Les départs des Libanais ont quadruplé depuis 2011. Le chômage provoque l’émigration
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Les départs des Libanais ont quadruplé depuis 2011. Le chômage provoque l’émigration

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    Les départs des Libanais ont quadruplé depuis 2011. Le chômage provoque l’émigration
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Avant même le début de la crise syrienne, une étude de la Banque mondiale (BM) estimait que la moitié de chaque génération libanaise avait émigré entre l’âge de 20 et 50 ans. Avec l’arrivée d’au moins 200 000 travailleurs syriens sur le marché du travail, la tendance n’a pu que s’aggraver. Désormais, la vague d’émigration ne touche plus seulement les travailleurs qualifiés, mais concerne l’ensemble de la main-d’œuvre libanaise.

Selon la dernière étude de la Banque mondiale effectuée sur le sujet, le taux de chômage au Liban s’établissait à 11% de la population active en 2011. Ce taux ne prenait pas en compte les femmes ayant renoncé à travailler et les Libanais ayant choisi l’émigration.
Depuis, le taux de chômage aurait atteint 25% de la population active en 2014, selon les derniers chiffres du ministère du Travail.
Mais, en réalité, ce taux pourrait bien être beaucoup plus élevé. Selon l’ancien ministre du Travail, Charbel Nahas, «nous n’avons, en fait, aucune idée du nombre réel de chômeurs au Liban».

 


Depuis 2011, 58 000 départs de Libanais sont enregistrés
par an, contre 16 000 avant cette date.

 

Absence de statistiques
Le problème est que les dernières statistiques sur l’emploi remontent à avant le début de la guerre en Syrie et l’afflux de réfugiés syriens dans le pays. «Ce n’est pas que nous ne pouvons pas savoir, c’est que nous ne voulons pas savoir, considère l’ancien ministre. Les chiffres qui circulent depuis cette date ne sont en réalité que des extrapolations, de vagues estimations, estime-t-il. En réalité, nous n’en savons rien».
Car, dans tous les pays du monde, le taux de chômage se calcule en se basant sur des déclarations administratives précises comme celles faites auprès du Pôle emploi en France. «Ici, puisque les personnes ne travaillant pas n’ont aucun intérêt à déclarer leur situation, elles ne le font tout simplement pas», poursuit Charbel Nahas.
Par ailleurs, pour calculer un taux, il faut aussi un dénominateur. Or, le dernier recensement de la population libanaise date de 1932!
Dans un tel contexte, s’il est difficile d’évaluer la situation précise de l’emploi au Liban, il est aisé d’imaginer que la situation décrite par la Banque mondiale en 2011 n’a fait que s’aggraver avec l’arrivée sur le marché du travail d’au moins 200 000 travailleurs syriens.

 

Avant 2011
Selon la Banque mondiale, plus un travailleur est qualifié, moins il aurait de chances de trouver un emploi au Liban et ainsi plus il serait susceptible de s’expatrier. «Cette tendance s’explique par le fait que l’économie libanaise est une économie basée sur des emplois peu productifs, explique Charbel Nahas. Elle produit des postes tels que valets parking ou des livreurs, mais très peu de postes qualifiés ou à forte valeur ajoutée». Ainsi parmi les actifs, la moitié n’aurait pas atteint le baccalauréat contrairement aux idées reçues. En 2011, 48% des travailleurs libanais œuvraient ainsi dans les secteurs à faible productivité, occupant des postes de chauffeurs de taxi, de mécaniciens ou encore de vendeurs, etc…
Ce modèle économique a un coût: l’exportation de la main-d’œuvre libanaise. «L’exportation de talents est la contrepartie de l’importation de capitaux, explique l’économiste Charbel Cordahi. Nos politiques publiques privilégient la faible productivité (qui ne crée que des emplois non qualifiés pourvus par des travailleurs étrangers), l’endettement public (qui accroît la taille du secteur financier, tout en pesant sur les secteurs productifs), les impôts indirects (taxe sur la valeur ajoutée, droits de douane, etc.) au lieu de l’impôt direct (qui touche les revenus des contribuables proportionnellement) et l’absence de compétitivité». Tant que ce modèle économique se poursuivra, l’exportation de talents demeurera.

 

 

23 000 personnes entreront sur le marché du travail chaque année.
L’économie n’a créé que 3 400 emplois par an entre 2004 et 2007.

