L’économie libanaise. Tributaire de la solution en Syrie
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Nº 3034 du vendredi 1er janvier 2016

L’économie libanaise. Tributaire de la solution en Syrie

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    L’économie libanaise. Tributaire de la solution en Syrie
    Afflux de réfugiés, crise du tourisme, gel des investissements, creusement des déficits, voilà quatre ans que l’économie libanaise vit au rythme de la guerre en Syrie. En 2015, la tendance...
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Afflux de réfugiés, crise du tourisme, gel des investissements, creusement des déficits, voilà quatre ans que l’économie libanaise vit au rythme de la guerre en Syrie. En 2015, la tendance s’est confirmée et même accentuée, alors que le Liban est plus que jamais impliqué dans le bourbier syrien. Pour 2016, peut-on espérer une année de rupture? Quels sont les événements qui ont marqué l’économie en 2015? Quels sont ceux qui pourraient bien être décisifs pour le Liban en 2016?

Trois événements ont marqué l’économie libanaise en 2015

 

1 La crise des déchets
Née le 17 juillet à la suite de la fermeture de la décharge de Naamé, la crise des poubelles révèle une véritable faillite de l’Etat. La révolution des déchets, qui a suivi la crise, a notamment paralysé le centre-ville. Les retombées économiques se sont ainsi directement fait ressentir sur l’activité commerciale et touristique du pays, avec un recul de 20% des ventes sur les mois de septembre et octobre en glissement annuel, selon les chiffres de l’Association des commerçants de Beyrouth.
Pour Fouad Zmokhol, président du Rassemblement des chefs d’entreprises libanais (RDCL), «la crise des déchets a marqué 2015 dans son caractère inédit. Au Liban, nous sommes habitués aux crises et le secteur privé trouve, en général, de quoi remédier aux problèmes du public comme le marché des générateurs né à la suite du problème de l’électricité. Mais la crise des poubelles revêt un caractère particulier dont il ne faudrait pas négliger les effets sociaux et le risque de débordement après le ras-le-bol libanais».
Le coût de la crise des déchets est ainsi surtout indirect. L’image de Beyrouth qui croule sous les déchets a fait le tour du monde et dégradé l’image déjà ternie du Liban aux yeux du monde et des investisseurs. «Même si nous parvenons à nettoyer maintenant le pays de ces déchets, il nous faudra des années pour redorer l’image de marque du Liban», insiste le président du RDCL. Pour les entrepreneurs, la crise est devenue une nouvelle réalité au quotidien. «Nous avons toujours eu des crises au Liban, mais c’est la première fois qu’elle n’est pas ponctuelle et s’inscrit dans la durée».

 

2 Vote des lois économiques de nécessité
La séance législative du 8 novembre 2015 marque l’adoption des lois dites de «nécessité économique». In extremis, les députés passent finalement à l’action en adoptant 18 lois qui évitent au pays d’être dégradé par les agences de notation et de perdre plusieurs centaines de millions de dollars de prêts internationaux.
Rappelons que trois prêts de la Banque mondiale destinés au Liban attendaient jusque-là d’être approuvés par le Parlement libanais. Il s’agissait du barrage de Bisri (474 millions de dollars), d’un prêt au ministère des Finances (5,2 milliards de dollars) et d’un prêt au ministère de l’Environnement pour promouvoir les énergies renouvelables (15 milliards de dollars).
Mais pour Nicolas Chammas, président de l’Association des commerçants de Beyrouth, «le plus important est la mise en conformité du Liban aux contraintes mondiales, à savoir les mesures prises en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, de financement du terrorisme, du contrôle des liquidités aux frontières et d’évasion fiscale. Ces mesures ont permis au Liban d’éviter d’être mis en quarantaine par la communauté internationale et d’être mis à l’écart en tant que partenaire économique et financier. Si elles n’avaient pas été prises, nous aurions été dans l’incapacité d’effectuer des transferts du et vers le Liban».

