Al-Beyt. «C’est important, de voler»
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Al-Beyt. «C’est important, de voler»

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    Al-Beyt. «C’est important, de voler»
    Caroline Hatem présente sa première mise en scène avec Al-Beyt, une pièce de Arzé Khodr, sur les planches du théâtre Monnot, à partir du 15 février, après avoir effectué une...
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Caroline Hatem présente sa première mise en scène avec Al-Beyt, une pièce de Arzé Khodr, sur les planches du théâtre Monnot, à partir du 15 février, après avoir effectué une tournée en région.

Comment s’est passée cette nouvelle expérience en tant que metteur en scène?
C’était assez prodigieux, je suis arrivée avec beaucoup de questions. Au premier jour de répétitions, beaucoup de choses se sont enclenchées. J’ai découvert combien j’aimais les acteurs, combien le travail avec eux sur le sens du texte était passionnant et à quels niveaux d’intensité la vie pouvait me hisser!

Pourquoi cette mini-tournée avant de vous représenter au théâtre Monnot?  
J’attendais que le théâtre Monnot, en rénovation depuis l’été, rouvre ses portes. Nous avions accueilli Jessy, qui tient le rôle principal et qui réside en France, travaillé avec elle, et je tenais à ce que la pièce prenne forme, forme et envol, avant son départ. Par ailleurs, l’idée d’une tournée nationale me plaît énormément. Al Beyt a le potentiel de plaire à tous les publics. Pourquoi des habitants de Zghorta, de Tyr ou du Hermel ne recevraient-ils pas une pièce à domicile? J’avais cette vision romantique des romanichels ou des acteurs élisabéthains qui jouaient de ville en ville. J’ai vite compris que c’était bien plus coûteux, mais j’ai refusé que ça nous arrête. Hammana, Zouk Mosbeh, Tripoli, Zghorta, puis le Sud, et partout où nous serons conviés – jusqu’à la fin de l’été, je le souhaite en tout cas.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette pièce de Arzé Khodr?
D’abord la solidité de la structure. C’est rare de lire une pièce libanaise correctement écrite. Je voulais débuter la mise en scène par un texte local, bien de chez nous, bien réaliste, qui me confronte aux vrais enjeux: direction d’acteurs, traitement dramaturgique, rapport aux objets et à l’espace, rapport au public. Je ne voulais pas rater une case de l’apprentissage. Dans le cas contraire, une pièce contemporaine (post-moderne) aurait permis une marge de bluff. Je trouvais qu’on nous servait assez de cette soupe, et qu’il valait mieux faire ses gammes, avec honnêteté, en ayant tout le loisir par la suite de me lancer dans des projets plus contemporains. En deçà du sujet d’une fratrie qui se bagarre autour de la maison parentale, j’ai identifié une sorte de terreur propre à certains individus face au risque de s’embourber dans la lourdeur des fatalités et de l’immobilisme familiaux. Terreur mêlée de culpabilité, puisqu’on voudrait bien en même temps être responsable, présent et relié.

Quel message souhaitez-vous transmettre?
Tout repose sur les acteurs que j’ai choisis, sur le jeu, sur le texte, et je voudrais mettre l’accent sur l’importance de cette qualité-là. Sans elle, le théâtre est creux, il est parodie. L’autre message est celui de se battre contre les oppressions intériorisées. La pièce s’ouvre sur un appel d’air. Une société peut mourir étouffée de peur, elle peut écraser sa jeunesse et arrêter le mouvement. Rim, dans Al Beyt, est une femme qui, comme bien de personnages d’Ibsen, lutte de toutes ses forces pour vivre sans peur, se débarrasser de ce qui, en elle-même, la retient de voler. C’est important, de voler.

Gisèle Kayata Eid

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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