Adnan Kassar, président du groupe Fransabank. En politique et dans les affaires un homme d’ouverture
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Nº 3075 du vendredi 3 mars 2017

Adnan Kassar, président du groupe Fransabank. En politique et dans les affaires un homme d’ouverture

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    Adnan Kassar, président du groupe Fransabank. En politique et dans les affaires un homme d’ouverture
    Adnan Kassar fait partie de ces hommes au parcours exceptionnel. Plus de 50 années dans le monde de la politique et des affaires ne l’ont pas égratigné. Au-dessus de la...
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Adnan Kassar fait partie de ces hommes au parcours exceptionnel. Plus de 50 années dans le monde de la politique et des affaires ne l’ont pas égratigné. Au-dessus de la mêlée, le président du groupe Fransabank s’est forgé l’image d’un homme d’ouverture et de dialogue.  

Vous êtes, depuis des décennies, dans les affaires et dans la politique. Ceux qui fréquentent ces deux mondes sont, plus que d’autres, la cible de campagnes de dénigrement. Pourtant, vous n’avez jamais été au cœur d’une polémique. Même après l’assassinat de Rafic Hariri, en 2005, vous étiez l’un des rares ministres du gouvernement de Omar Karamé à ne pas avoir été visé par les critiques du 14-Mars. Comment avez-vous réussi à vous placer toujours au-dessus de la mêlée?
Je n’ai jamais perçu mes nominations au sein des différents gouvernements auxquels j’ai pris part en tant que ministre comme un engagement politique. Mon implication a toujours été pour servir ma patrie dans la mesure de mes moyens et cela m’a apporté beaucoup de fierté et une grande satisfaction.
Dès mon plus jeune âge, j’ai parié sur le secteur privé pour ma vie professionnelle, alors que mon père, éminent juge de la République, me poussait à suivre ses traces. Si j’ai réussi dans les affaires, j’ai toujours voulu servir mon pays et je le fais jusqu’à ce jour, avec mon implication dans les organismes économiques que j’ai créés. Je n’ai pourtant jamais recherché un intérêt politique quelconque dans mes démarches, je suis resté intègre et j’ai voulu donner et ne rien recevoir. Je pense que c’est de cette reconnaissance là que vous parlez.
 
Vous êtes l’un des plus grands banquiers du Liban mais vous avez aussi présidé, pendant 35 ans, la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth. Après cette riche expérience, pensez-vous que le Liban a vocation à n’être qu’un pays de services? L’industrie et l’agriculture peuvent-elles contribuer davantage au PIB?
Le Liban est bien, comme vous le dites, un pays de services par excellence. Cependant, il a toujours été doté d’une industrie active et novatrice et même de nos jours, bien des produits s’exportent avec grand succès, au-delà des frontières. Malheureusement, le secteur industriel a pâti des longues années de guerre et a subi des dommages collatéraux très importants. Les capitaux nécessaires pour réactiver une usine, ne sont pas les mêmes que ceux pour offrir un service. Quand on rajoute à cela les institutions qui ont travaillé au ralenti et manqué d’initiative, les coûts exorbitants de l’énergie, le pouvoir d’achat local qui stagne, les problèmes géopolitiques qui influent sur l’export et bien d’autres facteurs, nous voyons qu’il y a là un manque à gagner que le nouveau gouvernement serait bien avisé de regarder de plus près, afin de prendre les mesures qui s’imposent.
Pour l’agriculture, le scénario est pareil sur certains points. L’agriculture est, pour chaque pays, le secteur économique qui a le plus besoin de l’implication des gouvernants, pour le soutenir et lui ouvrir les débouchés nécessaires à son expansion. Par ailleurs, l’agroalimentaire est une filière promise à un bel avenir et booste la productivité du secteur agricole. Les Libanais l’on bien senti et nous voyons beaucoup d’initiatives se développer dans ce domaine.
Actuellement, l’industrie et l’agriculture participent à hauteur de 23/24% et 5/6% respectivement au PIB. Des ratios qui sont significatifs et positifs pour un pays dont le PIB est majoritairement basé sur les services et le commerce. Ces chiffres sont en augmentation par rapport aux années de guerre et amenés à s’améliorer davantage. Par ailleurs, le Liban gagnerait beaucoup à miser sur son industrie et son agriculture, en parfaite synergie avec le secteur des services pour une économie nationale renforcée.
   
Vous êtes actuellement président de l’Union générale des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture des pays arabes. Vous avez d’ailleurs toujours plaidé pour l’ouverture vers les Arabes? Pensez-vous que le Liban pourra un jour jouer un rôle de pionnier dans le monde arabe?
Le Liban a déjà un rôle de pionnier dans le monde arabe. Sa résilience lui confère ce rôle, maintenant que les pays arabes commencent à comprendre combien il est dur de résister et de se maintenir face aux turbulences et autres soient disant printemps.
J’ai en effet de tout temps plaidé pour l’ouverture sur le monde arabe et surtout pour la mise en place au niveau économique d’un marché commun arabe, qui serait bénéfique pour tous les pays participants, et qui créerait un contrepoids nécessaire face à la mondialisation et à la concurrence des grandes alliances économiques internationales, comme le marché européen et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN).

