Laura Ayoub. Entrepreneuse à la barre
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Laura Ayoub. Entrepreneuse à la barre

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    Atypique et pleine d’énergie, Laura Ayoub est une passionnée. Par son parcours dans la restauration où elle excelle, avec l’ouverture de plusieurs lieux à succès, mais aussi par la pole...
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Atypique et pleine d’énergie, Laura Ayoub est une passionnée. Par son parcours dans la restauration où elle excelle, avec l’ouverture de plusieurs lieux à succès, mais aussi par la pole dance, une discipline qu’elle a découvert il y a trois ans. Rencontre avec une jeune femme qui vit à cent à l’heure.   

Une fois son bac en poche, Laura Ayoub s’inscrit à l’école hôtelière. Son aventure dans la restauration débute lorsqu’un de ses professeurs lui propose une très bonne offre de travail dans un restaurant. «J’ai commencé à le gérer. Puis un des partenaires de ce restaurant a voulu créer sa propre compagnie. Je l’ai rejoint. C’est ainsi que nous avons ouvert Goûtons voir, Nonna puis la brasserie Charlotte et enfin Café gourmand dans différents endroits de la capitale, de Monnot à Mar Mikhael en passant par les Restos Saint-Nicolas à Achrafié ou l’ABC Verdun. C’est cette rencontre avec ce partenaire qui a lancé ma carrière. Il m’a pris sous son aile depuis que j’ai obtenu mon diplôme. Il m’a tout appris dans le domaine de la restauration, m’a enseigné l’assiduité, la patience et le professionnalisme», explique-t-elle.
 
BONHEUR EN BARRE
C’est en 2014, au détour d’une ruelle à Cannes, que Laura Ayoub tombe par hasard sur un studio de pole dance (danse à la barre verticale). «J’ai voulu essayer, mais au départ, ça ne ressemblait pas à grand-chose. La professeure sur place nous a fait une petite chorégraphie. J’ai trouvé cela magnifique. Plus tard, lors d’un séjour à Chypre, la jeune femme réserve un cours de pole dance. «J’ai trouvé cela magique. J’en ai parlé à une amie de Dubaï qui pratiquait cette discipline, et ça m’a de plus en plus motivée. De retour au Liban, j’ai cherché des cours de pole dance mais cela n’existait pas». Laura Ayoub profite alors de chacun de ses voyages pour tenter de dompter la barre verticale. Quelques temps plus tard, un professeur enseigne la pole dance au Liban, la jeune femme, passionnée, prend des cours avec lui durant 4 mois. La discipline la fascine, au point d’installer une barre chez elle. «Il s’agit non seulement d’un sport, mais également d’un art qui associe la gymnastique, l’aérien, le côté artistique, la danse, la respiration... C’est vraiment très complet», explique-t-elle.
Un an plus tard, à force d’entraînements, le pole dance devient une passion pour la jeune femme. «C’est une joie, quand je suis sur la barre, je ressens du bonheur. Pour moi, c’est un challenge, de la magie». Une amie lui propose rapidement d’enseigner cette discipline dans son studio. «Je ne savais pas si je saurais enseigner. J’ai été attirée par cette offre même si j’ai déjà un travail à plein temps midi et soir avec les restaurants. Mais j’avais envie de partager cette passion de la barre avec les autres, parler le même langage avec d’autres personnes. C’est la meilleure décision que j’ai prise». Aujourd’hui, ses élèves ont entre 11 et 60 ans. «Nous avons constitué une petite communauté de pole dance, c’est magnifique. Ça permet aussi de faire découvrir ce sport méconnu au Liban. C’est une discipline qui a beaucoup d’adeptes dans le monde entier. Tous se mobilisent pour que la pole dance soit reconnue comme une discipline sportive à part entière aux Jeux Olympiques».

IMAGE SULFUREUSE
Au Liban, mais aussi à l’international, la pole souffre souvent d’une image très sexy, parfois sulfureuse, car reliée au striptease. «Cette image vient, pour moi du fait que l’on danse autour d’une barre, mais aussi (même si pour moi ce n’est pas logique) parce que la discipline se pratique en bikini. Cela pour une raison simple: il faut que la peau adhère, il est impossible de pratiquer en pantalon», indique Laura Ayoub. «Pourquoi les gens sont-ils choqués parce que nous sommes en maillot? Les nageurs le sont, tout comme les danseuses classiques», s’étonne-t-elle. «Au Liban la première question que l’on nous pose, c’est: “Tu travailles à Maameltein?”», regrette Laura Ayoub. «Beaucoup de gens ne connaissent pas cette discipline au Liban. Soit ils adorent, soit ils sont choqués. Au Liban, c’est encore tabou. J’ai des élèves excellents et passionnés qui craignent d’avouer à leurs parents qu’ils pratiquent la pole dance. C’est triste, parce que c’est un challenge du corps et de l’esprit. Cela contribue beaucoup à l’estime de soi», conclut-elle.

Christiane Tager Deslandes
 

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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