Timeless de Fanny Seller. L’espace, par les interstices du corps
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Nº 3040 du vendredi 12 février 2016

Timeless de Fanny Seller. L’espace, par les interstices du corps

 
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    Timeless de Fanny Seller. L’espace, par les interstices du corps
    Inaugurée le 5 février, l’exposition Timeless de Fanny Seller, qui se poursuit jusqu’au 27 du mois à Art on 56th, interroge l’intemporalité de Beyrouth. C’est à une plongée au cœur du...
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Inaugurée le 5 février, l’exposition Timeless de Fanny Seller, qui se poursuit jusqu’au 27 du mois à Art on 56th, interroge l’intemporalité de Beyrouth.

C’est à une plongée au cœur du temps que Fanny Seller convie les visiteurs de son exposition Timeless. Intemporel justement, parce que le temps se faufile dans chaque détail de son œuvre; il est saisi dans ses multiples détours, ses coins, ses recoins, les changements qu’il opère, les fantasmes qu’il enclenche, son écoulement dans la ville. Les marques qu’il laisse et qui se lisent alors autrement, en strates échelonnées qui, d’un coup, se fondent pour former une brisure, une fissure, une brèche… dans l’écoulement du temps. Les pendules sont remises à plat. Une possibilité autre ressurgit. C’est ainsi que sur une série de peintures petit format, intitulée à juste titre Wall skin, Fanny Seller explore le revêtement, la peau des murs, éclatée, fissurée, lézardée. Des petits pans de façade qui égrènent les multiples couches de leurs histoires, contenues dans les crevasses que l’artiste effeuille, de forme en forme et de couleur en couleur.
 

La fiction qui réécrit le réel
En parcourant l’espace cloisonné de la galerie Art on 56th, l’exposition Timeless se découvre en trois étapes, toutes explorant, d’une manière ou d’une autre, le rapport entre la ville, le corps, le jeu et le temps. Quatre éléments qui se tissent de manière inextricable au sein de chaque œuvre pour pousser le spectateur à s’interroger avec l’artiste sur «la mémoire des lieux et l’empreinte du corps dans l’espace».
Les lieux et l’espace de Beyrouth, où l’artiste française est arrivée pour la première fois en 1997, y vivant, depuis, en alternance. Après avoir travaillé à la conservation-restauration des icônes byzantines à l’Académie libanaise des beaux-arts, et enseigné l’histoire de l’art, elle obtient un diplôme en conservation et restauration des œuvres d’art de la Chambre de Bruxelles, avant de retourner au Liban en 2012, pour se consacrer à son travail artistique, animer des ateliers créatifs pour les enfants intitulés Recycl’Art à l’Institut français et donner des cours de yoga à Beyrouth.
Le travail artistique de Fanny Seller tourne autour de la mémoire résiduelle et de la perte. Elle revisite des phases de sa vie et des expériences, mêlant la réalité à la fiction. S’inspirant essentiellement de la transformation de l’image, changeant sa nature statique en une perspective dynamique, travaillant sur le développement d’une photographie, elle crée des ponts entre des royaumes physiques et émotionnels et invite le spectateur à interagir.
Quand le personnel et le collectif se rencontrent, quand le passé et le présent cohabitent, le temps résorbe sa toile de tentations. Il en est ainsi des œuvres de l’artiste qui reprennent l’image des espaces qui composent Mansion, cette ancienne maison beyrouthine reconvertie en maison d’artistes, à Zouqaq el-blatt. Les chambres que l’artiste reproduit, métissées de couleur terre, de couleur claire, gris et ocre, peinent à cacher les secrets, les récits qu’elles contiennent, dans les murs, les fenêtres, les meubles, le silence dans l’immensité de l’espace. Un silence de l’image comme page blanche, faussement blanche, où Fanny Seller compose des silhouettes, esquissées en dessins, aux traits noirs, arrondis, simples, flirtant avec l’univers de la bande dessinée, par excellence source intarissable de fiction. Des silhouettes qui racontent son histoire propre peut-être, et qui ne sont qu’une éventualité, qu’un possible, comme pour dire que tant d’autres histoires peuvent encore s’y greffer, comme les tiennes s’y sont faufilées, nouvelle stratification de «la mémoire des lieux et de l’empreinte du corps dans l’espace».
L’empreinte du corps dans l’espace et l’empreinte de l’enfance dans le corps; l’enfance et ses jeux qui sous-tendent l’exposition et éclatent, impressionnants de lumière vive et vivante, dans l’œuvre maîtresse de l’expo, le polyptique portant le titre Qu’ont-ils fait de nous?, où l’artiste, puisant notamment dans les archives de la Fondation arabe, agence des portraits d’enfants qui fixent le visiteur du regard et brouillent les pistes du temps et des espaces géographiques.

