Confidences sécurité
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Nº 3084 du vendredi 1er décembre 2017

Confidences sécurité

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Achrafié
20 000 syriens recensés par les SR

Les services de sécurité, en coopération avec les municipalités, ont été chargés de procéder à un recensement précis du nombre de Syriens dans toutes les localités du pays. Cette mesure concerne aussi bien  ceux qui sont inscrits au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) que ceux qui disposent d'autres statuts de séjour, délivrés par les autorités libanaises. Dans ce contexte, un responsable officiel proche des services de sécurité a révélé à Magazine que les services de renseignements ont recensé pour la seule région administrative d'Achrafié quelque 20 000 Syriens, y compris les gardiens d'immeubles. La plupart d'entre eux vivent dans des appartements loués collectivement.  L'UNHCR prévoit une baisse du nombre de réfugiés, qui atteindra 965 000 fin 2017, contre 1 167 000 en 2014.

Coordination libano-syrienne
Avant sa démission, le 4 novembre, le président Saad Hariri a donné son feu vert au renforcement de la coordination sécuritaire entre le Liban et la Syrie pour lutter contre le trafic humain et la contrebande de marchandises. A cet effet, une réunion a eu lieu début novembre au poste frontière de Jdeidet Yabous, en Syrie, entre des officiers des armées, des services de renseignement,  et des douanes des deux pays.

Nouveaux permis de port d'armes
Dans le but de cerner le nombre d'armes de poing en circulation dans le pays, afin de consolider la sécurité, le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, a annoncé l'annulation, à partir du
15 décembre, de tous les permis de port d'armes émis cette année. La décision concerne les trois types de permis délivrés par le ministère de la Défense: le blanc pour les particuliers, le jaune pour les diplomates et le vert pour les armes de chasse à canons rayés. Les nouveaux permis entrés en vigueur dès le 1er décembre, expirent le  31 décembre 2018. Les couleurs choisies sont l'orange pour les particuliers, le jaune pour les diplomates et le rose pour les fusils de chasse à rayures. Plusieurs milliers de permis sont délivrés tous les ans par le ministère mais plusieurs centaines de milliers d'armes de poing et individuelles seraient en circulation.

4 000
soldats de l'armée, membres des renseignements militaires et agents des différents services de sécurité ont été déployés en quelques heures seulement, le 4 novembre, après la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri, à Tripoli et au Liban-Nord. Le président Michel Aoun a demandé à tous les chefs des services de sécurité de rester en état d'alerte. Il a même demandé au directeur de la Sûreté de l'Etat, Georges Saliba, qui se trouvait à l'étranger, de rentrer au Liban.  

Le Hamas en alerte
Le Hamas a demandé à tous ses responsables basés au Liban de renforcer leurs mesures de sécurité et de prendre des précautions maximales. Selon des renseignements parvenus à des services de sécurité libanais et au Hezbollah, des tentatives d'assassinats pourraient viser des responsables du mouvement islamiste palestinien et d'autres organisations, afin de saboter les tentatives de réunification en cours. L'objectif est de pousser les Palestiniens à accepter le «plan de paix» américain en gestation.    

Dissidents
Les services de sécurité tentent de déterminer le sort de soldats de l'armée libanaise qui ont fait dissidence, en 2014. Abdel Kader Akoum, Mohammad Antar, Abdel Rahmane Diab, Abdallah Chehadé et Atef Saadeddine, avaient séparément fait allégeance, entre juillet et octobre 2014, à l'ex-Front al-Nosra ou à Daech. Le soldat Chehadé s'était enfui à bord d'un Humvee de l'armée pour rejoindre les groupes terroristes dans le jurd de Ersal. Mohammad Antar, qui avait quitté Aïn el-Héloué, en octobre, en compagnie de Chadi Mawlaoui – l'un des suspects les plus recherchés par les services de sécurité –, a été appréhendé, le 9 novembre, sur la corniche du bord de mer de Saïda.

 

 



ALi Al-Bcharraoui
agent saoudien ou trafiquant de drogue?

Quelque 3 000 ressortissants du Golfe, dont une majorité de saoudiens, ont quitté le Liban à l'appel de l'Arabie saoudite, du Koweït, des Emirats et de Bahrein. Une source de sécurité affirme que l'utilisation de cet outil de pression dont dispose Riyad n'était pas prévu à ce stade de la crise entre les deux pays. Mais l'enlèvement, vendredi 10 novembre, dans le Kesrouan, d'un ressortissant saoudien, a poussé les autorités du royaume à accélérer le processus. Ali Al-Bcharraoui, un chiite saoudien qui habitait Jounié, a été kidnappé par des inconnus sur la route de Ajaltoun. Le lendemain, l'armée libanaise a lancé une opération de sécurité à Baalbek, en pensant qu'il était détenu par un gang du clan Jaafar. Or, la source de sécurité affirme qu'al-Bcharraoui serait en fait un officier des services de renseignement saoudiens et que son enlèvement ne peut être séparé de la crise actuelle. Une autre source croit savoir qu'il serait un trafiquant de captagon. Al-Bcharraoui s'est présenté le 15 novembre à un barrage de l'armée dans le Hermel. Il venait du territoire syrien.

1 000 commandants des "brigades"
Les informations qui ont filtré dans la presse sur une rencontre, début novembre, entre le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et 1 000 «commandants» des Brigades de la résistance libanaise, ont attiré l'attention des observateurs au Liban et ailleurs. Si le Hezbollah dispose d'autant de «commandants» dans cette force parallèle, qui comprend des sunnites, des chrétiens et des druzes, combien peut-il mobiliser d'hommes dans le Hezbollah, exclusivement composé de militants chiites. «En présidant cette réunion, le Sayyed a voulu transmettre un message à qui de droit sur la véritable force du parti», a commenté un observateur.

