La rénovation de Sassine. L’espoir d’un second souffle
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Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

La rénovation de Sassine. L’espoir d’un second souffle

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    La rénovation de Sassine. L’espoir d’un second souffle
    La place Sassine d’Achrafié connaît depuis quelques années un net ralentissement de son activité commerciale. L’annonce par la municipalité de Beyrouth d’un grand chantier début 2018 pourrait-elle redonner à cette...
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La place Sassine d’Achrafié connaît depuis quelques années un net ralentissement de son activité commerciale. L’annonce par la municipalité de Beyrouth d’un grand chantier début 2018 pourrait-elle redonner à cette place si emblématique son attractivité d’antan? En quoi consiste ce grand chantier? A quoi ressemblera la nouvelle place? Enquête.

«Depuis 2011, notre activité a plongé d’au moins 70%, explique Yves Azar, responsable du restaurant Chase. Les loyers eux, n’ont pourtant pas baissé». A Sassine, ces dernières années, les commerces ferment à vue d’œil, sur un lieu pourtant stratégique de la capitale libanaise. Ils sont victimes comme le reste de la capitale et du pays de la situation économique morose.
Mona Rizk, architecte en charge du projet de rénovation de la place Sassine par la municipalité de Beyrouth constate un déséquilibre entre la valeur foncière des biens à Sassine, qui sont parmi les plus chers de la ville après Solidere, et les locations commerciales. «Aujourd’hui, tous ces commerces ferment alors qu’ils bénéficient d’un excellent emplacement d’un point de vue immobilier, c’est donc qu’il existe un vrai problème.»
La mission de Mona et de la municipalité est donc de rendre à Sassine toute son attractivité d’antan, à la fois pour attirer des piétons, de nouveaux investissements, des restaurants et des cafés.

La rénovation
«Nous voulions rénover Sassine car la place constitue un lieu chargé d’histoire et un point névralgique pour toute la capitale, explique Jamal Itani, président de la municipalité de Beyrouth. L’objectif est de mettre le citoyen au cœur du projet pour que le Libanais puisse se réapproprier l’espace public».
L’idée est de rétablir l’équilibre entre piétons et voitures. «Dans toutes les villes du monde, la priorité a été donnée aux automobiles durant les années 1960-1970 puis la tendance s’est inversée dans les années 1990, note Mona Rizk. Aujourd’hui, nous voulons rendre à Sassine sa fonction de place qui est, pour l’instant, plutôt un grand carrefour».
Six-mille mètres carrés d’espaces publics seront ainsi créés ainsi que de larges trottoirs pour faciliter l’implantation de terrasses pour les restaurants. Pour éviter la congestion du trafic et les embouteillages, des dépose-minutes vont voir le jour pour permettre aux taxis de s’arrêter sans gêner la circulation. L’objectif est aussi de recréer le tissu urbain qui existait avant que le tunnel Mar Mitr/Hôtel Dieu et le pont de l’ABC ne soient construits.
«Nous voulons également redonner vie à cette dynamique sociale si propre au quartier: recréer des lieux de rencontres, tout ce qui fait le charme et la touche libanaise, insiste de son côté Carole Babikian, présidente de l’association Achrafié 2020. Il y aura des espaces où les piétons pourront se promener sans voitures, des jeux pour enfants, des gradins pour permettre l’organisation d’événements en plein air mais aussi des kiosques et un mur dédié aux martyrs pour se souvenir des personnes disparues ici, anonymes comme célèbres.»

8 à 10 millions $
Les travaux débuteront au début de l’année pour un projet qui coûtera entre 8 et 10 millions de dollars et sera financé par la municipalité de Beyrouth. Pour les commerçants, si ce projet sera sans doute très bénéfique pour l’activité, «le manque d’infrastructures et la congestion du trafic ne suffisent pas à expliquer la plongée de l’activité économique», comme le souligne le propriétaire du Chase. «Le plus grand problème, c’est l’économie libanaise, considère Yves Azar. Le quartier compte des milliers d’employés de banques mais avec des salaires de 900 dollars, ils ne peuvent pas manger à plus de dix dollars. Bien sûr, la rénovation de la place rendra de l’attractivité à l’endroit, mais ça ne suffira pas à faire repartir nos affaires». Le propriétaire du Chase se lance alors lui-même dans une rénovation de son restaurant et de sa carte. «Nous allons revoir le menu et les prix pour permettre à plus de Libanais de venir chez nous».
C’est également la conclusion de Tony Eid, le président de l’Association des commerçants de Beyrouth: «Bien sûr, tout nouveau projet de développement à Achrafié est le bienvenu pour redynamiser le quartier mais cela ne suffira pas. C’est un problème structurel auquel font face les commerçants de Sassine comme du pays. Le pouvoir d’achat des Libanais est en chute alors que les taxes ne le sont pas. C’est d’un allègement des charges dont les commerçants ont besoin et d’un plan de restructuration économique global.»
La restructuration de la place Sassine n’est qu’un début. Le président de la municipalité, Jamal Itani, s’est fixé pour objectif de créer plus d’espaces publics pour les Beyrouthins. Son prochain chantier: la réhabilitation de la rue de Damas où, là encore, son objectif est de rendre plus de place aux piétons et aux espaces verts, la place des Martyrs et même la Corniche et la plage de Ramlet el-Bayda qui continuera à rester publique.

Soraya Hamdan

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Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

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