 

Selon Mohammad Chamseddine, chercheur au bureau d’Information international, 16 000 Libanais auraient quitté le pays chaque année entre 1995 et 2010. «Depuis 2011, ce chiffre a grimpé à 58 000 départs par an», insiste le chercheur. «L’émigration a quasiment quadruplé en cinq ans et les choses ne sont pas près de s’améliorer», ajoute-t-il.
C’est ce que confirme Angela Elzir, associée junior pour le bureau régional de la Banque mondiale. «Avant même le début de la crise syrienne, la population active libanaise connaissait une croissance annuelle moyenne de 2,2% sur la période 2004 - 2010. En sachant que le taux de participation continuera d’augmenter ces dix prochaines années, on peut estimer que 23 000 personnes en moyenne entreront sur le marché du travail libanais chaque année. Pour absorber ce flux sans même prendre en compte l’entrée sur le marché du travail libanais de la main-d’œuvre syrienne, l’économie libanaise devra créer six fois plus d’emplois qu’elle en crée actuellement (3 400 par an entre 2004 et 2007)».

 

Tous les Libanais touchés
L’arrivée au Liban de quelque 1,2 million de réfugiés syriens a conduit à une tendance inédite. Si, avant 2011, l’émigration concernait surtout les travailleurs libanais les plus qualifiés, qui ne trouvaient pas de postes en adéquation avec le niveau de leurs études au Liban, à partir de 2012, l’ensemble de la population libanaise est concernée par cette hémorragie et ce, même les travailleurs les moins qualifiés.
Les Libanais les moins qualifiés se sont ainsi retrouvés en concurrence avec la main-d’œuvre bon marché syrienne. «Aujourd’hui, les Libanais les plus pauvres sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure européenne, poursuit Charbel Nahas, parfois même allant jusqu’à déchirer leurs papiers libanais pour se faire passer pour des réfugiés syriens et pouvoir entrer sur le Vieux Continent».
De son côté, l’économiste Charbel Cordahi explique qu’«avec l’arrivée de 1,2 million de réfugiés syriens, les infrastructures sont épuisées, le déficit public s’est creusé (avec un solde primaire passé au rouge), la dette publique progresse (+5,4 milliards de dollars d’endettement public nouveau en 2015) et le déficit commercial ne se résorbe pas malgré la baisse du prix du pétrole et des produits importés d’Europe.
Résultat: si en 2011, la moitié de chaque génération avait émigré à 50 ans (période 1996 et 2004), «aujourd’hui, cette tendance n’a pu que s’aggraver».

 

En 2011, la moitié de chaque génération avait émigré. La situation
a empiré avec l’arrivée
des travailleurs syriens.

 

«Le Liban est une économie à produire des diplômés voués à émigrer, ils n’ont pas d’autres choix, regrette Charbel Nahas. Nous exportons nos talents et nous importons une main-d’œuvre peu qualifiée».
Mais le manque d’opportunités économiques n’est pas la seule raison qui pousse les jeunes à émigrer. A 30 ans, Omar Sukkarieh a déjà occupé plusieurs postes à responsabilité dans des entreprises libanaises et internationales. A la question: faut-il nécessairement émigrer pour réussir? Le jeune homme répond: «Tôt ou tard, il le faut, oui, pas seulement pour réussir professionnellement mais pour réussir dans la vie: avoir un gouvernement digne de ce nom, le ramassage des ordures, l’électricité, les droits les plus basiques qui soient».

Soraya Hamdan

Pour une économie productive
Pour Charbel Nahas, il est urgent de sortir de l’hégémonie des rentiers et des banquiers dans le pays pour passer à une économie qui produit des emplois productifs. «Il faut qu’un rééquilibrage soit fait pour corriger l’allocation distordue des ressources en faveur des activités productives. Il n’est pas normal que notre économie fonctionne sur l’exportation des talents et l’importation des capitaux».
Même analyse pour l’économiste Charbel Cordahi. «Il faudrait au niveau ‘‘macroéconomique’’ faire évoluer le régime fiscal vers plus d’équité (ceux qui gagnent plus devraient payer plus), sans nécessairement hausser le niveau global des taxes qui est l’un des plus bas au monde (les recettes fiscales ne dépassent pas 20% du PIB). Il faudrait aussi réduire l’endettement public et trouver une solution radicale au problème de l’électricité (qui pèse sur la productivité globale de l’économie). Enfin, il faudrait orienter les politiques publiques vers l’économie réelle (système de rail, développement des régions éloignées, etc.).
L’économie libanaise se base sur ce que l’on nomme les déficits jumeaux. Le pays souffre d’un déficit à la fois budgétaire et commercial, car nous importons plus que nous exportons. Le financement de ces deux déficits exige une entrée continue de capitaux, dont une grande partie est assurée par l’émigration «économique» de Libanais. En 2015, les transferts d’émigrés ont atteint 7,5 milliards de dollars.

