Wissam Youssef. Une success-story made in Lebanon
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Nº 3090 du vendredi 1er juin 2018

Wissam Youssef. Une success-story made in Lebanon

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    Ingénieur en télécommunications de formation, cofondateur et Pdg de la compagnie offshore CME spécialisée dans le développement de solutions technologiques, Wissam Youssef est une success-story libanaise. Une grande intelligence, de...
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Ingénieur en télécommunications de formation, cofondateur et Pdg de la compagnie offshore CME spécialisée dans le développement de solutions technologiques, Wissam Youssef est une success-story libanaise.

Une grande intelligence, de la détermination, un dur labeur et une foi immense dans son pays. Quelques mots qui résument le parcours de Wissam Youssef. A 22 ans, alors qu’il est en cinquième année à l’ESIB, le jeune étudiant travaille en free-lance avec le Dr Carole Charabati, directrice de l’Institut des Sciences Politiques de l’université Saint-Joseph. Pour la somme modique de 200 $, il exécute son premier projet, l’optimisation d’un programme de la Banque mondiale. Le 15 août 2003, il inaugure son premier bureau, rue Monot. Entre temps, le frère de Carole Charabati, qui réside aux Etats-Unis, acquiert une compagnie en faillite, Clifton Myers Enterprises (CME). «Carole lui a proposé de collaborer avec nous, c’est ainsi que le nom de notre compagnie CME offshore a vu le jour», explique le dirigeant.
Le jeune homme travaille dur et monte une équipe composée de six personnes. Février 2004, il est appelé sous les drapeaux mais n’arrête pas de travailler pour autant. Occupé par son service militaire la journée, il se consacre à ses projets jusqu’à tard dans la nuit. «Je dormais quelques heures à peine, se souvient-il. Mes journées commençaient à 6 heures du matin, en allant à la caserne et se terminaient à 2 heures du matin le lendemain».
La compagnie grandit. Ses obligations militaires achevées, il enregistre sa société officiellement le 20 février 2005. «Petit à petit, nous nous sommes développés dans divers secteurs comme le healthcare, les télécoms, le retail, la restauration, l’énergie, entre autres».
En 2006, la guerre de juillet représente un véritable défi pour Wissam Youssef. «Tous nos clients présents aux Etats-Unis étaient en état de panique. Nous avons dû transférer nos bureaux de Badaro à Amchit. Nous avons loué un hôtel pour toute l’équipe et nous y avons même installé leurs familles pour détendre l’ambiance. Nous avons ainsi réussi à assurer l’Internet et tout le nécessaire pour pouvoir continuer à offrir nos services aux clients».

Implantation en Chine
Une semaine après la fin de la guerre, CME se voit confier un projet dans le domaine de l’électronique qui devait être exécuté en Chine. «Je me suis rendu à Zhuhai pour y ouvrir un bureau dédié au secteur de l’électronique». Wissam Youssef passe plus d’un an et demi en Chine. Malgré sa solitude, il tente de se familiariser avec l’environnement et se débrouille en apprenant quelques mots de mandarin. «Le bureau de Chine compte aujourd’hui une quarantaine de personnes», dit-il.
De retour au Liban début 2008, sa société prend en charge un projet aux Etats-Unis avec une division de Thomson Reuters. «Cap donc sur les Etats-Unis où j’ai monté une équipe. De 2 personnes au départ, le bureau compte aujourd’hui 80 salariés». Poursuivant la croissance de CME, Wissam Youssef contribue à la fondation d’un bureau à Mendoza, en Argentine.
L’année 2011 constitue un virage pour CME. La décision est prise de créer des produits. En 2013, Wissam Youssef devient le Pdg de l’entreprise, succédant à Carole Charabati qui avait occupé cette fonction de 2005 à 2013. «Nous avons créé des produits pour la chaîne alimentaire Subway». Les récompenses s’enchaînent. La société remporte des trophées de renommée internationale, notamment le Best Technology Vendor worldwide en 2016. «Nous avons initié un produit pour la sécurité alimentaire et par la suite nous avons gagné un autre prix pour nos programmes destinés à Subway, le Best Innovation en 2017».
L’un des moments forts qui ont marqué Wissam Youssef, c’est en 2017, lorsque Subway envoie des Etats-Unis une équipe à Beyrouth pour filmer le groupe qui se tient derrière le succès de ses produits. Cette vidéo est une consécration pour le jeune dirigeant. «Ce court-métrage m’a beaucoup ému. J’ai estimé à ce moment que j’avais enfin atteint mon but: celui de réussir au Liban. Je n’ai jamais voulu quitter mon pays, je voulais prouver qu’on pouvait réussir ici.

