Yann Arthus-Bertrand. «Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste»
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Nº 3076 du vendredi 7 avril 2017

Yann Arthus-Bertrand. «Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste»

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    Yann Arthus-Bertrand. «Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste»
    Après Human, le photographe, réalisateur et écologiste français Yann Arthus-Bertrand travaille sur son prochain documentaire, baptisé Woman. Il en parle à Magazine à l’occasion de sa venue au Liban. Dans Human,...
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Après Human, le photographe, réalisateur et écologiste français Yann Arthus-Bertrand travaille sur son prochain documentaire, baptisé Woman. Il en parle à Magazine à l’occasion de sa venue au Liban.

Dans Human, vous posez la question du pourquoi. Avez-vous trouvé une réponse?
Je crois qu’il n’y a pas de réponses. L’être humain naît avec beaucoup d’empathie, on est tous portés par l’amour, on voit bien la générosité naturelle chez les enfants. Après, les tensions, les frustrations... voilà. Je voulais savoir cette frustration, pourquoi, comment elle arrive. On est tout le temps dans une espace de paranoïa complète. La France est le pays des droits de l’homme et en même temps le 3e vendeur d’armes au monde. On est toujours entre ces deux pôles, on a du mal à assumer nos contradictions. En même temps, dans le film, on découvre bien que la guerre rend fou, le Liban le sait, quand on tue quelqu’un, on ne sera plus jamais le même. Le vivre-ensemble était pour moi quelque chose de très important. Dans le monde très difficile dans lequel on vit, moi qui suis écologiste, je pense qu’il faut plus parler d’amour et de vivre-ensemble, que tout est lié, le problème des réfugiés, du changement climatique, des crises économiques. Vivre ensemble, regarder le monde avec moins de cynisme, moins de scepticisme et plus d’amour. C’est très naïf et très utopiste, mais ce film parle d’amour.

L’idée de votre prochain film, Woman, est-elle née lors du tournage de Human?
Tout à fait. Dans ce film sur l’humanité, où nous avons interrogé autant d’hommes que de femmes, nous avons trouvé que les femmes ont beaucoup de choses à dire, avec du bon sens, de la générosité. Elles parlent moins d’elles, sont moins autocentrées. Quand on a fait Human, on avait souvent du mal à dire aux gens de parler de la guerre, de leur vie. Mais dès qu’on commençait à parler de féminité, les femmes étaient mues par une envie de communiquer, d’expliquer ce que c’est que d’être une femme.

Votre venue au Liban vise-t-elle aussi à rencontrer des femmes dans ce cadre-là?
J’aimerais bien. Le Liban est un pays très intéressant, il y a énormément de cultures, de religions différentes. Une espèce de fourmilière d’idées et de gens intéressants. Le Liban a toujours été un endroit passionnant pour écouter les gens.

Face à la dégradation de la planète, l’individu se retrouve souvent démuni, que peut-il encore faire à une échelle individuelle?
Aujourd’hui, la catastrophe c’est notre façon de vivre basée sur une croissance sans limite qui nous oblige à consommer. C’est ce système-là qui est en train de détruire la planète, la pollution entre autre, l’épuisement des ressources. Il faudrait qu’on apprenne à vivre mieux avec moins. Aujourd’hui je sais très bien qu’on n’arrivera pas à changer ce système, que toutes les COP 21, 22 ne servent pas à grand-chose, puisque le rêve de tout gouvernement est la croissance qui nuit à l’environnement. J’ai passé des années à photographier la glace qui fond au Pôle nord, la déforestation, mais j’ai l’impression que ça ne sert à rien de continuer sur la même lancée, parce qu’on ne sait pas comment vivre autrement. La décroissance, personne n’en veut, on a tous envie de confort. Quand on habite dans un pays où il n’y a pas d’éducation, de démocratie... et qu’on sait par Internet comment on vit ailleurs, on n’a pas d’autre solution que de partir. Cet énorme flux migratoire dans les pays riches est le grand évènement de notre siècle. Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste, ce qu’il faut, c’est de l’action. On n’est pas démuni. Tous les petits gestes quotidiens qu’on peut faire pour aider les uns et les autres, réfléchir à sa façon de vivre, être un acteur du monde de demain, tous ces gestes vont, non pas sauver la planète, mais amortir ce qui va arriver.

Woman peut-il être vu comme un de ces actes ?
Il y a des chiffres très forts sur le rôle des femmes. Les pays où il y a une grande parité entre les hommes et les femmes sont les pays où l’indice du bonheur est le plus fort. L’éducation chez les femmes est primordiale, elles dépensent 70 à 90% de leur revenu pour leur famille, les hommes entre 30 et 40%. Dans le monde de demain, extrêmement difficile, où tout le monde est perdu, je crois qu’on aura besoin de bon sens. Les femmes portent en elles des qualités que nous les hommes, nous n’avons pas, et dont on aura besoin demain pour amortir ce qui est en train d’arriver.

La Terre vue du ciel, un projet personnel qui a pris une telle envergure qu’il vous a dépassé?
Bien sûr que ça nous a dépassé, tout comme Human, car ça parle de spiritualité. C’est un projet qui a complètement changé ma vie. Quand on est comme moi, curieux, journaliste, on photographie pour essayer de comprendre. Ce qui m’a intéressé aussi peut-être, ce sont les ONG, tous ces gens qui, dans le monde, ont décidé de se remonter les manches, d’aider les autres. L’homme est une espèce qui essaie d’améliorer autour de lui, de vivre mieux. Il y a certaines personnes pour qui vivre mieux passe par aimer plus, partager plus, comprendre qu’agir rend heureux, que le bonheur est dans le fait d’aider, d’aimer les autres.

Alors, êtes-vous heureux?
J’aimerais bien (rires). Quelqu’un m’a dit un jour que c’est bien d’être heureux, mais ce qui est plus important c’est le bien, et pas forcément d’être bien. Le bonheur et le bien, deux choses différentes qui se recoupent un peu. Le bien peut être plus fort, je ne suis pas croyant du tout, mais ça rejoint la religion.

Nayla Rached

Photos: ©HUMAN/FONDATION GOODPLANET.

 

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Éditorial
Saturation et indécence

Les interprétations optimistes des indicateurs économiques et les déclarations rassurantes des dirigeants ne cachent pas la réalité: l’économie tarde à prendre son envol. Les pronostics des institutions financières internationales et des cabinets d’études restent d’ailleurs assez modestes, même s’ils prévoient une légère amélioration. Le Fonds monétaire international (FMI) s’attend à une croissance de 2% en 2017, Business Monitor International (BMI, Grande-Bretagne) prévoit un taux de 2,2% et le fournisseur de données indépendant, Economena Analytics, pense que la croissance s’établira autour de 2,5%.Comment pourrait-il en être autrement lorsque les moteurs de croissance traditionnels du Liban, que sont le tourisme, l’immobilier et la construction, «ont subi des revers», comme le souligne le FMI dans son rapport sur le pays du Cèdre.Il n’y a d’ailleurs nul besoin de lire ce rapport pour mesurer l’étendue du marasme économique. Rien ou presque n’encourage les Libanais à reprendre la consommation, et ce ne sont pas les quelques milliers de clients des restaurants – ce sont les mêmes qui tournent d’un établissement à l’autre –, qui démentiront cette réalité.      Certes, l’approbation du projet de budget 2017 par le gouvernement, le vote des décrets sur le pétrole et le gaz, les propositions de loi pour lutter contre la corruption au sein de l’administration publique et pour protéger les lanceurs d’alertes, le plan de réforme du secteur de l’électricité… sont des mesures louables. Mais il y a tellement à faire dans tous les domaines, que tous les efforts entrepris jusqu’à présent, semblent insuffisants pour que redémarre l’économie.Et même si des réformes structurelles étaient lancées tous azimuts, le Liban continuera à traîner un énorme boulet, celui des réfugiés syriens, qui représentent plus d’un tiers de la population. Cela «est éprouvant pour les communautés locales, créant de la pauvreté, du chômage, et ajoutant de la pression sur les infrastructures et les finances publiques déjà fragilisées», souligne le FMI. Selon l’institution internationale, le coût indirect de la présence des réfugiés syriens aurait dépassé les 2,5 milliards de dollars en termes de dégradation des services publics.Les conséquences de la présence de ce nombre de réfugiés sont encore plus pernicieuses. L’Association des commerçants de Beyrouth (ACB) dénonce la compétition déloyale des Syriens installés au Liban pour les sociétés, les entreprises, les petites entreprises, les usines et les divers chantiers. L’ACB évoque un «cycle économique syrien qui prospère et se développe à l’intérieur de l’économie libanaise» et à ses dépens. «Même si tous les touristes du monde venaient au Liban, cela ne règlerait pas la crise car nous sommes confrontés à un problème structurel provoqué par la concurrence faite à l’économie libanaise par une autre économie», prévient l’ACB.Le Liban a donc atteint le point de saturation aussi bien au plan démographique qu’économique. La situation est d’autant plus grave que la communauté internationale n’a jamais tenu ses engagements financiers, ce qui a poussé le FMI à l’interpeler, en estimant qu’elle «doit jouer un rôle-clé pour répondre à la crise des réfugiés». «Le Liban a besoin et mérite un appui important», indique le rapport de l’institution financière internationale.A défaut d’une aide directe au Liban, qui pourrait ne jamais arriver, les agences de l’Onu et autres ONG devraient au moins avoir la décence d’acheter sur le marché libanais et aux entreprises locales les produits alimentaires, médicaux et autres, fournis aux réfugiés, au lieu d’aller s’approvisionner sur les marchés extérieurs. Cela permettrait de remplir quelques lignes dans les carnets de commandes, désespérément vides, de l’industrie libanaise.


 Paul Khalifeh
   

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