 

 

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Éditorial
Tous coupables

Nous, citoyens libanais sans exception, sommes tous coupables et méritons la classe, dite dirigeante, que nous avons élue et réélue. Nous sommes coupables d’avoir attendu si longtemps, que cela soit devenu trop tard, pour leur réclamer des comptes que nous n’avons d’ailleurs pas obtenus. Il est vrai qu’une partie de la population a hurlé sa colère, au nom d’une majorité silencieuse, et lancé contre la caste politicienne des accusations de pollution aussi bien morale que politique. A quoi cela a-t-il servi? A des déchets qui s’amoncellent de plus en plus à tous les coins de rues, accompagnés de promesses mensongères, de solutions reportées de mois en mois et même d’année en année, dans un tourbillon de coûts faramineux qui valsent sans cesse laissant, encore une fois, planer des soupçons de magouilles.A des candidats à la présidence, affichés ou potentiels, l’un chassant l’autre, avec autant de succès annoncés pour les uns ou les autres. Et autant d’échecs garantis laissant la place vide. De «l’initiative» de Saad Hariri, laquelle, dit-on, mettait le général Michel Aoun sur le chemin du palais présidentiel, au même Saad Hariri qui, soudain, prenait sous ses ailes le leader des Marada, petit-fils de l’ancien président Sleiman Frangié, la réaction immédiate, et certainement calculée, de Samir Geagea a fait prendre le chemin de Maarab au général Aoun, accompagné cette fois de toute sa smala politique, pour sabler le champagne de la rencontre interchrétienne et à la gloire du supposé futur chef de l’Etat… Dans cet imbroglio, chacun puise ce qu’il veut. Même si les doutes ont la dent dure, tous les souhaits vont vers une réelle réconciliation des deux pôles maronites politiques que rien ne semblait, il n’y a pas si longtemps, devoir rapprocher. Quelles seront les relations futures de Michel Aoun et des principales composantes du 8 mars? A-t-il le feu, sinon vert, du moins orange, de la coalition à laquelle il est allié pour se lancer dans cette aventure? Comme on ne peut pas croire que Samir Geagea se soit passé d’un assentiment, aussi discret qu’il puisse être, de ses alliés du 14 mars. A ce sujet, les démentis vont bon train, chacun assurant sauvegarder ses affinités politiques, ce qu’on peut difficilement croire et, peut-être surtout, se faire accepter par les alliés de l’un ou l’autre. Tout cela en attendant qu’émerge de la manche d’on ne sait quel courant, un troisième prétendant à un fauteuil qui n’est pas près d’être occupé. Rares sont les optimistes, les plus crédules, qui y croient encore, du moins à court terme.Certains ont jubilé devant le spectacle des larges sourires de la réconciliation de deux leaders que les tendances politiques séparaient depuis une trentaine d’années. Il aura fallu la crise aiguë que vit le pays pour croiser les chemins parallèles de deux adversaires de très longue date. Rien ne nous fera croire, malgré notre ingénuité politique, que l’Esprit saint a éclairé soudain les anciens rivaux et les a fait se retrouver en nouveaux complices sinon en amis.Mais la faiblesse du pouvoir, pour ne pas dire son absence quasi totale, ne peut qu’avoir des répercussions nocives sur tous les secteurs. Le Conseil des ministres censé, selon la Constitution, gouverner en l’absence du chef de l’Etat, est lui-même paralysé par ses contradictions internes.Ne resterait-il à nos «ténors» qu’à se tourner vers l’étranger le plus influent? La Syrie étant hors circuit, il fallait trouver un autre parrain. Est-ce la France de Hollande? N’a-t-elle pas d’autres chats à fouetter? Est-ce l’Iran avec son clair parti pris? Le général Aoun sera-t-il encore un privilégié du camp du 8 mars? Est-il déclassé par Sleiman Frangié? N’y a-t-il pas dans la course à la présidence d’autres candidats au moins aussi valables que les deux chevaux actuellement en piste?Le fait est que, chaque fois qu’un nom est mis en avant, tous les pronostics misent sur un autre gagnant. Et tout est remis en question. Les médias, presse et télévisions, toutes tendances confondues, prévoient et annoncent un report prolongé d’une élection tant disputée. Reste, qui sait, le miracle qui viendrait de la rencontre au Vatican du patriarche maronite et du chef de l’Eglise catholique.Y aurait-il, enfin, de nouvelles coalitions imprévisibles? Les pronostics sont difficiles, mais vont bon train.


 Mouna Béchara
   
 
 

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