R.P. Georges Hobeika. Un érudit à la tête de l’USEK
Logo

Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

R.P. Georges Hobeika. Un érudit à la tête de l’USEK

  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    R.P. Georges Hobeika. Un érudit à la tête de l’USEK
    Depuis septembre 2016, le Révérend Père Professeur Georges Hobeika est le recteur de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Détenteur d’un doctorat en philosophie allemande, il parle couramment quatre langues: le...
  •  
Notez cet article
(3 votes)
A- A+

Depuis septembre 2016, le Révérend Père Professeur Georges Hobeika est le recteur de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK). Détenteur d’un doctorat en philosophie allemande, il parle couramment quatre langues: le français, l’arabe, l’anglais et l’allemand. Magazine l’a rencontré et a abordé avec lui des thèmes variés, allant du pluralisme, à la philosophie en passant par la musique et la foi.


Le R.P. Georges Hobeika est à peine âgé de 12 ans lorsqu’il ressent un appel «ambigu» qui l’attire vers un autre mode de vie. «La piété a toujours occupé une place privilégiée dans ma vie. J’aimais la prière et j’étais actif à l’église». A 10 ans, il lisait déjà l’épître à la messe. Pourtant, cet appel qu’il reçoit est contrecarré par sa mère. «Je suis originaire de Midane, un village dans le Caza de Jezzine. Immergé dans des beautés naturelles envoûtantes, dévalant une pente enveloppée par une pinède superbe, se déversant dans le fleuve mythique d’Esculape à Bisri, cette localité a connu trois expériences ecclésiastiques non-concluantes et ma mère, éprise d’engagement irréversible, ne pouvait pas supporter pour moi une éventuelle triste fin». Mais face à son insistance, elle finit par céder.  Et c’est ainsi qu’à 13 ans, le jeune Georges Hobeika, aîné adulé d’une famille de trois enfants, se retrouve dans les Ordres. «J’ai des attaches profondes, je dirais même ontologiques, avec mon village, là où j’ai graduellement commencé à avoir un commerce intime avec la vie. Aussi était-ce pénible pour moi de déserter cette oasis extasiée par l’amour de parents adorables et l’amitié sincère des villageois et mettre le cap précocement vers des horizons d’une vie dont les contours paraissaient brumeux, mais tout de même captivants». Mais plus le temps passe, plus la présence de Dieu dans sa vie devenait plus déterminante et Son soutien plus sensible et rassurant. «Toujours est-il que rien dans la civilisation qui est la nôtre, ne facilite l’engagement monastique. Vivre aujourd’hui au rythme de l’au-delà déjà là, n’est pas une besogne de tout repos». 

