Rana el-Chemaitelly. Préparer les enfants à la 4ème révolution industrielle
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Nº 3085 du vendredi 5 janvier 2018

Rana el-Chemaitelly. Préparer les enfants à la 4ème révolution industrielle

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    Rana el-Chemaitelly. Préparer les enfants à la 4ème révolution industrielle
    Ingénieure mécanique de formation, Rana el-Chemaitelly est fondatrice et Pdg de The Little Engineer, une initiative unique au Liban et dans le monde, lancée en juin 2009. Rana el-Chemaitelly a toujours...
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Ingénieure mécanique de formation, Rana el-Chemaitelly est fondatrice et Pdg de The Little Engineer, une initiative unique au Liban et dans le monde, lancée en juin 2009.


Rana el-Chemaitelly a toujours voulu faire quelque chose de spécial. Fille unique aux côtés de quatre garçons, personne ne l’a jamais influencé pour choisir cette voie. Diplômée en Mechanical Engineer de l’AUB, elle travaille un moment dans le développement des photographies. «Je voulais me prouver que j’étais capable de concurrencer les hommes dans un domaine qui leur était réservé. En trois ans, j’avais fait le tour de la question et fait mes preuves». Convaincue qu’elle pouvait donner encore plus, Rana el-Chemaitelly s’investit dans le domaine de la photographie et de l’impression digitales en 1997. «C’était quelque chose de très innovant qui n’existait pas encore au Liban». Pendant 7 ans, elle se consacre à ce nouveau métier. «Puis la technologie a évolué et il fallait réaliser de nouveaux investissements. Je n’en avais pas les moyens. J’étais mariée avec trois enfants, dont le plus âgé avait trois ans et le plus jeune venait de naître». Elle décide de mettre un terme à sa carrière pour s’occuper de sa famille. «Au bout de quatre mois à la maison, j’ai fait une dépression. Je n’étais plus moi-même». Elle décide de retourner sur les bancs de l’AUB et obtient un diplôme en Engineering management. «J’avais déjà travaillé sur le terrain pendant 11 ans mais ce diplôme m’a donné une vision plus large». De 2008 à 2012, elle devient «full time instructor» à l’AUB.

Nouveau concept
C’est lorsqu’on lui demande dans le cadre du département mécanique d’enseigner la robotique, que Rana el-Chemaitelly achète un robot. Fasciné par ce nouvel engin, son fils Malek, âgé de 7 ans lui dit : «Je ferai n’importe quoi mais laisse-moi rester à tes côtés». Les paroles de son fils sont un véritable déclic. L’idée de créer The Little Engineer était née. «Mon fils Malek était derrière ce projet. En voyant sa fascination, je me suis dit pourquoi ne pas rendre les enfants productifs et faire d’eux des active learner au lieu de les voir s’abrutir derrière des tablettes qui les isolent du monde extérieur et les rendent agressifs? En février 2009, l’idée est née et le 7 juillet 2009, le centre The Little Engineer est pleinement opérationnel». La première session regroupe quelques 100 participants tous recrutés via les réseaux sociaux. «Le but est de faire travailler les enfants et adolescents âgés de 4 à 18 ans, à travers des travaux pratiques et manuels, dans la robotique et tout ce qui concerne l’énergie renouvelable (éolienne, solaire, hydraulique)».
Le succès est immédiat. Rana el-Chemaitelly est encouragée à participer à des compétitions de niveau international. En 2009, elle se présente au MENA Business Plan Competition à laquelle participent les entrepreneurs du Liban et de la région. «Je n’ai pas gagné mais j’ai été vivement applaudie. Je suis rentrée au Liban plus compétitive, ayant appris de mes erreurs». En 2010, elle participe au MIT Arab Business Plan Competition. Parmi 1 470 participants, elle remporte le premier prix ainsi que la somme de 50 000 $. «C’était un support énorme pour améliorer l’entreprise et un encouragement pour ne pas baisser les bras et poursuivre dans cette voie», témoigne-t-elle.

Le tournant d'Airbus
Rien ne peut arrêter cette battante. L’aventure du Little Engineer continue et en 2011, Rana el-Chemaitelly se présente au Cartier Women’s Initiative Award, un concours global auquel participent 4000 concurrentes du monde entier. «18 ont été sélectionnées. J’ai été la lauréate de la région Mena et j’ai remporté 20 000$ en plus d’un support professionnel, d’une nouvelle ouverture ainsi que d’un réseau de contacts». C’est à la suite de ce nouveau succès, en 2012, que le groupe aéronautique européen Airbus entend parler de The Little Engineer. «Ils étaient à la recherche d’un entrepreneur dans le STEM Education (Science technology engineering mathematics). Nous avons créé ensemble un partenariat stratégique destiné à enseigner aux enfants du monde entier l’aviation et les sciences de l’espace». La consécration est totale. Avec Airbus, des ateliers de travail se tiennent aux Emirats arabes unis, à Bahreïn, en Arabie saoudite, à Oman, en Ethiopie, au Maghreb, au Sri Lanka, en Jordanie. En 2013, une franchise de The Little Engineer ouvre au Qatar. «Mais la technologie changeait constamment. J’ai arrêté de me disperser et je suis allée en Chine pour y faire fabriquer mes propres produits et pouvoir réaliser une expansion sans risque. Aujourd’hui, la franchise Little Engineer se développe partout dans le monde. En 2018, elle verra le jour en Afrique et Asie centrale. Notre partenariat avec Airbus se poursuit en Amérique latine, Afrique et Asie du Sud».