L'ex-Front Al-Nosra au Mont-Liban
Les services de sécurité ont arrêté, le mois dernier, dans différentes régions du Mont-Liban, plusieurs ressortissants syriens soupçonnés de liens avec l'ex-Front al-Nosra. Dans la seule semaine du 20 novembre, 5 suspects ont été interpellés par le service de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI). Les forces de l'ordre cherchent à savoir si la présence d'autant de sympathisants de l'ancienne branche d'al-Qaïda en Syrie s'inscrit dans le cadre d'un plan d'infiltration de cette région du Liban, dans le but d'y perpétrer des attentats. A ce stade de l'enquête, les premières conclusions montrent que ces suspects tentent simplement de se refaire une nouvelle vie.

L'armée garde un oeil sur Halba
Lors d'une réunion sécuritaire au palais de Baabda, lundi 6 novembre, le président de la République, Michel Aoun, a demandé aux forces armées et aux services de sécurité de faire preuve d'une grande vigilance pendant cette période délicate. Dans les heures qui ont suivi, l'armée libanaise et la «Moukafaha» (l'unité rattachée aux renseignements militaires), ont procédé à un déploiement important dans la région de Halba, à Akkar, faisant circuler des patrouilles et installant des check-points. Une source sûre a indiqué à Magazine que cette région multicommunautaire est considérée comme le maillon faible, au même titre que les camps palestiniens. Des informations seraient parvenues aux services de sécurité sur des préparatifs pour organiser des rassemblements de soutien à l'Arabie saoudite. Dans le souci d'éviter des incidents qui auraient pu dégénérer et allumer un grand feu qu'il sera difficile de circonscrire, l'armée a procédé à ces mesures préventives.

Abou Mazen donne ses instructions
Trois jours après l'annonce par Saad Hariri de sa démission surprise, le 3 novembre, le directeur de la Sûreté générale (SG), Abbas Ibrahim, s'est rendu à Amman pour y rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en émissaire du chef de l'Etat, Michel Aoun. Lors de cet entretien, M. Ibrahim a demandé au dirigeant palestinien de déployer les efforts nécessaires pour éviter que les camps du Liban ne soient utilisés pour allumer la mèche d'un conflit au Liban. Le patron de la SG a informé son interlocuteur des menaces d'une guerre totale israélienne, transmises sous forme de mises en garde par un «pays étranger», comme l'a révélé le conseiller du président Aoun, Jean Aziz. Conformément aux engagements de Mahmoud Abbas, l'ambassadeur de Palestine au Liban, Achraf Dabbour, s'est rendu à Aïn el-Héloué et dans d'autres camps, où il a rencontré les chefs des groupes islamistes pour leur transmettre un message ferme sur la nécessité d'éviter toute escalade. 

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Éditorial
Le front le moins solide

Des trois fronts sur lesquels se battait le Liban pendant la crise liée à la démission surprise de Saad Hariri, l’économie était le moins visible mais le plus surveillé par les milieux locaux et internationaux.Sur le plan de la sécurité, la réaction rapide et ferme des autorités a permis d’étouffer dans l’œuf toute tentative de déstabilisation. A part le petit attroupement organisé à Sodeco par des partisans du Parti national libéral et d’Achraf Rifi, et l’incendie d’un portrait de MBS à Tripoli, suivi par la décision du ministre de l’Intérieur de retirer des rues tous les portraits du prince héritier saoudien, aucun incident notable n’a été enregistré. Dans le domaine politico-diplomatique, la gestion de la crise par le président Michel Aoun, avec le soutien de Nabih Berry et de la direction du Courant du Futur, a désamorcé une à une les mines dont l’explosion était susceptible de plonger le pays dans le chaos.C’est l’économie qui a le plus inquiété les dirigeants du pays et les milieux de la finance internationale. Certes, la panique des marchés a été contenue mais les signaux émis ont montré combien ce front restait fragile. Dans un article publié le 17 novembre, consacré aux pays à risque après le défaut de paiement de sa dette par le Venezuela, l’agence Bloomberg souligne que le ratio de la dette comparé au PIB au Liban pourrait atteindre, cette année, 152%.Comment ont réagi les marchés financiers à la crise politique déclenchée par la démission et le séjour ambigu de Saad Hariri en Arabie saoudite? Selon des sources économiques, la Banque du Liban (BDL) a dépensé entre le 6 et le 15 novembre près de 800 millions de dollars pour soutenir la livre libanaise. A l’heure d’aller sous presse, la BDL n’avait pas encore publié le bilan bimensuel sur l’état de ses réserves en devises étrangères. Mais le chiffre de 800 millions de dollars est probablement dépassé, bien que les pressions sur la livre libanaise aient baissé après la décision de Saad Hariri de temporiser concernant son éventuelle démission. Autre signal négatif, la sortie de capitaux. Près de 1,5 milliards de dollars auraient émigré du Liban vers des cieux moins encombrés. Certes, ce montant paraît insignifiant comparé aux 169 milliards de dollars de dépôts dans les banques libanaises. Mais il constitue quand même 20% des capitaux entrants au Liban en rythme annuel (estimé à 7,5 milliards de dollars), et qui servent à financer les besoins de l’Etat.     Enfin, la crise politique s’est traduite par des pressions sur les eurobonds libanais (les bons du trésor en devises) à cause de la vente par des détenteurs étrangers de leurs titres libanais, ce qui a provoqué une baisse de leur prix et, par conséquent, une hausse du taux de rendement. Toutes ces données montrent que l’économie reste le ventre mou du pays, le talon d’Achille, qui pourrait réduire à néant la résilience politique et sécuritaire.


 Paul Khalifeh
   

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