Kurdistan. Quel sort pour les banques libanaises?
Logo

Nº 3083 du vendredi 3 novembre 2017

Kurdistan. Quel sort pour les banques libanaises?

  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Kurdistan. Quel sort pour les banques libanaises?
    Les banques libanaises opérant au Kurdistan irakien ont peu de soucis à se faire. Ce n’est pas la première fois qu’elles sont confrontées à des complications et à des imprévus...
  •  
Notez cet article
(1 Vote)
A- A+

Les banques libanaises opérant au Kurdistan irakien ont peu de soucis à se faire. Ce n’est pas la première fois qu’elles sont confrontées à des complications et à des imprévus dans cette partie du monde. Elles se sont accommodées de la nouvelle situation dans la province autonome.

Depuis le déclenchement du printemps arabe, qui a coïncidé avec leurs larges opérations d’expansion au Proche-Orient, les entités bancaires libanaises à l’étranger ont réussi à jongler afin de réduire l’impact des changements conjoncturels dans la région, notamment en Syrie et dans la province irakienne du Kurdistan.  
Selon l’Association des banques au Liban (ABL), il y a huit entités bancaires libanaises au Kurdistan: Byblos Bank, Bank Audi, Bank Med, BBAC, Blom Bank, Crédit Libanais, Fransabank et IBL. Leur présence est une conséquence naturelle dans cette région vu que les investisseurs libanais sont actifs et y cumulent à eux seuls près de 16% du total des investissements sur la période s’étendant entre août 2006 et la mi-janvier 2016. Les firmes libanaises présentes sur le terrain opèrent dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie, l’industrie, l’immobilier, la construction, l’éducation et le pétrole. Depuis avril 2010 et jusqu’au 29 septembre dernier, la MEA opérait un vol quotidien reliant Beyrouth à Erbil. Depuis cette date, la compagnie nationale a suspendu ses liaisons aériennes à la suite de la décision du gouvernement fédéral irakien d’interdire les vols internationaux desservant les aéroports d’Erbil et de Souleimaniya. Bagdad a voulu isoler la province et faire pression après le référendum sur l’indépendance, organisé le 25 septembre.
Dans ce prolongement, la Banque centrale à Bagdad a convoqué, le 15 octobre les responsables des entités bancaires étrangères actives sur le marché du Kurdistan et les a notifiées de certaines nouvelles directives. Désormais, les clients de ces établissements sont autorisés à retirer des dollars de leurs comptes à partir des branches qui se trouvent à Bagdad alors que les opérations inverses sont interdites. L’objectif final est de vider le Kurdistan de ses devises étrangères.

Perception du risque
Les entités bancaires libanaises présentent à Erbil sont des agences ou des branches, en application d’un accord conclu entre le Liban et l’Irak qui mentionne, par ailleurs, un traitement de réciprocité entre les deux parties. Ces entités ont commencé à s’installer dès 2006 au Kurdistan. L’Irak n’impose pas de s’associer à un citoyen irakien pour ouvrir une banque comme c’est le cas pour d’autres types de sociétés. Les entités bancaires libanaises à Erbil et Souleimaniya ne sont pas exposées à des risques de pertes considérables, affirme un banquier libanais. Etant donné qu’il s’agit de branches qui opèrent dans la province, les transactions non performantes seraient facilement absorbées par les bilans consolidés des banques-mères, d’autant que leurs tailles sont limitées. Interrogée par Magazine, la source confie que son établissement avait envisagé l’hypothèse d’un retrait du marché kurde mais qu’il s’était ravisé au dernier moment, persuadé qu’en cas de reprise économique dans la province, il serait plus coûteux et difficile d’acheter une banque ou de se voir délivrer une nouvelle licence d’exploitation. «Notre agence travaille au ralenti depuis le resserrement de l’étau financier par le gouvernement fédéral irakien sur le Kurdistan», explique une directrice de branche à Erbil. Elle fait remarquer que «l’agence n’enregistre pas de pertes, mais accuse un manque à gagner», indiquant que la banque applique désormais une politique conservatrice. Les clients sont peut-être mal servis, dans la mesure où les transactions prennent plus de temps pour être approuvées et conclues, nécessitant plus de recherches et d’information sur les bénéficiaires. La directrice assure qu’un éventuel retrait du marché du Kurdistan est exclu. «La résilience des banques libanaises est leur capacité à résister dans les moments difficiles en attendant la reprise et l’exploitation des belles opportunités», dit-elle.
Un autre banquier se dit contrarié par la conjoncture qui prévaut dans la province kurde au lendemain de la proclamation des résultats du référendum. Il déclare que sa banque a pris son temps avant de décider de s’implanter dans la région. Néanmoins, elle s’est vue contrainte de le faire,  au vu de sa stratégie consistant à suivre ses clients dans le déplacement géographique de leurs affaires. «La banque n’est pas exposée à des risques de pertes, ses services étant réservés presque exclusivement à sa clientèle libanaise», souligne-t-il. N’empêche qu’il se sent quelque peu mal à l’aise face aux risques de changements imprévisibles de règlementations. Il fait allusion clairement à l’augmentation de capital imposée aux agences (50 millions $), il y a 2 ans, nonobstant le nombre de branches et les rounds de négociations qui ont abouti à un rééchelonnement des montants requis. Ceci sans oublier le phénomène de non reconnaissance par la Banque centrale irakienne de la Banque centrale du Kurdistan, supposée être une branche dans un pays fédéral. Il conclut en soulignant que le marché irakien est difficile, surtout que le taux de bancarisation ne dépassant pas 20% de la population, les gens préférent régler leurs affaires avec du cash. Ce phénomène crée des problèmes en termes de conformité aux normes internationales de transparence et de lutte contre le blanchiment d’argent.

