Echanges. Le Liban, jamais sans la France?
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Nº 3075 du vendredi 3 mars 2017

Echanges. Le Liban, jamais sans la France?

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La France est le troisième partenaire économique du Liban, une relation privilégiée, largement favorisée par une forte proximité culturelle. Malgré cette amitié, ce lien se caractérise par un déséquilibre en faveur de l’Hexagone. Où en sont les échanges commerciaux aujourd’hui? Quelles opportunités existe-t-il pour les deux pays? Enquête.


La France et le Liban, c’est un peu comme une grande histoire d’amour. Economiquement, les premiers échanges remontent au 19ème siècle. A l’époque, la soie libanaise est très recherchée pour sa qualité par les Européens, notamment les Français. Les Lyonnais identifient alors rapidement le filon et organisent au Liban l’expansion du commerce de la soie. La plus ancienne de ces filatures a été fondée en 1840 par le négociant français, Nicolas Portalis, dans le Chouf. L’Hexagone devient alors le premier marché d’exportation de la soie libanaise.
Aujourd’hui, la France est l’un des premiers investisseurs étrangers au Liban. Selon les chiffres du Trésor français, le stock d’investissement direct de la France au Liban était légèrement inférieur à 300 millions d’euros fin 2010 et s’est élevé à un peu plus de  543 millions d’euros fin 2015.

Présence diversifiée
Une centaine d’entreprises françaises sont aujourd’hui présentes au Liban: des grandes entreprises telles que Thales, Sanofi, Total (en tant que distributeur), mais aussi beaucoup de PME. «Le Liban est un marché que les entreprises françaises connaissent et où elles vont plus facilement, explique Jacques De Lajugie, ministre conseiller pour les Affaires économiques et chef du Service économique pour le Moyen-Orient à l’ambassade de France. La caractéristique des entreprises françaises au Liban c’est leur diversité: nous sommes autant présents dans le secteur pétrolier que dans celui de l’agroalimentaire, du luxe, de l’assainissement, du matériel électrique…».

 

|Beyrouth pourrait redevenir la capitale régionale des affaires dans la région, tandis que Dubaï voit les contraintes fiscales  s’accumuler.

 


Gaby Tamer, président de la Chambre de commerce franco-libanaise, souligne que le Liban constitue un milieu attractif pour les investissements à travers son système économique libre et sa règlementation flexible sur les mouvements de capitaux. «Le pays est ouvert au commerce international et aux investissements et dispose d’une main d’œuvre qualifiée, ajoute-il. Les comptes bancaires au Liban sont aussi couverts par le secret bancaire, ce qui offre aux investisseurs la confidentialité pour les affaires.»
Côté échanges commerciaux, les entreprises françaises qui exportent au Liban étaient au nombre de 4 659 en 2015. «C’est facile d’aller au Liban, insiste M. De Lajugie. Tout le monde en France a entendu parler du Liban ou connaît une famille libanaise. De plus, les Libanais sont souvent francophones. C’est ce qui explique que la part de marché des produits importés depuis la France soit supérieure à celle des pays de la région et même du monde».
Cette part de marché était de 2,4 % dans la région Mena et de plus de 6% au Liban sur les neuf premiers mois de l’année 2016. «Aujourd’hui, nous exportons un milliard d’euros au Liban, soit trois fois plus qu’en Jordanie et autant qu’au Koweït», ajoute le ministre conseiller.
En France, le Liban n’est pas en reste: le stock d’investissements libanais représentait environ 45% du stock d’investissements des pays du Moyen-Orient en France à la fin de l’année 2015. Les stocks d’IDE libanais en France étaient de 2,082 milliards d’euros fin 2010 et se sont élevés à 3,038 milliards d’euros fin 2015.
Les investissements libanais dans l’Hexagone se concentrent principalement dans trois secteurs: le transport maritime (reprise de la CGM par Jacques Saadé en 1996, puis de la compagnie des Iles du Ponant en 2004 et du groupe Delmas en 2005), la banque (présence de Blom Bank, Bank Audi et la Banque libano-française) et l’immobilier.‎

Relations déséquilibrées
Oui mais voilà, si les exportations françaises au Liban s’élèvent à un milliard d’euro, les exportations libanaises vers la France, elles, n’ont pas dépassé les 62 millions de dollars par année depuis 2010 et ne représentent que 2% du total des exportations libanaises.
«La balance commerciale Liban-France subit un déficit annuel qui varie de 1,2 et 1,5 milliards de dollars depuis 2008, en faveur de la France, explique l’économiste libanais Charbel Cordahi. Les importations libanaises, à partir de la France, représentent environ 7% du total des importations, toutes catégories confondues. Hors fuel et gaz, elles constituent environ 9% du total des importations».
Il faut dire qu’il est difficile pour les entreprises libanaises de concurrencer les compagnies asiatiques pour la production à bas prix et les entreprises françaises et européennes pour les biens et services qui exigent un savoir-faire particulier. Le secteur industriel libanais fait, en effet, face à des coûts énergétiques très élevés comparé à d’autres pays, ce qui affecte la compétitivité des entreprises libanaises.
Pour Jacques De Lajugie, «il faut cependant souligner que les services ne sont pas pris en compte dans le calcul de la balance commerciale.
Pourtant, ce secteur est très important pour les Libanais en particulier en matière bancaire, de logistique et de transport».

