sur le cœur, que quel que soit celui d’entre eux qui accède à la fonction suprême de l’Etat, les autres applaudiraient et le soutiendraient. Mais alors que les réactions des concurrents étaient prévisibles, ces derniers sont restés étonnamment discrets et la contestation est venue d’ailleurs. Il est vrai que le président élu devra assumer la responsabilité de l’ensemble de la population et non celle de sa seule communauté. Il jurera de respecter la Constitution et d’œuvrer à sauvegarder la totale indépendance du pays. Mais que peut-on attendre des élus du peuple qui, plutôt que de se rendre dans l’hémicycle, pour afficher leur choix, continuent à faire la navette entre Paris et Riyad en quête d’appuis, alors qu’ils sont sans cesse renvoyés dos à dos et à leur seule conscience?En 1973, alors qu’une crise aiguë, parmi tant d’autres, secouait le pays, le Premier ministre de l’époque, Takieddine el-Solh, déclarait avec une solide conviction devant un groupe de journalistes, que le Liban n’avait qu’une trentaine d’années d’indépendance et avait donc encore besoin d’une tutelle, en l’occurrence celle de la Syrie, dont le président de l’époque, Hafez el-Assad, était l’ami de son homologue libanais, l’ancien président Sleiman Frangié. Plus de quarante ans plus tard, qu’est-ce qui a changé, sinon peut-être les tuteurs?Il serait temps, pour les sommités de la République, de comprendre que la masse citoyenne du pays, ne se soucie guère, mises à part quelques exceptions partisanes, du nom du président qui lui sera, en tout cas, imposé, le Parlement ne représentant plus ses électeurs. Ce que les Libanais souhaitent et espèrent est que chacun des candidats présumés annonce, avec franchise et sans détour, son programme national, son rejet de toute affiliation étrangère, sa détermination à rendre à l’Etat et à l’armée l’exclusivité de la protection du pays, sa politique économique, sociale, éducative et ramène le climat à ce qu’il était auparavant, autrement dit à la liberté, la démocratie et l’autonomie dont il était fier et que lui enviaient ses voisins proches et éloignés, tous ceux qui ont mené la bataille pour ces valeurs et contre la dictature, sans d’ailleurs vraiment y réussir. Quant à nous, nous perdons de plus en plus nos atouts, et nos compatriotes s’exilent vers des cieux plus cléments, mettant au service de leurs pays d’accueil les compétences qu’ils ont acquises dans nos universités. Les exemples dont les échos nous parviennent nous flattent et nous désolent. Il serait temps de remettre enfin de l’ordre au plus haut sommet de la République.


 Mouna Béchara
   
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