L’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart: Pour l’élection d’un patriarche rassembleur
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Nº 3078 du vendredi 2 juin 2017

L’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart: Pour l’élection d’un patriarche rassembleur

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    L’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart: Pour l’élection d’un patriarche rassembleur
    Avec la démission du patriarche Grégoire III Laham, la communauté grecque-catholique traverse une véritable zone de turbulence. Désigné par le Saint-Siège comme administrateur de la communauté, l’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart, a...
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Avec la démission du patriarche Grégoire III Laham, la communauté grecque-catholique traverse une véritable zone de turbulence. Désigné par le Saint-Siège comme administrateur de la communauté, l’archevêque d’Alep, Jean-Clément Jeanbart, a répondu aux questions de Magazine.

 

Pourrions-nous revenir sur les circonstances de la renonciation ou la démission du patriarche Grégoire III Laham et des reproches qui ont été faits sur sa «mauvaise gestion»?
Sa Béatitude le patriarche Grégoire III Laham a entrepris beaucoup de projets et, par la force des choses, lorsqu’on travaille beaucoup, on prend le risque de se tromper quelquefois ou de faire quelques erreurs. Seuls ceux qui ne font rien ne commettent jamais d’erreurs. Il a peut-être reçu des conseils peu judicieux, qui ont créé des problèmes. C’est pourtant un homme qui a travaillé pendant 17 ans avec enthousiasme et dévouement au service de l’Eglise et qui a accompli beaucoup de réalisations mais les petites erreurs des dernières années ont suscité un certaines nombre de critiques.

 

De «petites» erreurs qui ont pourtant provoqué un grand malaise au sein de la communauté et on dit que la moitié des évêques a réclamé sa démission…
La situation s’est envenimée et les réactions sont parties en flèche. Un dialogue aurait dû avoir lieu pour régler cette situation mais malheureusement, il n’a pas eu lieu. Les évêques se sont retrouvés dans une situation où ils n’arrivaient pas à exprimer leur mécontentement. Ils l’ont fait de cette façon. Je ne peux pas dire si c’était bien ou mauvais, mais cela a quand même eu lieu.

 

Vous avez été nommé par le Vatican administrateur de l’Eglise grecque-catholique en attendant l’élection d’un successeur, qui devrait intervenir lors du synode. Après votre nomination, en prenant en main les affaires de la communauté, avez-vous trouvé que la gestion du patriarche Laham était aussi mauvaise que certains évêques le lui reprochaient?
Ce n’est pas aussi mauvais qu’on le lui reprochait. Il y a eu quelques erreurs qui ont été commises qui ne peuvent être imputées à sa Béatitude mais à ses conseillers surtout dans le secteur de l’immobilier. Il y a eu aussi apparemment de nombreuses ventes de terrains appartenant à l’Eglise en vue de poursuivre la réalisation d’autres projets.

 

Il semble que le Vatican lui a forcé la main en vue de cette «renonciation»…
Le Vatican ne s’est pas mêlé directement de cette affaire, même à la demande de plusieurs évêques qui lui ont réclamé de se réunir avec le patriarche Laham pour trouver une solution à l’amiable. Le Saint-Siège les a renvoyés au synode mais il a accepté de parrainer celui-ci, en vue de trouver une solution. La situation aurait été plus facile si la démission qui avait été présentée au Vatican il y a deux ans avait été acceptée. Mais à la suite de propos maladroits dans les médias, le patriarche avait retiré cette lettre de démission. Le problème était de redonner vie à celle-ci. Nous avons essayé de trouver une sortie honorable et le patriarche a accepté de mettre sa démission entre les mains de Sa Sainteté. Le patriarche avait souhaité que celle-ci soit effective au moment de son anniversaire en décembre, mais il ne l’avait pas mentionné dans sa lettre. Le Vatican a accepté sa démission en mai afin qu’elle ait lieu avant le synode prévu initialement et qui se tiendra du 19 au 23 juin. Nous avons maintenu la date de ce synode qui sera un synode exclusivement électoral.