Homme médiatique
Des écueils jalonnent son parcours mais il poursuit sa route. «J’excellais dans mes études. J’avais une passion pour le savoir et pour les langues étrangères. Cette passion m’a poussé à approfondir mes connaissances dans plusieurs cultures. Là, je ne faisais que perpétuer l’héritage sublime de nos aïeuls, courtiers de culture et promoteurs de passerelles civilisationnelles.»
Ordonné prêtre, il poursuit un doctorat en philosophie à la Sorbonne Paris IV. Son professeur Claude Bruaire lui propose une thèse sur Gotthold Ephraïm Lessing, un philosophe allemand du XVIIIe siècle, partiellement connu en France. «Je me suis embarqué dans cette aventure portant sur le siècle des Lumières en Allemagne». Son ouvrage, préfacé par le philosophe Jacques Colette, que publient par la suite les Editions du Cerf dans la célèbre collection Passage, fait date et devient une référence en la matière. Il se consacre à faire connaître la pensée allemande du XVIIIe siècle en France. Il emboîte le pas au Père Etienne Sacre, «un maître à penser et à vivre», qui a traduit en français aux Editions du Seuil le grand chef-d’œuvre de la philosophie allemande contemporaine Vérité et Méthode de Hans Georg Gadamer. «Mon ouvrage, trouve-t-il opportun de le signaler, a colmaté une brèche dans les études germaniques en France».
Le R.P. Georges Hobeika grimpe tous les échelons académiques au sein de l’USEK. Sa production académique est intense. Homme médiatique, amoureux du savoir et de la communication, il est toujours invité partout dans le monde pour donner des conférences. Il se considère comme un citoyen du monde qu’il sillonne, voyageant en Australie, en Europe, aux Etats-Unis, au Mexique. Tout dernièrement, à l’UNAM, la plus grande université mexicaine, formant 300 000 étudiants, il donne une conférence sur Les chrétiens d’Orient, entre le marteau de la persécution planifiée et l’enclume de l’indifférence mondiale systémique. Il mène une vie intense. Sollicité partout, il développe des thèmes différents, chers à son cœur. «Je défends l’importance de la formule libanaise, ce pays évoqué 70 fois dans la Bible comme symbole de vie, d’inexpugnabilité et de résilience. Le Liban ne connaîtra jamais la mort. Tel un phœnix, il renaît toujours de ses cendres». Il cite également le Père Michel Hayek qui affirme: «Le drame du Liban c’est qu’il ne sait pas mourir». Pour le R.P. Georges Hobeika, le Liban, unique en son genre et essentiellement message pour l’humanité tout entière, a été mis exprès par le Saint Pape Jean-Paul II sur le piédestal de la référentialité internationale pour les pays pluralistes et multireligieux. «Ce pays est un étalon de démocratie consensuelle incontournable. D’aucuns, férus de fanatisme religieux, trouvent un plaisir malin à décrier le confessionnalisme au Liban. La raison qui préside à leur rejet du système politique en vigueur au Liban, est facile à décrypter. En effet, le confessionnalisme, basé sur le principe du partage de pouvoir et la répartition des responsabilités, les empêche d’accaparer tout l’engrenage de l’Etat libanais. Dans ce sillage, il établit un parallèle entre la Formule magique suisse et le Pacte national libanais. «La Suisse a vécu 150 ans de guerres atroces avant d’arriver à ce système de concordat et de trouver une formule qui sauve le soi, dialogique, ouvert et interactif, dans une société plurielle. Il faut être soi-même d’abord pour être en harmonie avec les autres».
Pour le recteur de l’USEK, l’unicité de la personne humaine n’a pas besoin d’être prouvée et il en donne plusieurs illustrations notamment en génétique. «Parler de fusion nationale, faisant disparaître les particularités, est une totale ignorance de la nature humaine. En Suisse, il existe 26 cantons et 4 langues officielles et les décisions sont parfois prises difficilement et lentement à l’unanimité au Conseil fédéral, regroupant des formations politiques opposées». Parlant du pluralisme au Liban, le R.P. Hobeika souligne que celui-ci s’est formé au fil des ans, par des communautés persécutées par un Orient éclaté et souffrant, et trouvant un espace de liberté dans le pays du Cèdre. «Le Liban a assuré un accueil chaleureux à tous les persécutés. La Suisse a trouvé le moyen de gérer les différences et au Liban nous avons trouvé le Pacte national qui partage le pouvoir entre les communautés. Personne ne peut accaparer le pouvoir au Liban. Le système a refusé de laisser qui que ce soit en dehors de son giron. Tout le monde est représenté au Parlement et les trois présidents doivent collaborer dans l’unique recherche du bien commun, sinon tout l’Etat sera ankylosé. Cette tradition politique libanaise est unique au Moyen-Orient. D’autre part, le respect de l’appartenance religieuse et la liberté de conscience sont appliqués au Liban conformément à la Charte des Droits de l’Homme». Contrairement aux autres pays du Moyen-Orient, où le pouvoir est entre les mains d’une dynastie ou d’une famille, qui empêchent ipso facto l’alternance pacifique au pouvoir, au Liban il existe d’anciens présidents. «Dans ce Proche-Orient atteint d’une maladie chronique qui est l’uniformité religieuse et socio-culturelle, le Liban demeure une exception à sauvegarder». Les exemples qu’il cite sont nombreux. «La liberté de penser, la liberté religieuse et la liberté de conscience sont respectées au Liban. On peut changer de foi sans souci, alors que dans les pays arabes il est strictement interdit de renoncer à l’islam pour une autre religion, au risque de voir son sang proscrit ou d’être écroué».

Féru de recherche
De l’importance de l’autre, le R.P. Hobeika affirme que «l’autre dissemblable est un constituant de soi et le cheminement vers le soi. Sans l’autre comment prendre conscience de moi-même? Marginaliser l’autre est une autodestruction. L’autre dissemblable nous permet de prendre conscience de nous-mêmes à travers la différence. Le Liban reste un espace privilégié pour vivre cette diversité et ce pluralisme».
«Inassouvissable en matière de recherche», c’est ainsi que ce grand érudit se décrit. Il a une passion inépuisable pour la langue allemande. «La culture allemande est d’une richesse inégalable et hors de pair. Elle possède un pouvoir d’analyse qui ne peut être concurrencé par aucune autre langue. Pour la pensée philosophique, il n’y a que deux langues, le grec et l’allemand. Toutes les autres sont des notes de bas de pages». La musique est aussi une de ses grandes passions. «J’aurai dû me consacrer à la musicologie mais finalement j’ai opté pour la philosophie. J’ai été directeur de la chorale Notre-Dame du Liban à Paris, où j’ai accompagné Wadih As-Safi. En tant que directeur de chorale, je donne seulement la tonalité et je veille sur le rythme et la bonne interprétation. Je ne chante ni je ne joue à la place de personne. La musique m’aide beaucoup à gérer cette grande université. Etre à la tête d’une aussi prestigieuse université que celle de l’Usek, enchaîne-t-il, regroupant d’illustres professeurs et de hauts responsables, est un bonheur et une passion.» Seulement, cela ne signifie pas que tout est en rose. Cependant, malgré les difficultés de la gérance quotidienne, notamment au plan économique, le R.P. Hobeika ne baisse jamais les bras et n’est jamais découragé. «Comme dit Romain Rolland, prix Nobel de littérature, il faut savoir allier le pessimisme de la pensée à l’optimisme de la volonté. Nous sommes parfois déçus par des réalités, mais ceci ne devrait pas nous mener à l’abdication, car nous sommes soutenus par la puissance de la volonté nous poussant à donner aux événements fâcheux une autre allure. Pour moi, en tant que chrétien et en tant que prêtre, il n’y a pas de cohabitation possible entre la foi, le pessimisme et le découragement. Les contrariétés sont souvent porteuses de beaucoup de chances et de coup d’envoi pour une réussite éclatante».

Mesures d’austérité
A la tête de cette prestigieuse université, «cette ancienne institution fondée par l’Ordre libanais maronite, l’Ordre des saints», tout aussi francophone qu’anglophone, le R.P. Hobeika souligne qu’il essaie de sauvegarder et de promouvoir l’héritage de tous ses prédécesseurs. «Je continue notamment le travail des éminents recteurs, Père Etienne Sacre, Père Louis Hage, P. Karam Rizk et Père Hady Mahfouz qui a donné à l’université une impulsion de globalisation prometteuse à tant d’égards». Sur le plan humain, le R.P. Hobeika s’intéresse aux familles défavorisées et en détresse. «Suivant les directives du chancelier de notre université, le Révérendissime Père Général Néamtallah Hachem, J’ai dû prendre des mesures d’austérité pour alléger le fardeau des familles. Le montant des aides sociales a atteint 14 millions de dollars pour permettre à nos jeunes de poursuivre leurs études. Ceci n’en est pas moins une priorité. La figure du Christ doit briller de toutes ses couleurs. Je suis taraudé par le souci de sauvegarder l’image du Christ souffrant et victorieux sur la mort dans nos institutions, emblème d’une humanité en désarroi et promise à la vie».

Joëlle Seif
 

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Les plaques minéralogiques
Un mois après la mise en service des nouvelles plaques minéralogiques, de nombreux automobilistes affirment avoir payé, pour le remplacement des anciennes plaques, une somme allant jusqu’à 68 000 L.L.. Pourtant,…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved