La face cachée de la présence syrienne. Des effets positifs ignorés?
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

La face cachée de la présence syrienne. Des effets positifs ignorés?

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    La face cachée de la présence syrienne. Des effets positifs ignorés?
    Malgré les nombreuses voix qui appellent au retour des réfugiés syriens chez eux, quelques études estiment au contraire que leur départ imminent fragiliserait encore plus l’économie libanaise. Certains experts avancent que...
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Malgré les nombreuses voix qui appellent au retour des réfugiés syriens chez eux, quelques études estiment au contraire que leur départ imminent fragiliserait encore plus l’économie libanaise.

Certains experts avancent que le calme dont jouit le Liban face aux tourments qui secouent la région et le fameux parapluie international n’auraient qu’une seule justification: n’importe quelle secousse sécuritaire pourrait pousser le million et demi de Syriens sur le territoire libanais à se réfugier en Europe… Un péril que les Européens veulent éviter à tout prix. Sous couvert d’anonymat, un officier de la Sûreté générale confie que les revenus de cette institution ont considérablement augmenté depuis que la large majorité des Syriens régularisent leur situation en payant leurs permis de séjour.
Les catégories les plus riches et les plus aisées des réfugiés syriens forment entre 10 et 15% du total des déplacés. Elles ont opté pour l’inscription de leurs enfants dans des écoles et des universités privées et ont contribué à redynamiser certains secteurs économiques et financiers. Au niveau de l’immobilier, certains déplacés ont acheté des unités résidentielles (on parle de quelque 1 300 appartements) et loué des milliers d’autres maisons.
Au niveau du secteur bancaire, cette catégorie a placé des dépôts, effectué des virements, des emprunts et exécuté des opérations bancaires diverses. Sur le plan du commerce de détail, du tourisme et de l’industrie, elle a investi de manière limitée mais a contribué à la création de centaines d’emplois pour les Libanais grâce à l’ouverture de boutiques, de cafés, de restaurants ainsi qu’au transfert des usines de Syrie au Liban. Au niveau du trafic aérien, l’aéroport international de Beyrouth est devenu le trait d’union entre les Syriens et le monde extérieur. Quant au trafic  maritime, le port de Beyrouth a bénéficié d’une forte augmentation du nombre de conteneurs soit de 10% en 2013 et de 40% par rapport à 2010.
La consommation boostée. Dans un rapport établi par Rosalie Berthier, consultante au Synaps, on peut lire que «les Syriens occupent généralement des postes que même les Libanais non qualifiés ne veulent pas prendre, et c’était déjà le cas avant le conflit. Dans les domaines comme l’agriculture, la construction, l’industrie ou les services peu rétribués, les Syriens sont en concurrence avec d’autres travailleurs migrants comme les Bangladais, les Éthiopiens ou les Philippins».
Selon le rapport de Mme Berthier, «alors que les effets négatifs de l’afflux de réfugiés syriens tendent à être fortement exagérés, les effets positifs sont eux totalement ignorés. Ainsi va-t-il de la consommation nationale qui bénéficie de l’installation de nombreuses familles syriennes au Liban qui ne l’étaient pas auparavant et qui stimulent l’économie. Pour ne prendre qu’un exemple, le secteur des télécoms libanais a enregistré une croissance des abonnements à haut débit multipliée par trois entre 2011 et 2015; un point important si l’on considère que les taxes sur les entreprises TIC (technologies de l’information et de la communication) sont une source majeure de revenus pour les budgets municipaux».
Pour la consultante au Synaps, une grande part de la consommation des Syriens est financée par des devises étrangères, constituant une manne pour l’achat de produits importés au Liban et aussi un moyen pour le financement de sa dette publique. En effet, les dons en espèces ou en nature de la part d’organisations internationales représentent environ 40% du budget des réfugiés, complétés par l’épargne personnelle (20% du total, selon les estimations de l’OIT pour 2013) et les envois de fonds en provenance de la diaspora syrienne. Et depuis 2013, les réfugiés ont dépensé 900 millions de dollars dans des magasins libanais grâce à des cartes de crédit distribuées via l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au terme d’un programme liant cet organisme onusien à des commerces libanais. En conséquence, les Syriens participent positivement aux flux de devises étrangères nécessaires à maintenir la stabilité de l’économie libanaise.

Une garantie pour les aides?
«Au-delà des injections de liquidités, la contribution internationale a directement bénéficié à la population du pays hôte. La plupart des grands programmes humanitaires et de développement ont pris soin d’inclure les Libanais, soit via une aide directe, soit en développant des biens publics tels que les infrastructures. L’Union européenne a ainsi promis 35 millions d’euros sur la période 2014-2015 dans le domaine du traitement des déchets dont devraient profiter 3 millions d’individus qui seront, en fin de compte, majoritairement des Libanais. Ces investissements sont d’autant plus notables au regard de l’échec du gouvernement libanais à réparer ses infrastructures obsolètes: le système d’assainissement et de distribution d’eau est en crise depuis bien avant 2011 et le gouvernement continue de ne dépenser que 1% de son PIB dans des investissements productifs. D’où un autre élément porteur d’ambiguïtés: si les réfugiés ont effectivement mis à rude épreuve l’infrastructure libanaise, ils ont aussi débloqué des investissements dans des zones longtemps négligées par l’État libanais».
En conclusion, Mme Berthier souligne que «chasser les Syriens en masse priverait en fin de compte le Liban d’un soutien dont le pays a réellement besoin alors qu’il fait déjà face à une situation précaire dont il est responsable. L’aide des donateurs et les services qu’ils proposent iront où les Syriens se trouveront, et un reflux des capitaux pourrait engendrer de nouvelles difficultés budgétaires pour le pays. Leur brusque départ constituerait aussi un choc pour le marché immobilier, qui pourrait menacer le secteur, et la stabilité financière. Dans ce contexte, le Liban ferait bien de réprimer la tentation collective croissante d’expulser les Syriens, au risque d’entraîner une crise économique beaucoup plus grave que celle qu’ils sont supposés avoir provoquée».

Joëlle Seif

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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