Philippe Aractingi. «Le cinéma ne peut réussir qu’avec un état»
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Nº 3079 du vendredi 7 juillet 2017

Philippe Aractingi. «Le cinéma ne peut réussir qu’avec un état»

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    Philippe Aractingi. «Le cinéma ne peut réussir qu’avec un état»
    Philippe Aractingi est un pionnier du cinéma libanais, il a notamment réalisé les films Bosta (2005), Sous les Bombes (2008) ou plus récemment Listen. Rencontre avec celui qui cumule les...
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Philippe Aractingi est un pionnier du cinéma libanais, il a notamment réalisé les films Bosta (2005), Sous les Bombes (2008) ou plus récemment Listen. Rencontre avec celui qui cumule les casquettes de producteur, réalisateur et scénariste.

Depuis vos débuts au cinéma, comment a évolué l’industrie du film libanais?
Beaucoup de choses ont changé depuis mes débuts. Je suis d’une génération où il n’existait même pas encore d’Ecole de cinéma, ni d’ailleurs de cinéma libanais quand j’ai commencé. Quand j’ai sorti ma première fiction, Bosta, en 2005, les films nationaux n’intéressaient pas le public libanais. Ils ne dépassaient pas les 2 000-3 000 entrées dans les salles. Aujourd’hui la donne a bien changé. Il existe cinq circuits de distribution, contre deux à l’époque. En 2004, à peine un ou deux films libanais sortaient par semaine, aujourd’hui ce sont cinq, six parfois huit films qui sont proposés la même semaine. Autre différence majeure: la durée d’un film à l’affiche. A l’époque, Bosta est resté 22 semaines en salles. Aujourd’hui c’est à peine sept et neuf semaines, onze au grand maximum tellement la production a augmenté.

Quel est selon vous, la solution au problème du financement des films libanais?
Le vrai défi pour le cinéma libanais est aujourd’hui de trouver des fonds non remboursables. Il n’existe pas de cinéma qui puisse réussir sans l’aide de l’Etat, je n’y crois pas. Chaque pays au monde a compris qu’il est primordial de soutenir son industrie culturelle et le cinéma est un vecteur identitaire très important. Nous n’avons au Liban pratiquement aucun fonds public pour soutenir le 7e art. A peine 100 000 dollars sont répartis sur une quinzaine de films par an. En Tunisie, ce sont dix films par an qui sont subventionnés à hauteur de 350 000 dollars par film. Le Maroc alloue 500 000 dollars d’aides par film par an, pour 25 films produits annuellement. Il faut que le gouvernement comprenne que le cinéma est une industrie qui peut aider au développement économique et social de tout le pays. Les Etats-Unis et l’Inde ont fait du cinéma un véritable moteur de la croissance. Le Liban a un potentiel énorme à jouer dans ce domaine car c’est une industrie créative et notre plus grande richesse est dans nos talents. Nous avons des histoires à raconter car nous avons une histoire. Il faut capitaliser sur nos richesses intellectuelles, créatives et humaines.

Comment entrevoyez-vous l’avenir du cinéma libanais?
Pour l’instant, c’est vrai que la production de films a beaucoup augmenté mais la plupart du temps, disons dans 80% des cas, il s’agit de premiers films qui ne donneront pas suite, car l’industrie n’est pas encore rentable. La plupart des acteurs du secteur travaillent seuls. Le secteur a besoin de structure et de soutien car au Liban il est encore très risqué de faire un film. Dans une industrie cinématographique comme celle de la France, les risques sont moindres car il existe des instances en amont qui aident à la production des films: les télévisions ont des obligations d’achat, les distributeurs peuvent donner des avances sur recettes, le CNC est là... Tout ce que nous n’avons pas au Liban et qui fait que le cinéma est encore un pari risqué.

Soraya Hamdan

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Éditorial
Confiance déficitaire

Face aux immenses défis, notamment économiques, auxquels le Liban est confronté, les hommes politiques font figure de nains essayant, comme Atlas, de soulever sur leurs épaules la voûte céleste. Le temps précieux perdu en verbiage et en fanfaronnades autour de la loi électorale aurait pu être investi dans une profonde réflexion pour imaginer des idées, élaborer des plans et trouver des ressources permettant à l’économie de se redresser. Au lieu de cela, la classe politique a dilapidé, à coups de polémiques inutiles et de chamailleries stériles, une grande partie du capital-confiance du nouveau mandat, clé de voûte de tout projet d’avenir.De fausses batailles sont menées au nom de la défense du destin du Liban, qui résiderait, à en croire certains hommes politiques, dans le code-barre d’une carte magnétique. Pendant ce temps, la dette publique continue de gonfler et les capacités de l’Etat à trouver des ressources pour son financement deviennent de plus en plus aléatoires. L’ingénierie financière imaginée il y a presque un an par le gouverneur de la BDL serait à bout de souffle. C’est l’Association des banques du Liban (ABL) qui l’annonce, dans son rapport annuel. L’ABL exprime sa crainte de voir les dépôts, attirés l’année dernière par le montage de Riad Salamé, refaire le chemin inverse.Cette mise en garde illustre une inquiétude à peine voilée de la part des banques de ne pas voir affluer au Liban, en 2017 et 2018, des capitaux en quantités suffisantes pour couvrir les besoins de l’Etat libanais en financement, et du secteur privé en investissements. L’incertitude est alimentée par des facteurs régionaux, nés de la profonde division qui a frappé le Conseil de coopération du Golfe (CCG) après le bras de fer entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis d’un côté, le Qatar de l’autre. L’absence de perspectives positives concernant une remontée du prix du pétrole n’améliore pas la situation. Les émigrés, qui ont longtemps contribué généreusement aux transferts de capitaux vers la mère-patrie, sont contraints de se serrer la ceinture à cause de ces fâcheux développements. D’ailleurs, un début de mouvement de retour des familles de travailleurs libanais du Golfe, dissuadés par la cherté de vie, est enregistré.Le moins que l’on puisse dire est que la conjoncture n’est pas favorable au Liban. Il y a certes des éléments positifs, comme le redémarrage du tourisme après cinq années de recul. Cela reste toutefois insuffisant pour relancer des pans entiers de l’économie.Une meilleure gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amorce de réformes et le début de l’exploitation des ressources en hydrocarbures auraient pu apporter, partiellement, des solutions de rechange. Mais ce ne sont pas des hommes politiques comateux ou qui jouent aux Don Quichotte qui seront capables de le faire.


 Paul Khalifeh
   

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