 

3 Aggravation des déficits
Le troisième événement marquant de 2015 est l’aggravation des déficits en tous genres. Le déficit public s’est creusé à -9% du PIB en 2015, tandis que la balance des paiements est tombée à -2,3 milliards de dollars en 2015 contre -1 milliard un an plus tôt. En octobre 2015, la dette publique a atteint les 69 milliards de dollars soit 176% du PIB.
De son côté, la dette du secteur privé a, pour la première fois, atteint les 55 milliards de dollars soit 110% du PIB contre 40-45 milliards de dollars en 2014. «Cela signifie qu’on ne peut plus s’endetter davantage, explique Fouad Zmokhol et que nous avons atteint une ligne rouge. Il y aura ainsi moins de liquidités disponibles».

Trois événements pourraient bien marquer l’économie en 2016

 

1 Une solution politique en Syrie
Tandis que depuis quatre ans, l’économie libanaise vit au rythme de la guerre en Syrie, 2015 a vu cette tendance s’accentuer notamment avec les événements aux frontières et l’enlèvement et la libération des militaires otages.
Plus que jamais, la situation économique du Liban est liée à l’évolution politique en Syrie. «En 2015, la situation économique libanaise a, en quelque sorte, été figée par la situation régionale, explique Jad Chaaban, économiste à la Lebanese Economic Association. Cela s’est traduit par un manque au niveau des investissements, des recettes touristiques amputées et une situation de mise en attente de tous les projets en général».
Selon Fouad Zmokhol, les investissements directs étrangers au Liban ont été divisés par deux depuis 2010, s’établissant à 2,5 milliards de dollars fin 2015 contre 4,9 milliards en 2010.
En 2016, l’évolution de la situation économique libanaise dépendra ainsi de l’évolution de la scène syrienne. Un cessez-le-feu en Syrie changerait littéralement la donne pour l’économie libanaise.
Cela pourrait peut-être permettre un retour d’une partie des réfugiés syriens et une amélioration du climat des affaires au Liban et laisser même espérer un retour des ressortissants du Golfe. Dans ce cas, les Libanais ne devront pas manquer l’opportunité de la reconstruction de la Syrie.
De son côté, Jad Chaaban souligne un effet plus inattendu que pourrait entraîner une sortie de crise en Syrie: «Le retour des réfugiés syriens s’il se produit subitement plombera la demande locale, en particulier dans les zones rurales libanaises dont la consommation est aujourd’hui largement soutenue par cette partie de la population. Il faudra donc se préparer éventuellement à un choc économique dans un tel scénario».

 

2 Relance des institutions publiques
Si président il y a, le vent de l’optimisme soufflera. «On le sait, un président ne viendra pas seul, mais avec une série d’accords politiques qui redonneront confiance aux ménages et investisseurs et de l’oxygène à notre économie», ajoute Nicolas Chammas.
La formation d’un nouveau gouvernement, l’élection d’un président à l’Exécutif et un accord sur la loi électorale auraient un impact très rapide et positif sur la confiance et instaureraient un environnement propice au retour des entrepreneurs. Des indices positifs permettent de laisser espérer un scénario positif pour 2016. «On commence à s’activer sur le plan politique, souligne Chammas. Au Liban, si nous ne sommes pas à l’abri des crises en tous genres, il suffit aussi d’une légère amélioration de la situation politique pour faire repartir les affaires et redonner confiance aux ménages et entreprises».

 

3 L’influence de l’économie internationale
L’évolution de la situation économique internationale pourra également influencer le Liban, et ce de deux façons, selon le président de l’Association des commerçants. «Si la croissance économique chinoise continue de ralentir, la demande de pétrole pourrait bien rester au plus bas à 40 dollars le baril, ce qui mettra les pays producteurs, à savoir le Golfe, dans une situation de souffrance économique».
Les transferts d’émigrés, un des moteurs de l’économie libanaise, pourraient en pâtir, ces derniers provenant à 60% des pays du Golfe. Autre opportunité internationale à ne pas manquer pour le Liban: la levée des sanctions contre l’Iran qui pourrait permettre d’importants partenariats entre les deux pays. «Nous étions déjà en Iran fin 2015, confie Fouad Zmokhol, et je peux vous dire qu’il existe de très belles opportunités pour le Liban, des opportunités qu’il ne faudra pas manquer».

