Le Business du bistouri. Une affaire en or
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

Le Business du bistouri. Une affaire en or

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Entre 20 et 50% des Libanaises ont subi au moins un acte de chirurgie plastique au cours de leur vie, selon les estimations des professionnels du secteur. Pendant longtemps, Beyrouth a même été considéré comme la Mecque de la médecine esthétique. Est-ce toujours le cas aujourd’hui? Comment expliquer cet engouement des Libanaises pour le bistouri? Enquête.


S’il n’existe pas de statistiques officielles permettant de mesurer l’ampleur du phénomène, les professionnels du secteur estiment que 20 % à 50% des Libanaises ont entrepris au moins un acte de chirurgie esthétique au cours de leur vie.
«Il est clair que la demande au Liban est l’une des plus élevées au monde, considère Dany Touma, président de la Société libanaise de dermatologie. Et je ne parle pas uniquement des femmes, car la part des hommes ne cesse de croître».
Du côté des professionnels, une centaine de chirurgiens esthétiques est enregistrée à la Société Libanaise de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, tandis que 200 médecins pratiquent des opérations de ce type au Liban.
Un chiffre énorme comparé avec d’autres pays du monde. Selon l’International Society of Aesthetic Surgery (ISAPS), la France comptait par exemple, 464 chirurgiens esthétiques en 2009 pour une population de 60 millions d’habitants. Dès lors, comment expliquer cet engouement des Libanais pour la médecine esthétique?

Démocratisation et facilités
Pour le Dr Paul Audi, chirurgien esthétique (Audi Aesthetics à Badaro), «ce type d’opérations s’est démocratisé au Liban depuis quelques années. Ces interventions sont désormais à la portée de tous. Même les personnes issues de milieux modestes, peuvent aujourd’hui y recourir si elles en ressentent le besoin».
Le Liban a en effet été un des premiers pays au monde à introduire des crédits bancaires pour faciliter l’accès à ce type de soins.
La First National Bank (FNB) est ainsi la première banque au Liban à avoir lancé ce type de produit à l’intention de sa clientèle en 2006, en proposant des crédits allant jusqu’à 5 000 dollars. «Aujourd’hui, nous proposons toujours ces facilités mais sous la forme de prêts personnels pour que nos clients puissent bénéficier d’un crédit sans avoir à nous révéler l’usage qu’ils en feront» précise-t-on, à la banque.
Reste à savoir pourquoi l’esthétique est si importante au pays du Cèdre et ce, au point d’être considérée comme un besoin, entraînant ses aficionados à s’endetter? «C’est un mode de vie, répond Paul Audi. Les Libanaises sont très portées sur la beauté. Pour elles, se rendre chez un chirurgien plastique, c’est comme arranger ses cheveux avant de sortir le soir. Elles ne veulent plus attendre d’être ridées pour prendre soin d’elles alors elles commencent plus tôt».
Au Liban, on recourt ainsi à l’art du bistouri à presque tous les âges. «On reçoit des parents qui veulent faire recoller les oreilles de leur enfant dès l’âge de 5 ans, poursuit le Dr Paul Audi. À quatorze/quinze ans, commencent les rhinoplasties, l’une des opérations les plus demandées au Liban. À dix-huit ans, c’est la liposuccion, à 70 ans les liftings, sans parler des actes mineurs comme les injections de botox ou d’acide hyaluronique qui sont vraiment devenues monnaie courante. Ce type d’intervention a d’ailleurs été multiplié par dix au cours des dix dernières années».

Déséquilibre démographique
Elias Chammas est le directeur général du Hazmieh International Medical Center (HIMC), une clinique spécialisée dans la chirurgie esthétique. Il gère une équipe d’une vingtaine de médecins qui, chaque année, opèrent près d’un millier de patients pour les rendre plus beaux, selon les critères de chacun.
«Au sein de la jeune génération, je dirais qu’une Libanaise sur deux a connu au moins une opération de chirurgie esthétique au cours de sa vie, souligne le médecin. Ce n’est plus un sujet tabou comme c’était le cas il y a trente ans. Aujourd’hui, il suffit de faire un tour dans un café de Beyrouth pour observer combien de femmes ont un pansement sur le nez».
Les raisons? «Je pense que l’une des raisons du développement mondial de ce phénomène réside dans le fait que l’espérance de vie augmente, on essaie donc de maîtriser son âge», estime le directeur.
Dans ce cadre, une spécificité libanaise semble émerger. Selon le Dr Chammas, il existe un déséquilibre démographique au sein de la société libanaise. «Les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes, la plupart des Libanais ayant quitté le pays pour aller travailler ailleurs. Il existe une véritable concurrence de l’esthétique pour trouver un mari. Tous les moyens sont bons pour attirer l’attention», juge-t-il.
Selon le Dr Elie Abdelhak, président de la Société libanaise de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique, 20% des opérations chirurgicales au Liban sont des actes esthétiques, ce qui révèle bien l’ampleur du phénomène. «Un chirurgien plasticien effectue en moyenne 300 opérations par an, précise le professionnel. Parmi les plus demandées figurent la liposuccion, qui vient de dépasser la rhinoplastie, puis, à égalité, les interventions sur les seins et le ventre».
Le Dr Abdelhak indique que la clientèle de la médecine esthétique se compose pour moitié de Libanais résidant au pays, de 15% d’expatriés et de 35% d’étrangers. «La renommée de nos médecins fait que, même à l’étranger, les hôpitaux emploient des Libanais. Au sein de notre organisme, il existe plusieurs  chirurgiens qui font des allers retours entre le Liban et l’étranger, notamment les pays arabes, pour opérer». Malgré la baisse du tourisme au Liban, il n’est pas inquiet pour l’industrie du bistouri. «Je suis optimiste quant à l’avenir du secteur: tant qu’il y a des femmes au Liban, nous continuerons à travailler» conclut-il.


La réputation des médecins entachée?
Dans les médias, les cas de mauvaises pratiques médicales dans le domaine de la chirurgie esthétique ont suscité de nombreux scandales. Ces affaires ont-elles entaché la réputation des médecins libanais? Comment bien choisir son chirurgien?
Dany Touma, le président de la Société libanaise de dermatologie précise «qu’une formation de ce type (dermatologie ou plastique) nécessite une douzaine d’années d’études. Si le secteur médical libanais est certes renommé, il est aussi assez hétérogène. Le problème est que l’apparente facilité de ces actes chirurgicaux et le manque de responsabilité de certains distributeurs font que nous observons une montée très inquiétante de praticiens «low cost» qui entachent le niveau et menacent la santé publique. Nous comptons beaucoup sur les nouvelles lois récemment votées au Parlement pour protéger et assainir le secteur. La `bonne médecine´ ne peut pas être bon marché», insiste-t-il.
Pour éviter les mauvaises surprises, le plus prudent est de s’adresser à un médecin, membre de l’Ordre des médecins ou de la Société libanaise de chirurgie plastique, reconstructive et esthétique. «Les abus et les complications sont en grande partie le fait des «praticiens de l’ombre», qu’il faut surtout empêcher d’exercer, ce que le ministère de la Santé s’efforce de faire», ajoute le Dr Touma.
(On peut appeler le 12 14 si un non-médecin vous propose une injection).

Soraya Hamdan

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Éditorial
Au nom de la stabilité

La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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