Leila Rihani
 

L’exposition se poursuit jusqu’au 27 février, à la galerie Art on 56th, Gemmayzé.

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Éditorial
Un fauteuil pour deux!

La présidentielle connaît un nouveau flop. Pour la 35e fois, les parlementaires échouent à élire un chef d’Etat et, pour la 35e fois, les plus ingénus et les plus crédules d’entre nous y avaient cru. Ou avaient voulu y croire. Il était pourtant évident que deux candidats d’un même clan, soutenus par deux ténors d’un clan rival, ne pouvaient pas s’affronter avec succès et que leurs candidatures n’avaient pas beaucoup de chances d’obtenir un résultat, sinon celui de prouver une bonne volonté, sans grand espoir, de combler le vide au palais de Baabda.Encore une fois, les meneurs du jeu, bien que rodés à la manœuvre politicienne, n’ont fait que servir ceux qu’un Etat démocratique dépasse et dérange. Les premiers ne pouvaient pourtant pas ignorer ce que les citoyens lambda ont, eux, compris depuis belle lurette: l’heure n’a pas sonné pour une population avide de retrouver un Etat répondant aux règles de la Constitution lui permettant de mener une vie normale sous l’ombrelle d’un Etat libre. Ce qui n’était plus le cas depuis l’évacuation miraculeuse des troupes syriennes, ce 26 avril de 2005, à laquelle les Libanais avaient assisté comme dans un rêve. Hélas, très vite, d’autres forces ont eu raison d’un pays aux institutions ébranlées par des crises internes insolubles. Une fois réveillés de la magie du mouvement du 14 mars, qui promettait tant, les citoyens toujours dupes des manigances politiciennes, sont retombés dans la triste réalité et compris que ceux qui tirent les véritables ficelles de nos destinées ne sont pas près d’accepter de les céder à un autre pouvoir que le leur. Le seul moyen pour eux d’y arriver est de torpiller les institutions d’un Etat qui peine à protéger ses ouailles et ne compte plus sur lui-même pour défendre ses intérêts.Le vide institutionnel a fait fuir des forces vives du pays en pleine jeunesse. Il n’y a plus une seule famille qui ne soit privée des siens partis, non plus à la recherche de l’or, mais en quête d’un minimum vital digne.Le Liban ne manque pas de gens honnêtes, d’hommes et de femmes capables de retrousser les manches pour reconstruire une nation et la consolider. Encore faut-il qu’ils ne soient pas étouffés par les intérêts et l’avidité d’individus qui, malheureusement, restent les plus forts.Il fut un temps, hélas révolu, où le Liban était la «Suisse du Moyen-Orient», mais le pays du Cèdre n’est plus aujourd’hui qu’un Etat en faillite. Depuis plusieurs décennies, les caisses du Trésor sont vides et les dirigeants ne se risquent plus à présenter des budgets qui ne pouvaient être que déficitaires et ce qu’aucun économiste, aussi compétent soit-il, ne pourrait justifier sinon par le désordre et la corruption.Les sommes promises par l’Union européenne, à titre d’aides à l’Etat pour subvenir aux besoins des réfugiés syriens dont le nombre gonfle à vue d’œil et coûtent, selon des économistes chevronnés, quelque cinq milliards de dollars, rétrécissent au fil des mois comme une peau de chagrin. N’est-ce pas par manque de confiance dans la gestion d’une république privée de président, dotée d’un Parlement dont l’incompétence et l’incapacité sont devenues légendaires, d’un gouvernement que les dissensions internes empêchent de gouverner, d’une justice à la mission impossible et d’une classe sociale et ouvrière qui passe plus de temps dans les rues à réclamer ses droits que derrière des machines ou des bureaux? Les manifestations et le blocage des rues sont devenus coutumiers mais, hélas, sans résultat. En réalité, ils ne dérangent que les citoyens, les dirigeants, eux, ont toutes les possibilités de contourner les difficultés ou de les éviter.Pour ses dépenses de première nécessité, l’Etat n’a plus d’autre recours que celui de plonger dans les poches de citoyens qui peinent à boucler leurs fins de mois. Depuis des décennies, ils sont sans cesse appelés à desserrer les cordons de leurs bourses pour combler celles de l’Etat. Ce miracle libanais dont nous nous sommes tant vantés peut-il encore jouer?


  Mouna Béchara
   

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