Alain Gresh. Israël-Palestine, une histoire française
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Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Alain Gresh. Israël-Palestine, une histoire française

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En collaboration avec la dessinatrice Hélène Aldeguer, Alain Gresh publie Un chant d’amour – Israël-Palestine, une histoire française, (La Découverte), qui revient sur la politique française depuis 50 ans à l’égard du Proche-Orient. Magazine l’a rencontré lors de son passage au Liban.


Pourquoi avoir choisi le medium de la BD?
La BD politique est un medium qui se développe beaucoup, depuis quelques années. Ça touche plus de monde, un public différent qui ne s’intéresse pas forcément, directement à la politique. J’ai découvert que cela permet de montrer et de dire des choses parfois plus fortes que le texte, comme le fait de reproduire des Unes de journaux, des reportages, qui indiquent l’atmosphère de l’époque, à l’instar de la fameuse Une de France Soir «Les Egyptiens attaquent Israël».

Pourquoi cette importance accordée aux intellectuels et artistes?
Le choix qu’on a fait est double. On ne met en scène d’abord que des personnages qui ont existé et on ne leur fait dire que ce qu’ils ont dit ou écrit. Ensuite, on a mis l’accent sur des responsables politiques d’un côté, et les intellectuels et les artistes de l’autre car ils ont joué un rôle important. Au-delà même de la politique, c’est devenu «une histoire française». Depuis 50 ans, c’est un problème qui divise la société française, qui suscite des débats, très différents selon qu’on est en 1967 ou 1982, mais l’émotion est toujours là.

Quel est le rôle des médias et des intellectuels dans le rétablissement des faits?
Quand on regarde l’évolution, ce qui est intéressant, c’est qu’en 1967, les médias c’étaient les journaux papier. Petit à petit, on passe à la télévision puis à la télé en direct. Par exemple, durant la guerre de 1982, une partie du basculement de l’opinion française en faveur des Palestiniens est due aux caméras qui étaient à Beyrouth sous les bombes. La télé a un avantage, elle crée l’émotion, mais elle peut être dangereuse aussi, car l’émotion n’est pas l’analyse politique. Il y a des gens qui peuvent s’improviser analystes, des intellectuels médiatiques, comme Bernard Henri-Levy par exemple, qui a un rôle très négatif.

Et actuellement?
On est aujourd’hui dans l’analyse du conflit comme une guerre entre deux peuples qui se disputent la terre. Alors que pour moi, on est dans un conflit occupant/occupé. De Gaulle a dit lors de sa conférence de presse de novembre 1967 qu’Israël organise l’occupation, qui signifie la répression, qui signifie la résistance accusée d’être terroriste. On est dans cette logique-là. C’est un conflit vieux d’un siècle, à la fois compliqué, car il y a mille nuances à apporter, et simple car il y a un occupant et un occupé. Pour moi, en tant qu’occidental, ce qui est important, c’est que l’Europe et l’Occident se revendiquent de la légalité internationale, et aujourd’hui il y a un pays qui pilonne cette légalité, c’est Israël. Il est donc important que nous affirmions une position, non pas pro-palestinienne, mais conforme au droit international reconnu par tout le monde. Ca devrait être la base de l’action du gouvernement français, on le réaffirme mais on ne prend aucune mesure sérieuse pour le mettre en œuvre.

Un peu comme Ponce Pilate qui se lave les mains...
Oui, notre passivité là-dessus est criminelle. Globalement, on peut dire que la position de De Gaulle a déterminé la politique française jusqu’à Chirac, avec la France porteuse de l’idée du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et de la négociation avec l’OLP, qui va triompher avec les accords d’Oslo. Mais ensuite, pour des raisons diverses, il va y avoir une inflexion de la politique française, un rapprochement avec les Américains. Sur la question palestinienne, il va y avoir ce que j’appelle, «un tournant silencieux». En gros, on maintient les mêmes positions sur la Palestine, mais en même temps, on développe des relations bilatérales avec Israël, comme si la Palestine n’existait pas, on refuse toute pression réelle sur Israël et on ne fait entendre aucune voix spécifique de la France. C’est le vrai tournant. Le titre du livre, Un chant d’amour, est symbolique; ce dîner entre Netanyahu et Hollande, c’est hallucinant. Je pense qu’il n’est même pas conscient de ça, le président de la République qui dit ‘je vais chanter un chant d’amour’, pour Israël passe encore, mais pour les dirigeants israéliens les plus à droite qu’Israël ait connu, c’est fascinant.

