Entre science et politique. Le parcours atomique de Farah Hariri
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Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Entre science et politique. Le parcours atomique de Farah Hariri

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    Entre science et politique. Le parcours atomique de Farah Hariri
    Ce mois-ci, c’est en Suisse que Magazine a déniché la perle rare. A tout juste 30 ans, Farah Hariri est déjà à la tête d’un brillant parcours. Physicienne de formation, titulaire d’une bourse...
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Ce mois-ci, c’est en Suisse que Magazine a déniché la perle rare. A tout juste 30 ans, Farah Hariri est déjà à la tête d’un brillant parcours.

Physicienne de formation, titulaire d’une bourse de doctorat du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), auteure d’une thèse internationalement reconnue sur la fusion nucléaire, c’est à Genève que cette franco-libanaise a décidé de poser ses valises, au CERN. Naturalisée française depuis 2013, c’est également pour la politique que Farah Hariri a souhaité mettre son talent à contribution, et ce, aux côtés d’Emmanuel Macron, leader du mouvement En Marche! pendant la campagne présidentielle et nouveau président français.
Sur les bords du lac Léman, la science coule des jours heureux. C’est ici, dans le chef-lieu du canton de Genève au CERN, l’un des plus prestigieux centres de recherche au monde, que Farah a établi ses quartiers en mars 2016. C’est au cœur du «Physics Department» que le Dr Hariri mène ses recherches. «Au CERN, on cherche à comprendre l’origine de l’univers et les lois fondamentales de la nature qui le gouvernent. Mon travail consiste à développer des modèles théoriques pour simuler virtuellement les interactions de particules à ultra-hautes énergies, proche de celles des rayons cosmiques». Si la description des recherches quotidiennes qu’effectue Farah Hariri est d’une rare complexité, le contraste avec la simplicité de la jeune femme est saisissant.
Sur le bureau de la physicienne, entre les feuilles noircies de notes, marqueurs de couleurs, gommes, crayons à papier, post-it et autres matériels, une collection de tasses en carton trône sous son écran d’ordinateur, et pas n’importe lesquelles. Ces modestes gobelets à café libanais témoignent de son attachement à son pays natal. «Je ne bois mon café au bureau qu’avec ces tasses-là, ça rajoute un goût authentique au café», dit-elle, un brin amusée. Au-dessus de son bureau, un tableau blanc, lui aussi saturé d’équations multicolores, témoigne de l’intensité des travaux menés par la chercheuse.

Voisine des Prix Nobel
Pour celle qui côtoie désormais des prix Nobel de physique, Carlo Rubbia (lauréat en 1984, sénateur à vie de la République italienne et président d’honneur du comité international de Thorium dont Farah est membre), ou Jack Steinberger (lauréat en 1988) —, «c’est une opportunité incroyable qui dépasse même mes propres rêves lorsque j’ai quitté le Liban il y a environ sept ans!». L’intérêt pour la science et la physique n’est pourtant pas un héritage familial. Chez Farah, pas d’antécédents familiaux mais une curiosité et une détermination telles, que cela la pousse à accomplir le meilleur. «Ma nature curieuse m’a amenée à tout questionner pour comprendre le monde dans sa rationalité. Ce besoin de trouver des explications, cette forme de scepticisme, se sont transformés en passion pour la science», dit-elle.
Tout commence au Liban, où Farah naît 30 ans plus tôt. Aînée d’une fratrie de 4 enfants, c’est à l’American University of Beirut (AUB) que Farah suit des études jusqu’en Master de physique. Diplômée à 23 ans, une bourse de doctorat du CEA en poche, Farah s’envole pour la France à destination du Centre d’études de Cadarache, l’un des 9 centres de recherche du CEA, dont les activités sont axées sur l’énergie nucléaire, les nouvelles technologies de l’énergie et la biologie végétale. Une aubaine pour la jeune femme, qui reste fortement engagée dans la recherche de sources d’énergie durables, un thème qui figure, entre autres, au cœur du programme d’Emmanuel Macron. Au sein de la «Résidence étudiante le Hameau» perdue en pleine forêt, Farah entreprend ses premières recherches de thèse sur la fusion nucléaire pendant neuf mois. Sur place, ses thèmes de recherches sont liés au projet dit «ITER» (International Thermonuclear Experimental Reactor), un réacteur expérimental thermonucléaire international qui vise à «réaliser une nouvelle source d’énergie nucléaire à grande échelle, non émettrice de CO2, pérenne et sûre», selon la physicienne.
C’est aussi là que la jeune femme apprend à se familiariser avec un tout nouvel environnement, totalement en dehors des codes et des traditions de la société libanaise, des Libanais et de leur «chaleur incomparable». Ce fut «un grand chamboulement. J’ai quitté ma famille, mes racines, mes repères, ma culture. Il a fallu s’intégrer dans un environnement exigeant et apprendre un mode de vie que je ne connaissais qu’à travers les livres… Le plus difficile a été de construire cette nouvelle vie seule, les épreuves m’ont formées pour devenir une femme plus forte».
Cette exigence, Farah l’a aussi pour son pays natal, pour lequel elle garde une grande affection. «Mon cœur bat toujours pour le Liban… je suis en quelque sorte la somme de mon vécu au Liban, en France et en Suisse mais je porterai toujours en moi la culture de mes origines: j’écoute Fairouz tous les matins avant d’aller au travail, comme lorsque mon père me conduisait à l’école». Sa thèse, soutenue à l’université d’Aix-Marseille marque un moment charnière dans la carrière de la jeune femme.

Aux quatre coins du monde
A l’issue de sa soutenance, Farah est invitée aux quatre coins du monde pour présenter son travail dans plusieurs laboratoires: Europe, Etats-Unis, Chine et Japon, où elle est reçue par d’autres scientifiques comme le Pr Akio Komori, directeur de l’Institut national de fusion nucléaire et par le président de l’Université de Kyushu, Setsuo Arikawa. Ce dernier lui remet le prix Itoh, une distinction de portée internationale. Des voyages exceptionnels qui permettent à la jeune femme d’acquérir une certaine confiance tant sur le plan personnel que scientifique, et qui l’encouragent à poursuivre ses recherches. Car le parcours de Farah, si rapide et impressionnant soit-il, n’en a pas été pour autant facile. Selon la physicienne, la société libanaise peut parfois rendre la tâche compliquée. «Trop de conventions sociales freinent l’ambition des femmes et les cloisonnent dans des chemins prédéfinis. J’ai fait le choix de quitter la voie traditionnelle, de choisir un parcours atypique. Je voulais, avec ma détermination, montrer que c’est possible. Servir d’exemple en quelque sorte». Un choix respecté et admiré de tous, en particulier ses proches. «Ils m’assurent un amour inconditionnel et me soutiennent, et je leur en suis reconnaissante. Même si certains ne comprennent pas mon choix, ils le respectent».
Farah intègre l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, où elle poursuit ses recherches sur la théorie des plasmas de fusion nucléaire, puis intègre le CERN en mars 2016, le plus grand centre de physique des particules du monde.

L’aventure En Marche!
«Jamais je n’aurais cru arriver jusque-là». Au lendemain du second tour des législatives françaises, Farah a de quoi sourire. Son candidat, Joachim Son-Forget, vient d’être élu député des Français de Suisse et du Liechtenstein, face à Claudine Schmid, des Républicains, avec un résultat sans appel: 74,94% contre 25,06%. C’est fin 2016 que Farah décide d’adhérer à En Marche!. Emmanuel Macron a fondé son mouvement «pas à droite pas à gauche» en déclarant vouloir «faire de la politique autrement». Pour Farah, c’est un livre qui a tout changé.«J’ai lu le livre d’Emmanuel Macron, (Révolution, ndlr) à sa sortie. Son approche non conformiste, ses idées novatrices, son envie sincère de s’affranchir des clichés habituels pour mener à bien son projet, cela a résonné en moi». Au fil de l’interview, on ne peut nier les similitudes entre la physicienne et l’ancien banquier: dépasser les clivages, s’affranchir des conformismes et oser. L’un a démissionné d’un gouvernement d’apparatchiks pour fonder son mouvement, envers et contre tous. Farah a, quant à elle, quitté son pays natal, le «confort de son environnement familial» pour réaliser son rêve. Et lorsqu’on l’interroge sur sa vision de la politique française, le résultat est encore plus parlant: «La modernité de l’approche de Macron s’observe notamment dans la diversité de son gouvernement: égalité des sexes, variété des parcours et des expériences professionnelles. Voilà l’esprit de la République en Marche! Je suis fière de participer, même modestement, à ce mouvement de transformation. En le choisissant, la France a décidé de privilégier une vision moderne de la politique, de la société et du monde. C’est stimulant et enthousiasmant de voir un pays vouloir que la politique soit une opportunité de changer les choses et non l’administration du statu quo».

Une vision d’avenir
C’est auprès de Joachim Son-Forget que Farah contribue à la vitalité du mouvement d’Emmanuel Macron. Tout en poursuivant ses travaux de recherche au CERN, qui restent, tout comme sa carrière scientifique une priorité, elle a occupé le poste de conseillère sur le dossier de transition énergétique pendant les campagnes présidentielles et législatives. Au cœur du projet d’Emmanuel Macron, la réduction progressive de l’empreinte carbone pour être cohérent avec l’Accord de Paris sur le climat, la COP21, et la réduction de la part du nucléaire en France, sont une des priorités. Un projet qui tient à cœur à la physicienne. «La France conservera l’énergie nucléaire afin d’assurer la sécurité de l’approvisionnement énergétique, mais en ramenant sa part dans le mix énergétique de 75% à 50% en 2025. Pour compenser, je pense qu’il faut pousser le développement et l’utilisation des énergies renouvelables pour remplacer les énergies fossiles (...), la recherche dans le domaine de la technologie de stockage d’électricité jouera un rôle clé pour permettre, dans le futur, l’exploitation de la capacité des énergies renouvelables au maximum. Je pense qu’il ne faut pas abandonner la recherche et la formation dans le nucléaire, notamment car nous devons résoudre le problème des déchets mais aussi, à plus long terme, trouver peut-être une nouvelle source d’énergie propre et à grande échelle». Une conviction ancienne, que Farah s’est forgée lors de son séjour à Cadarache. Elle entend mener ce projet à bien tout au long du quinquennat, car c’est ainsi qu’elle conçoit son engagement politique. «J’ai envie de m’engager pour les grands problèmes de la société, de manière citoyenne et collective».
Aujourd’hui, la mission se poursuit. «Je continuerai à faire de la politique, sur mon temps libre. Aujourd’hui, ma priorité reste ma carrière scientifique et mon travail au CERN». Au téléphone, le ton est posé, la voix douce. Farah tient à conserver une part de discrétion. La jeune femme adresse un message à la jeunesse libanaise: «Je les encourage à prendre des risques, à s’engager avec passion, braver les conformismes pour qu’elle puisse vivre ses rêves les plus audacieux. La science et ses valeurs peuvent être un formidable moyen de respecter, transcender nos différences et d’échanger dans le respect de l’autre pour apporter le dialogue et la paix tant nécessaires à ce monde si turbulent».

Marguerite Silve-Paris
 

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Éditorial
Confiance déficitaire

Face aux immenses défis, notamment économiques, auxquels le Liban est confronté, les hommes politiques font figure de nains essayant, comme Atlas, de soulever sur leurs épaules la voûte céleste. Le temps précieux perdu en verbiage et en fanfaronnades autour de la loi électorale aurait pu être investi dans une profonde réflexion pour imaginer des idées, élaborer des plans et trouver des ressources permettant à l’économie de se redresser. Au lieu de cela, la classe politique a dilapidé, à coups de polémiques inutiles et de chamailleries stériles, une grande partie du capital-confiance du nouveau mandat, clé de voûte de tout projet d’avenir.De fausses batailles sont menées au nom de la défense du destin du Liban, qui résiderait, à en croire certains hommes politiques, dans le code-barre d’une carte magnétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de gonfler et les capacités de l’Etat à trouver des ressources pour son financement deviennent de plus en plus aléatoires. L’ingénierie financière imaginée il y a presque un an par le gouverneur de la BDL serait à bout de souffle. C’est l’Association des banques du Liban (ABL) qui l’annonce, dans son rapport annuel. L’ABL exprime sa crainte de voir les dépôts, attirés l’année dernière par le montage de Riad Salamé, refaire le chemin inverse.Cette mise en garde illustre une inquiétude à peine voilée de la part des banques de ne pas voir affluer au Liban, en 2017 et 2018, des capitaux en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de l’Etat libanais en financement, et du secteur privé en investissements. L’incertitude est alimentée par des facteurs régionaux, nés de la profonde division qui a frappé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) après le bras de fer entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’un côté, le Qatar de l’autre. L’absence de perspectives positives concernant une remontée du prix du pétrole n’améliore pas la situation. Les émigrés, qui ont longtemps contribué généreusement aux transferts de capitaux vers la mère-patrie, sont contraints de se serrer la ceinture à cause de ces fâcheux développements. D’ailleurs, un début de mouvement de retour des familles de travailleurs libanais du Golfe, dissuadés par la cherté de vie, est enregistré.Le moins que l’on puisse dire est que la conjoncture n’est pas favorable au Liban. Il y a certes des éléments positifs, comme le redémarrage du tourisme après cinq années de recul. Cela reste toutefois insuffisant pour relancer des pans entiers de l’économie.Une meilleure gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amorce de réformes et le début de l’exploitation des ressources en hydrocarbures auraient pu apporter, partiellement, des solutions de rechange. Mais ce ne sont pas des hommes politiques comateux ou qui jouent aux Don Quichotte qui seront capables de le faire.


 Paul Khalifeh
   

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