Soraya Hamdane

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Éditorial
Pays-labo

Tout au long de son histoire contemporaine, le Liban a souvent eu le rôle, peu glorieux pour les uns, flatteur pour les autres, de laboratoire du monde arabe. Un rôle de circuit d’entraînement où les décideurs testent des projets, des idées. Terre d’intrigues, de complots et de conspirations, il a vu les puissances régionales et internationales régler leurs comptes sur son sol, avec, comme carburant, la chair et le sang de ses fils. Certaines séquences du long processus du dépeçage de l’Empire ottoman ont été jouées au Liban, au XIXe siècle. Un des épisodes de la fondation de l’Etat d’Israël, l’exode des Palestiniens en 1948, s’est acté sur son sol. C’est aussi le Liban qui a payé le plus lourd tribut du désengagement de l’Egypte du conflit israélo-arabe, avec la guerre civile de 1975, dont les liens avec la négociation et la signature des accords de Camp David n’ont pas été assez explorés par les historiens.Le présent est comme le passé. Il devient, aujourd’hui, de plus en plus clair que l’élection présidentielle est organiquement liée à l’évolution de la situation en Syrie. Décrypter ce lien est indispensable pour deviner ce que peut nous réserver l’année 2016. L’attitude du Hezbollah à l’égard de la candidature de Sleiman Frangié à la présidence de la République est particulièrement éclairante. Le moins que l’on puisse dire c’est que le parti de Hassan Nasrallah ne semble pas pressé de mettre fin à la vacance présidentielle, sinon il aurait saisi au vol l’initiative de Saad Hariri de faire élire un de ses plus fidèles alliés. En revanche, le Courant du futur s’impatiente et a montré qu’il est disposé à faire de sérieuses concessions, en proposant le nom de M. Frangié.Le Hezbollah n’est pas mécontent de l’éventuelle élection de Sleiman Frangié. Au contraire, cette option lui paraissait inespérée, il y a seulement quelques mois. Mais il estime que le moment n’est pas encore venu de débloquer la présidentielle libanaise. Et ce moment ne viendra pas tant que l’évolution de la situation en Syrie ne se précisera pas. Les grandes lignes du règlement de la crise syrienne ont été agréées entre les Etats-Unis, la Russie et l’Iran, et ont été consignées dans la résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations unies, votée à l’unanimité le 18 décembre dernier. Ce texte contient un calendrier précis et l’esquisse d’un mécanisme d’application, bien que beaucoup de détails restent à régler. La résolution «appuie un processus politique dirigé par les Syriens et facilité par l’Onu, qui met en place, dans les six mois, une gouvernance crédible, inclusive et non sectaire, et arrête un calendrier et des modalités pour l’élaboration d’une nouvelle Constitution, et se dit favorable à la tenue, dans les 18 mois, d’élections libres et régulières, conformément à la nouvelle Constitution, qui seraient conduites sous la supervision de l’Onu». Par ailleurs, le texte ne fait aucune allusion au sort réservé au président Bachar el-Assad.Avant de débloquer la présidentielle libanaise, le Hezbollah, et avec lui l’Iran, veulent s’assurer que le processus politique en Syrie est bien mis sur les rails et qu’il est irréversible. Il faudra donc attendre les premiers mois de 2016 pour que l’image s’éclaircisse en Syrie, afin qu’elle se décante au Liban.Entre-temps, le pourrissement des institutions continue, la crise économique s’aggrave, la sécurité est fragilisée, la crise des déchets reste sans solution et le nombre de non-Libanais ne cesse d’augmenter. Il y aurait aujourd’hui au Liban 2,5 millions d’étrangers pour 4 millions de Libanais. Quels arguments peut-on encore avancer pour convaincre les jeunes qu’il y a toujours un espoir et qu’ils peuvent imaginer leur avenir dans leur pays? Aucun, sinon que le Liban fait preuve d’une capacité de résilience exceptionnelle, et que pour beaucoup moins que cela, d’autres Etats ont disparu de la carte du monde.


 Paul Khalifeh
   

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