Vous êtes souvent taxé d’être pro-palestinien,  et donc forcément antisémite…
Oui bien sûr. Aujourd’hui en France, il n’y a pas pire accusation qu’antisémite. Moi je m’en fiche, et en plus ma mère est juive. Mais pour d’autres, c’est une vraie blessure, une pression formidable contre eux.

A quel point le fait d’être d’origine égyptienne a-t-il eu une influence sur votre position?
C’est majeur. Ma première expérience politique, c’est 1956, la crise de Suez, que j’ai vécue avec le reste des Egyptiens, même si j’avais 8 ans. J’étais élevé dans une famille communiste orthodoxe, et quand je suis venu en France, à 14 ans, j’ai très vite senti que j’avais une position différente de mes camarades français de souche.

Parlez-nous du site en ligne, Orient XXI.
On l’a créé il y a 4 ans environ, c’était au moment des révolutions arabes, de la guerre contre le terrorisme. Il nous avait semblé important d’essayer de donner une autre image du monde arabe et musulman, d’essayer de créer des ponts avec le monde occidental en donnant d’autres visions, en donnant aussi la parole à des gens de la région, des Arabes qui parlent de leur propre pays. On s’est bien installé dans le paysage médiatique, avec 250 000 visiteurs par mois, un article par jour, long et approfondi et des versions en trois langues. C’est un média gratuit, ce qui pose des problèmes économiques compliqués.

Nayla Rached

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Éditorial
Confiance déficitaire

Face aux immenses défis, notamment économiques, auxquels le Liban est confronté, les hommes politiques font figure de nains essayant, comme Atlas, de soulever sur leurs épaules la voûte céleste. Le temps précieux perdu en verbiage et en fanfaronnades autour de la loi électorale aurait pu être investi dans une profonde réflexion pour imaginer des idées, élaborer des plans et trouver des ressources permettant à l’économie de se redresser. Au lieu de cela, la classe politique a dilapidé, à coups de polémiques inutiles et de chamailleries stériles, une grande partie du capital-confiance du nouveau mandat, clé de voûte de tout projet d’avenir.De fausses batailles sont menées au nom de la défense du destin du Liban, qui résiderait, à en croire certains hommes politiques, dans le code-barre d’une carte magnétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de gonfler et les capacités de l’Etat à trouver des ressources pour son financement deviennent de plus en plus aléatoires. L’ingénierie financière imaginée il y a presque un an par le gouverneur de la BDL serait à bout de souffle. C’est l’Association des banques du Liban (ABL) qui l’annonce, dans son rapport annuel. L’ABL exprime sa crainte de voir les dépôts, attirés l’année dernière par le montage de Riad Salamé, refaire le chemin inverse.Cette mise en garde illustre une inquiétude à peine voilée de la part des banques de ne pas voir affluer au Liban, en 2017 et 2018, des capitaux en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de l’Etat libanais en financement, et du secteur privé en investissements. L’incertitude est alimentée par des facteurs régionaux, nés de la profonde division qui a frappé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) après le bras de fer entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’un côté, le Qatar de l’autre. L’absence de perspectives positives concernant une remontée du prix du pétrole n’améliore pas la situation. Les émigrés, qui ont longtemps contribué généreusement aux transferts de capitaux vers la mère-patrie, sont contraints de se serrer la ceinture à cause de ces fâcheux développements. D’ailleurs, un début de mouvement de retour des familles de travailleurs libanais du Golfe, dissuadés par la cherté de vie, est enregistré.Le moins que l’on puisse dire est que la conjoncture n’est pas favorable au Liban. Il y a certes des éléments positifs, comme le redémarrage du tourisme après cinq années de recul. Cela reste toutefois insuffisant pour relancer des pans entiers de l’économie.Une meilleure gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amorce de réformes et le début de l’exploitation des ressources en hydrocarbures auraient pu apporter, partiellement, des solutions de rechange. Mais ce ne sont pas des hommes politiques comateux ou qui jouent aux Don Quichotte qui seront capables de le faire.


 Paul Khalifeh
   

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