La fuite des cerveaux
Le départ du Liban des diplômés et des élites intellectuelles constitue une grande source d’inquiétude pour l’ingénieur. «Ce qui se passe est très grave. Nous avons perdu beaucoup de jeunes au sein de la compagnie, qui sont partis car ils avaient perdu tout espoir dans ce pays. Le Liban peut occuper une place très importante dans notre industrie car celle-ci n’a pas besoin de capital ou de produit et nécessite peu d’investissements. Tout ce dont on a besoin, c’est d’un ordinateur». Selon l’ingénieur, le Libanais a développé une grande capacité à résoudre les problèmes. Il estime que la seule chose qui manque au pays est le sentiment de sécurité. «Nous ne devons plus éprouver la peur du lendemain».
Aujourd’hui, CME s’est implantée dans cinq pays: les Etats-Unis, où se trouvent les clients, l’Argentine qui sert de support aux Américains puisqu’ils sont sur le même fuseau horaire, le Liban où est implanté ce qu’on appelle le «engineering power» et le management, l’Inde pour baisser les coûts et la Chine pour la production.
La compagnie offshore compte quelque 350 employés dont la moitié se trouve au Liban. «Depuis 2003, la société a fait plus de 100 millions de dollars de rentrées au Liban. Les revenus de l’année dernière ont atteint 20 millions de dollars», confie Wissam Youssef.
Pour expliquer sa réussite, l’entrepreneur avance trois paramètres importants. «D’abord, la diversification dans l’industrie et la technologie. Ensuite, le portefeuille de nos clients qui comprend des noms tels que Subway, Thomson Reuters, Paypal et d’autres. Finalement, nous avons collaboré avec des start-up devenues aujourd’hui des sociétés publiques, cotées en bourse tel que Tangoe, qui est un logiciel permettant de gérer les frais des télécoms».
Au sein de l’entreprise, les employés ont l’opportunité de créer un intrapreneurship. «En 2013, nous avons donné aux employés la possibilité de créer des start-up à l’intérieur même de la compagnie, d’où ce nom d’intrapreneurship. Certaines d’entre elles ont réussi à tel point qu’elles sont devenues des sociétés totalement indépendantes comme Daycare channel, une application qui met en relation directe les parents et la garderie où leurs enfants sont déposés».
Les initiatives lancées par CME sont nombreuses. En relation avec leur slogan qui est Reimagine everything, la société a lancé en 2016, à l’occasion de la fête de l’indépendance, une compétition intitulée Reimagine Lebanon. «Nous avons créé une plateforme pour permettre aux gens d’inventer des solutions aux problèmes du pays et nous avons offert la somme de 10 000$ au gagnant. 50 personnes se sont présentées. 20 ont été qualifiées et le groupe lauréat est Yalla Bus, qui est une application offrant une solution pour l’organisation des autobus, permettant aux usagers de connaître l’heure et le lieu de passage des véhicules».

