Les émigrés. Poumon économique du Liban?
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Nº 3081 du vendredi 1er septembre 2017

Les émigrés. Poumon économique du Liban?

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Avec 12 millions de Libanais répartis dans le monde, la diaspora a longtemps été considérée comme le poumon économique du Liban, notamment via les transferts d’émigrés qui contribuent à la stabilité sociale et économique. Ces expatriés occupent souvent des postes à hautes responsabilités, dans tous les secteurs. Mais ces Libanais qui font l’économie du monde continuent-ils à faire bénéficier leur mère-patrie de leurs activités dans un contexte de crise mondiale? Enquête.

 

Soixante-six pour cent des Libanais qui perçoivent des transferts d’émigrés considèrent ces aides «indispensables à leur vie quotidienne». Cet argent représente 40% de leurs revenus. C’est ce qu’a révélé une étude de Chohig Kasparian, professeure à l’Université Saint-Joseph (USJ) de Beyrouth, intitulée L’apport financier des émigrés et son impact sur les conditions de vie des Libanais.
Selon cette même source, ces aides sont indispensables, car 61% des ménages percevant ces transferts les utilisent directement pour l’alimentation et 59% pour payer des frais liés au logement. En l’absence de politique sociale au Liban, les transferts d’émigrés jouent ainsi un rôle essentiel à la stabilité socioéconomique du pays.
Le Fonds monétaire international (FMI) estime, pour sa part, que 40% des Libanais qui ont émigré il y a plus de trente ans continuent d’envoyer de l’argent au Liban. «C’est de cette manière que la consommation locale se maintient, malgré la faiblesse des salaires et le taux élevé de chômage, souligne Nassib Ghobril, économiste en chef au Département de recherche de Byblos Bank. Ces transferts sont essentiels pour soutenir la demande locale et donc l’économie libanaise à flot. La diaspora est, par la suite, bien un poumon pour l’économie libanaise, ajoute l’expert. Chaque année, le pays reçoit, en moyenne, 7,2 milliards de dollars d’aide de la diaspora, ce qui fait 5 700 dollars par expatrié.
Là où il faut déconstruire le mythe, c’est justement sur le nombre de Libanais expatriés qui participent réellement à notre économie, insiste Nassib Ghobril. S’il est vrai que notre diaspora est très importante, ce n’est qu’entre 1,2 million et 1,4 million d’expatriés qui sont toujours en contact économique avec le Liban et participent à l’envoi de transferts, et non le mythe des 12 millions que l’on entend souvent».

Poursuite des transferts
Malgré la situation internationale, la chute des prix du pétrole, la crise diplomatique entre le Qatar et ses voisins du Golfe, le ralentissement économique en Arabie saoudite ou encore la dépréciation de la monnaie dans les pays d’Afrique noire, les transferts vers le Liban se sont maintenus ces dernières années et ont même légèrement augmenté. En 2016, ils s’élevaient à 7,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 1,8% annuellement, selon les chiffres de la Banque du Liban (BDL). Sur une période plus globale, la part des transferts par rapport au pourcentage du PIB a, elle, diminué, comme le montrent les chiffres du rapport de Byblos Bank, Lebanon This Week. Ils étaient équivalents à 14,7% du PIB en 2016, contre 17,2% du PIB en 2011 et 23,9% en 2006. Cela s’explique par un taux de croissance économique qui avait atteint, au Liban, les 9,2% en moyenne entre 2008 et 2010.
La question est de savoir comment ces transferts de fonds des émigrés se maintiennent, malgré un contexte mondial des plus difficiles. «La raison est, en grande partie, due à l’extrême diversité de notre diaspora, répond Fouad Zmokhol, président du RDCL World, Rassemblement des chefs d’entreprises libanais ou d’origine libanaise à travers le monde. Les Libanais sont présents partout dans le monde et occupent, en général, des postes à très hautes responsabilités, et ce, dans tous les domaines: celui des affaires, le secteur bancaire, de la santé, du commerce, de l’industrie...

Une diaspora éparpillée
Selon les chiffres des autorités locales, les Libanais de Côte d’Ivoire produisent 38% du PIB du pays et 30% du PIB du continent africain, et ceux d’Amérique latine entre 14 et 17% du PIB. La diaspora est ainsi bien éparpillée, de sorte que, même si une partie des expatriés est affectée par des chocs économiques, comme c’est le cas dans le Golfe, cette diversité maintient les transferts de fonds à flot vers le Liban.
Pour Nassib Ghobril, la stabilité des transferts de fonds vers le Liban, en dépit des événements internationaux, s’explique aussi par une autre raison: l’émigration continue des Libanais à travers le temps. «Le Libanais continue d’émigrer, que ce soit durant la Guerre civile pour des raisons sécuritaires, après 2006 pour des raisons économiques ou, même aujourd’hui, il ne reste jamais au Liban».
M. Ghobril souligne aussi la diversité géographique de la diaspora libanaise et son niveau d’éducation, qui lui permettent de continuer à aider ses proches restés au Liban.
«60 à 70% des Libanais expatriés se trouvent dans les pays du Golfe et aux Etats-Unis, précise M. Ghobril. Alors, même si la situation se dégrade pour les Libanais du Golfe, ceux d’Amérique, eux, bénéficient de la reprise aux Etats-Unis. Par ailleurs, malgré toutes les difficultés, notamment la crise financière mondiale, les expatriés se sont toujours débrouillés, soit pour trouver un autre poste, soit pour émigrer dans un autre pays. En général, ils ne rentrent pas au Liban et trouvent toujours un moyen de continuer à envoyer des fonds».
C’est ce que confirme Fouad Zmokhol: «Le point commun que nous avons remarqué entre tous les Libanais entrepreneurs dans le monde, c’est qu’ils ont tous réussi en partant de zéro. Ils ont construit des empires et, en général, ont quitté le Liban avec pratiquement rien en poche. C’est ce sens de la débrouille qui caractérise le dynamisme de notre diaspora et qui bénéficie au Liban».
Un dynamisme qui profite à la diaspora mais aussi aux résidants, comme le souligne Roger Melki, consultant en économie: «Notre diaspora est vieille de 150 ans et extrêmement bien intégrée dans les économies hôtes, tout en conservant un réseau très important. Lorsqu’un Libanais entrepreneur au Qatar décide, par exemple, de construire un hôtel, il fera appel à des architectes libanais et créera, ainsi, des emplois localement. Il est difficile de chiffrer ce phénomène, mais il est très important, car il constitue l’une des caractéristiques principales de la diaspora libanaise».