 

|«La  communauté libanaise d’Afrique a su prospérer. Elle représente pour le secteur bancaire une clientèle intéressante.»




Le Liban pourra-t-il, un jour, rivaliser avec Dubaï comme centre d’affaires, destination touristique…?
Le Liban, il faut dire, a bien plus d’atouts que Dubaï. Son capital humain polyvalent, éduqué et dynamique, maintenant expatrié à Dubaï justement et dans bien d’autres pays; ses sites historiques millénaires; la diversité de son paysage géographique, entre montagnes, côtes, campagnes et plaines; l’ouverture culturelle de ses habitants, pour ne citer que quelques-uns… sans oublier son climat, bien plus agréable que celui des pays du Golfe.
La question n’est pas de pouvoir, mais de vouloir. Veut-on donner au Liban l’opportunité de rivaliser avec Dubaï?

Toute votre vie, vous avez plaidé pour la modération et l’ouverture entre les Libanais. Le confessionnalisme ne constitue-t-il pas un obstacle pour l’émergence d’un réel sentiment d’appartenance nationale?
Je ne crois pas au confessionnalisme, je n’y ai jamais cru. Ce sentiment n’a jamais eu sa place dans les institutions privées que j’ai gérées et je n’ai été entouré que de collaborateurs qui étaient avant tout, et surtout, de bons Libanais. Avec les organismes économiques que je préside, c’est de notre appartenance au Liban dont il est question à chaque réunion et comment nous pouvons œuvrer pour développer notre économie nationale pour le bien-être de tous les citoyens.
Le confessionnalisme est surtout un spectre qu’on agite par moment. Le Liban est un message bien plus fort que cela et c’est la cohabitation, en parfaite harmonie, de toutes ses composantes qui fait sa force. Ceux qui prônent le contraire le font à des fins politiciennes et cherchent à nuire à son équilibre.
 
Vous êtes la seule banque libanaise à avoir une présence à Cuba. Pourquoi? L’île est-elle un marché si alléchant?
Dans ma vie professionnelle, j’ai toujours eu pour stratégie de m’éloigner des sentiers battus et d’aller vers des marchés inexplorés et difficiles d’accès.  Déjà avec la Chine, j’ai attaqué ce marché immense, alors que le Liban n’entretenait pas encore de relations diplomatiques avec ce pays,  encore moins de relations commerciales.
J’ai cru en Cuba et je trouve que ce pays constitue actuellement une opportunité pour les investisseurs libanais. Que ces Libanais fassent partie de la diaspora très active du continent sud-américain, une diaspora qui connaît bien ce marché; ou même pour les hommes d’affaires venus du Liban, Cuba est un pays où il y a tout à faire et à créer, peu de pays se targuent de nos jours d’offrir autant de potentiel.   

Visionnaire, vous êtes aussi la première banque libanaise à avoir établi des relations avec la Chine. Ce pays recèle-t-il toujours des opportunités d’avenir pour le Liban?
Nous entretenons, mon frère Adel et moi, des relations historiques et privilégiées avec la Chine, pays avec lequel nous avons travaillé depuis le début des années 50. En nous appuyant sur nos relations de haut niveau, nous avons ensuite positionné le groupe Fransabank afin qu’il puisse être un partenaire stratégique avec la Chine pour contribuer à l’essor économique du Liban.  
Partisan de la stratégie «Une ceinture, une voie» du président chinois XI, le groupe Fransabank vise à bien positionner le Liban au sein de la stratégie visionnaire chinoise de «la route de la soie». Avec l’objectif de promouvoir tous les secteurs économiques libanais: commercial, financier, culturel, éducatif, touristique et attirer les investissements de la seconde économie mondiale, la Chine, et ses divers secteurs productifs vers le Liban.
Des démarches concrètes sont en cours pour le développement de grands projets économiques et les officiels chinois qui nous visitent, confirment l’intérêt de la Chine de voir le Liban jouer un rôle positif dans la stratégie «Une ceinture, une voie»:
● Des accords de coopération bancaire et financière devraient bientôt être signés au plus haut niveau.
● Jamal Itani a confirmé l’accord du Conseil municipal de Beyrouth de rallier la «UN Maritime Continental Silk Road Cities Alliance».
● Quant à faire du Liban le «hub» des activités de commerce pour la Chine, des consultations sont en cours avec les autorités de tutelles et l’ambassade de Chine au Liban. La Chine évalue le potentiel de la ville de Tripoli avec son infrastructure portuaire, sa zone économique spéciale et sa proximité avec la Syrie et l’Irak, pays où la Chine envisage de jouer un rôle majeur dans la reconstruction et le développement.  Un tel projet à Tripoli impacterait largement le développement de l’économie nationale, la création d’emplois, le tourisme et bien d’autres secteurs.  
● Au niveau du tourisme, nous œuvrons à raviver les relations touristiques avec la Chine, sachant que les touristes chinois représentent 10% du tourisme mondial.