Une éducation différente
En 8 ans, le chiffre d’affaires du Little Engineer est passé de 26 000 $ à 1,5 millions de dollars aujourd’hui. «Notre but est d’être présent partout dans le monde. Au départ, les élèves venaient vers nous mais actuellement nous vendons nos produits aux écoles et aux différents ministères dans le monde, en particulier aux ministères de l’Education». Rana el-Chemaitelly se passionne pour l’éducation et cible aujourd’hui les ministères. «Nous voulons façonner le système éducatif et préparer les enfants à la quatrième révolution industrielle qui arrive. Le programme des écoles n’est pas suffisant pour qu’ils affrontent le marché du travail».
Pour cette entrepreneuse, il n’y a aucune différence entre homme et femme. «Une femme est tout à fait capable de faire ce qu’un homme fait. Je suis contre les quotas féminins car j’estime qu’ils limitent la femme». En tant que femme d’affaires, cette mère de trois enfants estime que l’économie du Liban repose sur le secteur privé. «Il faut avoir une vision commune pour développer le pays».

Joëlle Seif

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Éditorial
Deux priorités en 2018

L'heure n’est pas aux bilans mais aux perspectives d’avenir. 2018 est une année charnière pour la stabilité politique du Liban et le sauvetage de son économie. La réanimation des institutions, fin 2016, après deux ans et demi de coma, avec l’élection d’un président de la République, la désignation d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement, reste incomplète. Elle ne sera menée à terme qu’avec le renouvellement du Parlement, dont le mandat aurait dû s’achever en juin 2013, mais qui s’est maintenu en vie en auto-prorogeant sa législature à trois reprises. Les élections parlementaires de mai 2018 sont donc une étape cruciale dans le processus de normalisation de la vie politique nationale. Ces élections sont d’autant plus importantes que la prochaine Chambre promet d’être un brin plus représentative que les précédentes, grâce notamment au mode de scrutin proportionnel, appliqué au Liban pour la première fois. Certes, la classe politique a trouvé le moyen de transformer cette avancée de géant en modeste petit pas. Elle a, par exemple, introduit le concept du vote préférentiel restrictif – dans les grandes circonscriptions les électeurs sont ainsi contraints de «préférer» un candidat uniquement originaire de leur caza, ce qui limite leur choix. Malgré cela, la nouvelle loi électorale devrait permettre de briser, partiellement sans doute, les monopoles et autres exclusivités communautaires, exercées par les mêmes partis ou figures depuis des décennies. De gros investisseurs privés ou institutionnels attendent cette échéance capitale pour arrêter leurs plans et faire connaître leurs intentions à moyen et long termes.  Les investisseurs observent aussi avec un intérêt marqué l’avancement du processus d’exploitation, par le Liban, de ses ressources en hydrocarbures. Il s’agit, là, de la seconde priorité nationale en 2018, dont dépendra, peut-être, la stabilité de la livre libanaise, et, par conséquent, la préservation de l’ordre social. Avec une dette et un service de la dette qui atteindront des sommets inégalés cette année et un ratio dette/PIB qui va encore augmenter, l’Etat aura besoin soit de recettes supplémentaires soit d’un miracle. Certes, si les forages commencent en 2019, le Liban devra attendre cinq ans avant de toucher des dividendes. Mais le seul fait que le processus soit solidement mis sur les rails est susceptible de déclencher un cercle vertueux qui permettrait, par exemple, à l’Etat libanais d’emprunter sur les marchés financiers internationaux à des taux préférentiels. Le Liban doit relever ces deux défis dans un contexte régional pas très avantageux, il est vrai, mais moins dangereux que les années précédentes, surtout en Syrie, où la guerre semble toucher à sa fin. Quoi qu’il en soit, les Libanais peuvent capitaliser sur les réalisations accomplies l’année dernière. Car, quoi qu’en disent les plus sceptiques et les gens de mauvaise foi, 2017 a été plutôt positive: une stabilité politique qui s’est manifestée dans l’affaire Hariri, une stabilité sécuritaire qui s’est concrétisée dans la victoire contre les takfiristes, et une résilience économique qui a fait ses preuves également lors de la crise de la démission du Premier ministre.


 Paul Khalifeh
   

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