Prudence de la BDL
Début septembre, l’ABL a demandé à la Banque du Liban (BDL) d’exempter les branches des banques libanaises établies en Irak de l’application de la circulaire de base no 62 qui interdit aux branches libanaises à l’étranger de souscrire à la dette souveraine du pays hôte qui a une notation inférieure à «BBB», à l’exception des eurobonds émis en monnaie locale. Elles souscriraient à ces eurobonds pour un montant équivalent aux capitaux déposés auprès de la Banque centrale d’Irak, en rappelant que toutes les établissements étrangers opérant en Irak doubleront leur minimum de fonds propres d’ici à la fin de l’année en cours pour atteindre 50 millions $.
Le 18 septembre dernier, la BDL s’est manifestée, émettant la circulaire 141. Celle-ci a imposé aux banques de préparer un plan de redressement et de reprise détaillé qui leur permettrait d’assurer la stabilité de leurs institutions financières respectives et de les aider à faire face aux défis futurs en cas de difficultés.
D’après la directive de la Banque centrale, ce plan devrait être forgé selon la taille de la banque, sa présence à l’international et la complexité de ses activités et de ses opérations. Il sera révisé sur une base annuelle et approuvé par le conseil d’administration de chaque banque et envoyé devant la Commission de contrôle bancaire. La circulaire 141 a spécifié que ce plan serait applicable aux branches locales des banques tout comme à leurs branches et filiales à l’étranger, et devrait prévoir des «stress tests».

Liliane Mokbel

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
La perception compte que la réalité

La première année du sexennat du général Michel Aoun, élu le 31 octobre 2016 après deux ans et demi de vacance à la première magistrature de l’Etat, vient de s’achever. Partisans et détracteurs du mandat avancent des bilans tellement contradictoires qu’on a l’impression qu’ils ne parlent pas du même pays. Les fidèles du chef de l’Etat égrènent une longue liste de «réalisations», qui n’auraient pu être concrétisées sans la présence, au palais de Baabda, d’un «président fort». Les réussites du mandat vont de l’adoption d’une nouvelle loi électorale introduisant le mode de scrutin proportionnel et le vote des émigrés, à la bataille de l’«Aube des jouroud», qui a permis la libération, par l’armée libanaise, du territoire des groupes terroristes, en passant par les nominations administratives, militaires, sécuritaires, diplomatiques et juridiques, bloquées depuis des années. Au crédit du chef de l’Etat, également, le renforcement de la sécurité préventive, qui a épargné au pays de nombreux attentats, la condamnation à mort d’Ahmad el-Assir et d’autres extrémistes, dont les procès avançaient au ralenti à cause de l’absence d’une volonté politique. Sur le plan économique et social, les partisans du mandat soulignent le vote du budget 2017, après 12 ans de dépenses selon la douzième provisoire – qui autorise toutes sortes d’abus –, et l’adoption de l’échelle des salaires dans la fonction publique, qui renforce le pouvoir d’achat de dizaines de milliers de familles. Dans le bilan des contempteurs du mandat, ces «réalisations» ont cédé la place à une interminable liste de fiascos, d’échecs et de défaillances. «L’Etat est en déliquescence», déplore l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, qui se livre dans les colonnes de Magazine à un réquisitoire au vitriol contre le pouvoir actuel (voir page 16). Pour les détracteurs du président Aoun, les nominations ne sont qu’un partage du gâteau entre les partenaires de la coalition gouvernementale. Plus qu’une faute, l’échelle des salaires serait un péché, selon eux, car son financement impose des charges et des taxes supplémentaires aux chefs d’entreprises, aux sociétés, à la classe moyenne et les catégories les plus démunies. Le vote du budget n’est en aucun cas une source de fierté, car il s’agit de l’année fiscale écoulée, et déjà le gouvernement a dépassé les délais constitutionnels dans l’examen et l’approbation du budget 2018. De plus, la loi fondamentale votée au Parlement permet de mesurer la gravité du phénomène du gaspillage des deniers publics, avec des centaines de milliards de livres qui partent en fumée entre les administrations publiques, les dépenses inutiles et les fonds secrets (voir page 34). Entre ces deux descriptions antagonistes du Liban, il y a la perception qu’ont les Libanais de leur pays. Rares sont ceux qui ont le sentiment que leur vie s’est améliorée d’une année à l’autre. La tâche qui attend le mandat est tellement titanesque, que les réalisations accomplies, aussi importantes soient-elles, n’ont que très peu pesé dans le jugement que les Libanais se font des conditions et de la qualité de leur vie.


 Paul Khalifeh
   

LES CHIFFRES

News les chiffres
Universités 72 établissements… et ça continue! Comment peut-on combattre le chômage lorsque le nombre d’universités a atteint 72? Ces établissements délivrent des diplômes de fin d’études à des milliers d’étudiants…

Combien ça coûte

L’épilation au laser
Le prix d’une séance d’épilation au laser peut souvent sembler onéreux. Il s’avère qu’à long terme, les tarifs fixés par les professionnels du métier sont d’un excellent rapport résultat-coût. Si…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved