Roger Nasnas. L’homme aux multiples casquettes
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

Roger Nasnas. L’homme aux multiples casquettes

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Entre le monde des assurances dans lequel il est né, celui de l’économie pour lequel il était prédestiné et celui de la bienfaisance dans lequel il est fortement impliqué, le Pdg de la société AXA et président du Conseil économique et social, Roger Nasnas, porte plus d’une casquette.

Délaissant l’impressionnant bureau présidentiel du Conseil économique et social, c’est autour de la table de conférence que Roger Nasnas, un homme d’une grande simplicité, a pris ses quartiers. Avec beaucoup d’émotion, un brin d’humour, une immense foi et un grand enthousiasme, il revient sur un parcours riche en expériences et en réalisations. «La seule différence entre vous et moi, c’est 40 ans de travail, de foi dans le Liban et de transparence». C’est avec ces mots que Roger Nasnas s’adresse aux jeunes étudiants qu’il rencontre, lui qui a commencé sa carrière à l’âge de 22 ans.
Issu d’une famille de la «petite bourgeoisie», à 18 ans cet amoureux des relations humaines voulait devenir psychiatre. Alors qu’il préparait le concours d’entrée à l’école de médecine, il présente à son père un client pour sa compagnie d’assurance. «Mon père m’a alors convoqué dans son bureau et m’a remis un chèque dont le montant équivalait à deux ans d’argent de poche. L’idée m’a plu et je me suis retrouvé en train de faire un stage dans la compagnie d’assurance de mon père simultanément avec des études d’économie».  Il n’a que 23 ans lorsqu’à la suite du décès de son père, il prend les rênes de la société. «En l’an 2000, après le rachat par AXA de l’UAP (Union des Assurances de Paris), nous avons négocié un partenariat pour le Levant à travers AXA Middle East, où AXA détient 51% et notre groupe 49% et la présidence m’a été confiée. Puis nous avons participé à GlobeMed, qui est une société de gestion et d’administration des sinistres hospitaliers et médicaux».
Profondément croyant, Roger Nasnas est un homme qui vit pleinement sa foi. Marqué par une expérience personnelle, au cours de laquelle il a failli perdre un être qui lui est très cher, Roger Nasnas décide de se lancer dans l’humanitaire. Il entre en contact avec Monseigneur Habib Bacha, lui propose son aide et devient son conseiller financier. Il est membre de l’association humanitaire qui met sur pied le dispensaire des grecs-catholiques. Il participe également à la création d’un centre de jour pour les personnes du troisième âge, leur donnant l’opportunité de venir consulter un médecin ou déjeuner. Germe ensuite l’idée de la création d’un asile de vieillards grâce à la donation d’un terrain en héritage à l'association de bienfaisance grecque-catholique, par Marie Hibbi. «C’est un projet qui s'étend sur 18 000 m2, comportant 140 lits, une maison de repos et une maison de convalescence, qui sera achevé à la fin de cette année».

Partir ou rester
Pendant la guerre, avec de jeunes dirigeants et chefs d’entreprise restés au Liban et qui se concertaient de temps à autre sur leurs gestions respectives en temps de guerre, Roger Nasnas crée le Rassemblement des chefs d’entreprises libanais (RDCL). «Le but était de défendre l’entreprise et l’esprit d’économie libre. Nous étions convaincus que nos échanges mutuels ne pouvaient être que bénéfiques, sortant ainsi de l’individualisme et collaborant avec l’Etat  pour remédier aux problèmes économiques et sociaux. Ce fut une très riche expérience pour moi. J’ai assuré la présidence pendant une dizaine d’années, ce qui m’a amené à la présidence du Conseil économique et social, où j’ai été élu en l’an 2000».
Au début de la guerre, Roger Nasnas avait le choix entre rester au Liban et défendre son entreprise ou partir vers d’autres pays et y construire un avenir. «J’ai choisi de rester. Je crois en notre pays. Je crois dans les Libanais et leur capacité à sortir des épreuves. Je crois dans leur esprit entrepreneur et leur capacité à communiquer». Il défend la présence de la société civile, qui est «une valeur ajoutée», tout comme il prône le dialogue avec les hommes d’expérience et de terrain. «J’ai eu plusieurs opportunités qui m’ont amené à m’occuper de différents domaines complémentaires et qui étaient tous conditionnés par le dialogue et le consensus».  
Créé par les accords de Taëf, ce n’est qu’en l’an 2000 que le Conseil économique et social a vu le jour. «Une première assemblée générale a été nommée par le Conseil des ministres et j’en ai été élu président avec un conseil d’administration de 9 membres». Son but est de favoriser le dialogue entre les différentes composantes de la société civile et l’Etat d’une part, et de participer avec les autorités aux orientations politiques économiques et sociales, d’autre part. «En trois ans, nous avons créé ce conseil de toutes pièces avec, entre nos mains, un texte de loi œuvrant dans trois directions. D’abord, élaborer son règlement intérieur et sa structure administrative, agréés par le Conseil des ministres deux ans après. Jusqu’à présent, nous comptons trois salariés. Ensuite, nous avons favorisé, au plan interne, le dialogue entre le patronat et les salariés et la relation entre le patronat et les autres membres de la société civile. Enfin, instaurer une collaboration et un parrainage avec les plus importants conseils économiques et sociaux dans le monde, notamment français et européen».
 
Diagnostic et solution
Le mandat s’est achevé en 2002 et le Conseil des ministres n’a toujours pas nommé une nouvelle assemblée. A la demande des responsables, il continue à expédier les affaires courantes et œuvre dans deux directions. En premier lieu, maintenir la présence du Liban en force dans les réunions des Conseils économiques et sociaux régionaux et internationaux. «J’ai prôné la formation d’un Conseil euroméditerranéen pour pousser les dirigeants à appuyer davantage les pays du sud de la Méditerranée, notamment au niveau des réfugiés». L’Assemblée des conseils arabes, créée il y a deux ans, a élu Roger Nasnas président pour un mandat de trois ans. En second lieu, il continue à organiser des séminaires et des réunions pour maintenir vivante l’image du Conseil économique et social.  «Avec un groupe d’experts et de spécialistes, nous avons réalisé une première étude en 2006 à la suite de laquelle fut publié en 2007 Le Liban de demain, vers une vision économique et sociale. En 2016, est paru Le Liban de demain, vers un développement économique et social. L’idée est de profiter du temps mort pour tenter de dégager avec les experts, d’une manière consensuelle, une vision économique et sociale pour le pays avec diagnostic et solution».
Par la suite, cette vision a été élargie afin de porter sur des réformes et des sujets d’actualité, tels que la décentralisation, la corruption, le partenariat entre le secteur privé et le secteur public (PPP), l’eau, l’électricité. «Cette vision a été publiée. Pour moi, elle représente une feuille de route, un draft pour discussion, une introduction au dialogue que nous avons lancé au Sérail, en octobre dernier, en présence de personnalités politiques, économiques et sociales». Dès le mois de juin, des ateliers de travail seront lancés sur différents chapitres pour tenter de dégager un consensus entre les hommes politiques et les composantes de la société civile pour le soumettre à discussion.  
Les méandres de la politique, la complexité de la situation économique, les nombreux défis qui ont jalonné son parcours, rien ne semble devoir arrêter cet homme déterminé jusqu’au bout. Animé de sa foi en Dieu, fervent croyant en son pays et en la capacité des Libanais de sortir de n’importe quelle situation, il poursuit son chemin. Dans son bureau, un cadre qui porte ces quelques mots et dont il a fait sa devise: «Lorsqu’un homme veut accomplir quelque chose, il trouve contre lui ceux qui voulaient le faire eux-mêmes, ceux qui voulaient faire le contraire et ceux qui ne veulent rien faire du tout».


Le Conseil économique et social
L’importance du Conseil économique et social réside dans ses trois fonctions complémentaires et intégrées:
● La fonction de la représentation globale;
● La fonction de spécialisation et d’expertise;
● La fonction de plateforme de dialogue et de consultation et de pont entre le pouvoir, les forces de production et la société civile.
Le conseil facilite, en outre, la communication avec les conseils économiques et sociaux et les institutions similaires dans les pays arabes et le monde entier. Ceci offre au conseil la possibilité de suivre les changements économiques et sociaux qui surviennent dans le monde et lui permet d’exprimer son avis et de mettre à profit ses expériences en vue de contribuer à l’essor du pays.

Joëlle Seif

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Éditorial
Au nom de la stabilité

La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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