Les dépôts des non-résidents
Un autre facteur majeur dans la contribution économique de la diaspora au Liban concerne les dépôts des non-résidents, provenant en majorité des expatriés. «Les dépôts bancaires permettent la stabilité de l’économie libanaise et de la livre, souligne M. Ghobril. Ils se sont établis à 166 milliards de dollars fin avril, ce qui représente trois fois la taille de notre économie. 40% de ces dépôts, soit 66 milliards de dollars, appartiennent à des non-résidents».
Les expatriés ne déposent pas d’argent dans les banques libanaises par charité, mais pour des raisons bien rationnelles: ils ont confiance dans les banques libanaises et sont séduits par des taux d’intérêt à 5,57% sur la livre libanaise, 3,62% sur le dollar, alors que sur l’euro, ce taux s’élève à 1%, parfois même moins.
Les dépôts des non-résidents ont augmenté de 376,8 millions de dollars au cours des cinq premiers mois de 2017, contre une hausse de 167,2 millions de dollars au cours de la même période de 2016, selon les chiffres du Lebanon This Week de Byblos Bank.
Dans un pays où un Libanais sur quatre est considéré pauvre, les émigrés continuent, de la sorte, de constituer le poumon non seulement de l’économie, mais aussi de la stabilité sociale, en l’absence quasi totale de services publics élémentaires.

 

D’où viennent les transferts?
Selon les derniers chiffres du Fonds monétaire international (FMI), 43% des transferts de fonds vers le Liban proviennent des pays arabes, 15% de l’Amérique du Nord, 15% de l’Europe, 14% d’Afrique et 11% du reste du monde. En moyenne, chaque Libanais recevrait 1  600 dollars d’aide de la diaspora par an. Le Liban est le second plus grand bénéficiaire de transferts de fonds par tête d’habitant après le Luxembourg.

 

Soraya Hamdan
 

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Éditorial
Il faut saisir l’opportunité

Avant même que ne soient versés les salaires des fonctionnaires et des militaires, indexés à la nouvelle grille, les prix de certains produits de première nécessité et denrées alimentaires ont augmenté. Les prix avaient déjà fait un bond, il y a quelques mois, lorsque le Parlement avait entamé l’examen de l’échelle des salaires, avant de la renvoyer en Commission. Qui est responsable de cette montée injustifiée des prix? Les détaillants? les grossistes? les importateurs? C’est à l’Etat de trouver la réponse et de prendre les mesures nécessaires. C’est au gouvernement d’enrayer la montée des prix, qui risque de torpiller l’un des seuls aspects positifs de la grille des salaires, celui du renforcement du pouvoir d’achat de 270000 familles, ce qui devrait avoir pour effet de booster la consommation des ménages et, par conséquent, de relancer, même timidement, une économie moribonde.La situation économique est tellement mauvaise que certains acteurs du secteur lient le sort du pays au volume des transferts effectués par la diaspora. Si les flux de capitaux rentrants venaient à baisser pour une quelconque raison, les banques n’auraient plus les moyens de financer l’Etat. La seule lueur d’espoir est la reconstruction de la Syrie et le rôle que le Liban pourrait y jouer, entend-on de plus en plus souvent dans les cercles économiques. Or, la reconstruction semble, aujourd’hui, le thème principal qui occupe les discussions des responsables syriens avec leurs visiteurs étrangers. Des journalistes occidentaux, de retour de Damas, affirment que, «pour la première fois», leurs interlocuteurs étaient plus focalisés sur les questions de la reconstruction que sur les détails des opérations militaires, pourtant marquées par d’importantes avancées de l’armée régulière et de ses alliés sur tous les fronts, notamment face à Daech. «C’est mon dixième voyage à Damas depuis le début de la guerre, nous déclare un journaliste d’un quotidien français. Mais c’est la première fois que j’entends plus parler des projets immobiliers, des perspectives d’investissements et des grands chantiers à venir que des ‘‘victoires’’ de l’armée face aux ‘‘terroristes’’».La Foire internationale de Damas, qui a rouvert ses portes après cinq ans d’absence, était sur toutes les langues. Même les médias officiels syriens l’ont placée au cœur de l’actualité, reléguant au second rang la progression de l’armée dans le désert de la Badiya.Pendant ce temps, les Libanais se chamaillent et font de la surenchère sur l’opportunité de rétablir les contacts avec la Syrie. Il est du devoir de l’Etat de prendre toutes les mesures, politiques ou autres, afin que le Liban soit bien positionné en perspective de la reconstruction de la Syrie. Sinon, le pays risque de laisser passer une chance réelle de redressement.


 Paul Khalifeh
   

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