L’atout culturel
«Au delà des liens économiques, la France et le Liban partagent une profonde amitié et une proximité culturelle qui de fait, facilitent les relations d’affaires», souligne Stéphane Attali, le directeur général de l’Ecole Supérieure des Affaires (ESA) de Beyrouth et président du MEREF. L’établissement est d’ailleurs le symbole de cette histoire commune entre les deux pays et de la volonté de maintenir des liens économiques et culturels.
Dès 1996, lors de la création de l’établissement, l’ambition de l’ambassadeur de France de l’époque comme de la Banque du Liban (BDL) était de redonner à Beyrouth, sa place de capitale des affaires dans la région. «Alors que le Liban était la destination principale pour les entreprises françaises désirant s’installer dans la région, celles-ci préfèrent, depuis les années 2000, être plus proches des marchés du Golfe, et s’installent depuis 2004 aux Emirats arabes unis, en Arabie saoudite et au Bahreïn (ce qui limite le flux de capitaux de la France vers le Liban et accroît le déficit du compte de capital en faveur de la France)», souligne Charbel Cordahi.
Mais les choses pourraient bien bouger, si Beyrouth parvient à profiter de l’occasion que représentent les nouvelles mesures fiscales imposées à Dubaï, notamment avec l’introduction de la TVA pour récupérer sa place de base arrière dans la région.
«Aujourd’hui au Liban, vous pouvez créer une filiale sans sponsors, sans actionnaires, alors qu’il y a de plus en plus de contraintes fiscales à Dubaï», souligne Stéphane Attali. Une opportunité à ne pas manquer pour le Liban dans cette concurrence régionale.

Soraya Hamdan

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Éditorial
Cette mafia qui pille l’Etat

Une association secrète de malfaiteurs» ou un «groupe occulte de personnes qui se soutiennent dans leurs intérêts, par toutes sortes de moyens». Ces deux définitions du mot mafia dans le dictionnaire Larousse en ligne illustrent parfaitement le système en place au Liban. Depuis l’indépendance, et bien avant, cette structure n’a pas évolué, seuls les noms de ses opérateurs ont changé.Cette mafia transcende les communautés religieuses et les partis politiques. Elle est implantée partout où sa présence est nécessaire pour couvrir et protéger ses activités douteuses et illégales. Organisée comme une véritable structure criminelle, elle est composée de «consigliere», de «capos» et de soldats, dirigés par des parrains installés directement ou par proxys aux commandes de l’Etat. Parfois, des disputes entre chefs sur la répartition du butin ou le partage des zones d’influence dégénèrent en conflits violents. Lorsque l’un des parrains estime que ses intérêts ne sont pas pris en compte par ses collègues, il menace d’une guerre totale entre les grandes familles, qui prend alors la forme de guerre civile.Cette mafia étend ses réseaux tentaculaires partout où il est possible de réaliser des profits rapides et illégaux. Aucun secteur ne lui échappe. Elle est très influente dans les ports et à l’aéroport, où ses activités feraient perdre à l’Etat, en manque à gagner, des sommes colossales en raison des droits de douanes qui ne seraient pas perçus conformément aux lois. C’est en quelque sorte de la contrebande institutionnalisée, qui permet d’introduire au Liban toutes sortes de marchandises, favorisant des «commerçants» privilégiés, qui pourront casser les prix, à partir du moment qu’ils ne paient pas de droits de douanes ou la TVA.Les grandes familles de la mafia ont instauré un système quasi-monopolistique dans plusieurs secteurs. Elles sont présentes dans l’importation et la distribution des hydrocarbures, de certains produits alimentaires, de produits pharmaceutiques… Elle prélève sa part des profits générés par les générateurs de quartier, qui rapporteraient près d’un milliard de dollars par an, et par les distributeurs de bouquets de chaînes satellitaires, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.Cette mafia, qui dispose de partis-écrans et d’associations de bienfaisance, entretient une clientèle nourrie avec les miettes de l’argent pillé, qui finit dans les poches des parrains, au lieu d’être déposées dans les caisses de l’Etat.La volonté de réforme, qui consiste à transformer la caricature d’Etat en institutions authentiques, existe. Mais elle s’est toujours heurtée aux forces réactionnaires derrière lesquelles se cache la mafia. Pour la vaincre, il faut affaiblir son pouvoir économique, assécher ses sources de financement, qui lui permettent d’entretenir sa vaste clientèle. Il faut opter pour une approche graduelle, procéder secteur par secteur, en jouant les familles les unes contre les autres, et en offrant à celles qui le souhaitent, la possibilité de se repentir.


 Paul Khalifeh
   

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