Brevets d’invention
La société CME a également contribué à 7 différents brevets d’invention, tous enregistrés aux Etats-Unis. «Ce brevet n’est délivré que pour les inventions proprement dites et non pas pour les choses simples et les applications», précise-t-il.
Modeste, simple, malgré son succès fulgurant, à 37 ans, Wissam Youssef garde les pieds sur terre. Ce self-made man veut transmettre un seul et unique message: «J’appelle les jeunes à rester, à ne pas partir et à avoir foi en leur pays. Il est possible de réussir au Liban sans la fameuse wasta. J’en suis un parfait exemple. Personne n’est jamais intervenu en ma faveur, tout au long de mon parcours. Au départ, même ma mère ne croyait pas en moi et me disait continuellement ‘trouve-toi un travail à l’étranger’. Elle pensait que je perdais mon temps».

Joëlle Seif
 

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Éditorial
Un instinct de survie

Les Libanais ont toutes les raisons du monde d’être dubitatifs face aux promesses de changement formulées par leurs dirigeants. On leur demande de croire que les responsables des maux dont souffre le pays depuis des décennies possèdent aussi le remède et, de surcroît, sont disposés à l’administrer. Si c’était vrai, la première question qui nous traverse l’esprit est celle de savoir pourquoi ont-ils tellement tardé à appliquer les solutions si celle-ci étaient déjà en leur possession! Pourquoi ont-ils attendu que la gangrène ronge les structures de l’Etat jusqu’à la moelle avant de sortir de leur chapeau le remède miracle!Le scepticisme des Libanais est légitime, surtout qu’ils sont gavés de promesses depuis des générations et savent pertinemment que les paroles sont rarement transformées en actes. Comment peut-on prendre les mêmes au Parlement et au gouvernement et faire quelque chose de différent?Le doute est justifié, d’autant qu’un changement de mentalité et de comportement est, normalement, un processus long, qui exige assiduité, patience, esprit de sacrifice et sens de la responsabilité, des qualités qui font défaut chez nombre d’hommes politiques libanais.Mais c’est sans compter sur une autre qualité cardinale mais innée, qui existe chez la plupart des figures politiques: l’instinct de survie ou de conservation.Les fondements du temple sont pourris et l’édifice risque de s’effondrer sur tous ses occupants. Ce n’est pas par conviction mais par urgence que les dirigeants promettent d’agir. La situation économique a atteint des limites dangereuses. L’Etat est au bord de la faillite, comme l’a dit le président Michel Aoun, avant que ses propos ne soient tempérés par d’autres responsables. La dette publique a atteint des sommets vertigineux, 80 milliards de dollars, soit 150% du PIB. Le déficit s’élève à près de 40% du budget, le chômage est en hausse, les investissements en baisse, l’industrie en berne, le tourisme en souffrance. La hausse des taux d’intérêt sur la livre libanaise a compromis une des plus importantes réalisations sociales: les prêts logement en livres libanaises, subventionnés par la Banque du Liban, qui permettent aux couples aux revenus moyens d’acquérir un appartement.Le navire est en perdition, les rats l’ont déjà quitté. Les capitaines, eux, veulent tenter de le sauver pour ne pas couler avec lui. L’instinct de survie est capable des miracles les plus invraisemblables, comme par exemple convaincre Gebran Bassil d’inscrire le nom de Nabih Berry sur un bulletin de vote, pousser le chef du Législatif à envisager un autre que Ali Hassan Khalil au ministère des Finances, persuader les présidents Aoun et Berry d’enterrer la hache de guerre, ou, encore, décider le Hezbollah à former une commission spéciale chargée de la lutte contre la corruption au sein des institutions de l’Etat, dirigée par le député Hassan Fadlallah.Il est permis de croire que des choses peuvent changer, car la bougeotte des dirigeants est motivée par leur salut, et non par le bien-être du citoyen.Il faut seulement espérer qu’il ne s’agira pas d’une opération d’esthétique ou d’un vulgaire replâtrage pour limiter les dégâts. Sinon, l’effondrement, retardé un peu, n’en sera que plus brutal.


 Paul Khalifeh
   

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