 

Pensez-vous que ce synode s’annonce dans un climat apaisé au sein de l’Eglise grecque-catholique?
Ce synode intervient dans un climat apaisé mais ce sont certains propos dans la presse qui m’inquiètent, car on parle de regroupement, de congrégations. Ce sont de tels propos qui créent des tensions. Je suis préoccupé et indigné car c’est mépriser nos évêques et notre communauté que de leur attribuer une telle mentalité. Chaque évêque est avisé, surtout à une période aussi critique au Moyen-Orient. Il faut choisir un évêque qui possède les qualifications essentielles et le charisme nécessaire pour ce moment crucial de notre histoire. C’est une question de vie ou de mort en cet instant précis, face à cette hémorragie, face à l’immigration, aux guerres qui nous détruisent en Syrie et en Palestine, en Irak, au Liban et face à l’exode auquel nous assistons. C’est important de trouver une personne qui puisse rassembler. Il faut que les évêques oublient leur appartenance à un ordre où à une congrégation et qu’ils se souviennent du fait qu’ils appartiennent à l’Eglise melkite et à l’Eglise du Moyen-Orient. Ceci ne peut être que dans l’avantage de tous. Le risque serait qu’un patriarche issu d’une congrégation donne plus de son cœur et de son temps à la congrégation qui l’a soutenu ou lui a permis d’accéder. C’est une insulte pour nous les évêques de penser que nous sommes capables d’en arriver là.

 

Le profil idéal du prochain patriarche serait-il qu’il n’appartienne à aucun de ces ordres (pauliste, salvatorien, choueiriste)?
L’ordre auquel il appartient n’a aucune importance. Il faut qu’il soit élu indépendamment de l’ordre ou de son appartenance et qu’il puisse gérer cette situation délicate. Il faut qu’il soit choisit en fonction de ses qualités.

 

Des informations font état de tiraillements entre évêques syriens et libanais…
Je ne pense pas. Je suis Syrien et Libanais. Ce qui importe c’est l’Eglise. Je suis né en Syrie mais j’ai consacré ma vie au service de l’Eglise, pas à la Syrie. Il faut que le nouveau patriarche soit pleinement dédié à l’Eglise melkite et lui consacre beaucoup d’amour pour aller à la rencontre de l’autre. Il faut qu’il soit fidèle à son Eglise, le plus important ce sont les chrétiens d’Orient. Nous sommes à un moment crucial de l’Histoire où nous allons être ou ne pas être. La priorité reste pour moi celle des chrétiens d’Orient. Il faut que les chrétiens du Liban soient forts pour que tous ceux du Moyen-Orient soient forts. Il faut que le Liban soit le bastion du christianisme, que les chrétiens du Liban retrouvent leurs droits et leur place pour pouvoir aider tous les chrétiens du Moyen-Orient à rester. Si l’Eglise du Liban est forte, toutes les Eglises de la région seront fortes. Le pays est important mais il ne vient pas avant mon Eglise. Celui qui aide les chrétiens, c’est celui que j’admets et j’accepte quel qu’il soit. Celui qui ne donne pas ses droits aux chrétiens est mon ennemi.

 

On parle d’interférences politiques dans l’élection du prochain patriarche, entre l’ancien clivage 8 et 14 mars.
Ce serait un malheur et nous n’accepterons jamais cela. Un patriarche est le patriarche de toute l’Eglise. Ils sont tous nos fils et nous sommes au-delà de toute division. Un évêque, ou encore plus un patriarche, ne peut pas prendre parti pour qui que ce soit car il a des fidèles qui appartiennent aux deux bords. Il peut les orienter selon les préceptes chrétiens, sans plus. Un évêque n’est ni de gauche ni de droite et ses fidèles sont de tous bords.

 

Y a-t-il des évêques qui ont annoncé leur candidature?
Aucun évêque n’a présenté officiellement sa candidature. J’entends ce que vous entendez.

 

Etes-vous candidat?
C’est une responsabilité tellement grande et tellement importante que ce ne serait pas sage de la rechercher. Je ne me présente pas comme candidat car c’est une charge qui est très lourde, et à laquelle il faut se dédier totalement. Il y a beaucoup de problèmes et de responsabilités. Il faut se dénuder de tout et se consacrer entièrement à ce travail. Mais si on m’élit, bien sûr je ne pourrais pas refuser. Ce serait une trahison du Christ et de mes responsabilités.

 

Vous avez fait beaucoup de choses pour Alep, surtout encourager les chrétiens à ne pas quitter cette ville et pousser ceux qui sont partis à revenir. Quelle est la situation des chrétiens d’Alep?
J’ai travaillé pendant dix-huit ans au Liban avant de devenir évêque d’Alep. J’ai vécu et partagé les souffrances de la guerre avec les Libanais. J’étais l’assistant du Patriarche Hakim pour tout ce qui concernait le développement et les relations internationales. J’ai fait beaucoup de choses pendant la guerre. J’ai accueilli les refugiés de la Békaa, de Maghdouché et Ras Baalbeck. J’ai travaillé pour le développement des villages les plus reculés du Liban comme Ras Baalbeck et Qaa, pour maintenir les habitants sur leur sol. Le Liban est une partie de mon cœur. Ceci n’est pas en paroles mais en actions. C’est vrai que je suis né Syrien, mais j’ai choisi d’être Libanais. Depuis 21 ans, je travaille à Alep. Il y a six ans, j’avais 67 ans et je commençais à préparer ma retraite et ma succession. Puis la guerre en Syrie a éclaté. Le Seigneur a voulu que je recommence. Cette guerre a rendu beaucoup de gens malheureux. J’ai retroussé mes manches et je me suis remis au travail, car je ne pouvais m’arrêter à un moment où les gens avaient besoin de moi. Ces deux dernières années ont été catastrophiques. Devant une situation pareille, j’ai lancé un projet «politiquement incorrect» et j’ai appelé nos fidèles à rentrer à Alep. C’est un projet de retour qui a été lancé il y a quelques mois et pour lequel j’ai établi un budget et que nous avons appelé «Alep vous attend». Aujourd’hui, des membres de la communauté songent à revenir, surtout ceux qui sont installés en Europe. Une trentaine de familles. Bien sûr, c’est plus difficile pour ceux qui sont au Canada et en Australie. Nous avons lancé 22 programmes d’aides humanitaires. Nous donnons des subventions aux pères de famille sans travail, 1000 familles reçoivent des aides mensuelles, 1500 paniers alimentaires par mois, 1200 bourses scolaires sont offertes aux élèves des écoles catholiques. Pour encourager les naissances, j’ai proposé la prise en charge des enfants qui naîtront ces deux ou trois ans, offrant aux parents les frais d’hôpital, les frais scolaires et leur payant un salaire pendant quatre ans. Nous avons eu 120 naissances. Pour tous ceux qui désirent retourner à Alep, nous offrons les frais de retour, des maisons pendant deux ou trois ans au moins, des subventions et nous payons les scolarités. Nous avons  également lancé un mouvement qu’on a baptisé «Bâtir pour rester», dans le cadre duquel nous offrons des prêts gratuits pour des start-up ou nous aidons à la restauration des ateliers des travailleurs-artisans.

Propos recueillis par Paul Khalifeh et Joëlle Seif

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Éditorial
Au nom de la stabilité

La prorogation du mandat du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, pour un mandat de six années, ne fait pas l’unanimité des partis politiques et des experts, même si la décision a été prise en un tour de main au cours d’une réunion du Conseil des ministres tenue à Baabda. Les opposants à cette décision s’expriment ouvertement. Certains d’entre eux accusent le patron de la banque centrale d’être «l’allié privilégié des banques commerciales», l’affublant, parfois, du titre peu élogieux de «banquier des banques». La stratégie qu’il met en œuvre, à chaque fois que ce secteur est confronté à un début de crise, aboutit à rendre les établissements de crédits, ou la plupart d’entre eux, relativement renforcés. D’autres détracteurs, plus sévères, le qualifient, carrément, de «gardien des voleurs du temple».En deux mots, le 5ème mandat qu’entamera Riad Salamé en juillet sera encore plus délicat et difficile à gérer que les précédents. Le statu quo de stabilité relative au pays du cèdre peut basculer brusquement. Le Proche-Orient est dans la tourmente. Le monde arabe, les présidents américain et russe, Donald Trump et Vladimir Poutine, n’ont pas encore jeté leurs dés et tous les scénarios sont encore possibles. Karl Albrecht avait dit: «Partir avec un idéal en tête et finir avec un deal», alors qu’Ashleigh Brilliant avait conseillé «de négocier (…), si vous ne pouvez ni le contrôler, ni le surmonter.» Or aujourd’hui, le Liban est contraint de suivre les règlements – souvent perçus comme des diktats – des pays dont il utilise la monnaie, en l’occurrence le dollar américain et l’euro, entraînant une obligation inéluctable, celle de la négociation. Riad Salamé a réussi à gérer ce volet, en évitant au Liban et à son secteur bancaire le pire. Néanmoins, il ne peut pas se prévaloir d’avoir relancé la croissance économique – mais est-ce son rôle? –, en dépit des programmes de subvention des taux d’intérêts débiteurs et d’autres stimulations adoptées par la BDL, ces cinq dernières années. Selon les prévisions du FMI, le taux de croissance serait, en 2022, de 3%. Il est évident que la politique monétaire a quelque peu empiété sur la politique économique et financière. Mais qui en assume la responsabilité?Certes, personne n’est indispensable dans le monde des affaires, de l’économie et des finances. Mais il y a aussi ce que l'on appelle «l’homme du moment». En attendant que les épais nuages qui couvrent la région commencent à se dissiper, le pays doit respirer, mais, surtout, il a besoin «d’inspiration divine pour une prudente continuité de résilience et d’ingénierie»… qui profiterait, cette fois, à tous.


 Liliane Mokbel
   

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