La diaspora libanaise en Afrique constitue-t-elle un potentiel pour le secteur bancaire domestique?
La communauté libanaise en Afrique a réussi son intégration dans les différents pays de ce continent qui sont, pour la plupart, des pays émergents à fort potentiel de développement et avec des ressources naturelles très riches. Et contrairement à la diaspora d’Amérique de Sud, les «Libanais d’Afrique» ont maintenu des relations très étroites avec leur pays: soutien aux familles restées sur place, investissements immobiliers dans les villages d’origine, visites fréquentes en période de vacances, fêtes et autres…  et pour le secteur bancaire domestique, le maintien de relations à titre privé comme d’affaires.  Par ailleurs, c’est une communauté qui a su prospérer, et représente pour le secteur bancaire une clientèle intéressante à laquelle il peut proposer ses services.
Mais le plus fort potentiel de cette diaspora réside dans les connexions que les Libanais ont établi dans ces pays d’adoption et la relation de confiance qu’ils ont su inspirer aux autorités locales. Le marché africain étant relativement difficile d’accès, même pour de grandes entreprises internationales, il représente aujourd’hui un interlocuteur de choix pour des sociétés qui cherchent à engager des relations d’affaires dans certains pays. Les banques libanaises sont conscientes de cette situation et des possibilités de coopérations qui peuvent en découler.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Cette mafia qui pille l’Etat

Une association secrète de malfaiteurs» ou un «groupe occulte de personnes qui se soutiennent dans leurs intérêts, par toutes sortes de moyens». Ces deux définitions du mot mafia dans le dictionnaire Larousse en ligne illustrent parfaitement le système en place au Liban. Depuis l’indépendance, et bien avant, cette structure n’a pas évolué, seuls les noms de ses opérateurs ont changé.Cette mafia transcende les communautés religieuses et les partis politiques. Elle est implantée partout où sa présence est nécessaire pour couvrir et protéger ses activités douteuses et illégales. Organisée comme une véritable structure criminelle, elle est composée de «consigliere», de «capos» et de soldats, dirigés par des parrains installés directement ou par proxys aux commandes de l’Etat. Parfois, des disputes entre chefs sur la répartition du butin ou le partage des zones d’influence dégénèrent en conflits violents. Lorsque l’un des parrains estime que ses intérêts ne sont pas pris en compte par ses collègues, il menace d’une guerre totale entre les grandes familles, qui prend alors la forme de guerre civile.Cette mafia étend ses réseaux tentaculaires partout où il est possible de réaliser des profits rapides et illégaux. Aucun secteur ne lui échappe. Elle est très influente dans les ports et à l’aéroport, où ses activités feraient perdre à l’Etat, en manque à gagner, des sommes colossales en raison des droits de douanes qui ne seraient pas perçus conformément aux lois. C’est en quelque sorte de la contrebande institutionnalisée, qui permet d’introduire au Liban toutes sortes de marchandises, favorisant des «commerçants» privilégiés, qui pourront casser les prix, à partir du moment qu’ils ne paient pas de droits de douanes ou la TVA.Les grandes familles de la mafia ont instauré un système quasi-monopolistique dans plusieurs secteurs. Elles sont présentes dans l’importation et la distribution des hydrocarbures, de certains produits alimentaires, de produits pharmaceutiques… Elle prélève sa part des profits générés par les générateurs de quartier, qui rapporteraient près d’un milliard de dollars par an, et par les distributeurs de bouquets de chaînes satellitaires, estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.Cette mafia, qui dispose de partis-écrans et d’associations de bienfaisance, entretient une clientèle nourrie avec les miettes de l’argent pillé, qui finit dans les poches des parrains, au lieu d’être déposées dans les caisses de l’Etat.La volonté de réforme, qui consiste à transformer la caricature d’Etat en institutions authentiques, existe. Mais elle s’est toujours heurtée aux forces réactionnaires derrière lesquelles se cache la mafia. Pour la vaincre, il faut affaiblir son pouvoir économique, assécher ses sources de financement, qui lui permettent d’entretenir sa vaste clientèle. Il faut opter pour une approche graduelle, procéder secteur par secteur, en jouant les familles les unes contre les autres, et en offrant à celles qui le souhaitent, la possibilité de se repentir.


 Paul Khalifeh
   

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