Nassib Ghobril économiste en chef de Byblos bank. «Les derniers chiffres des comptes nationaux remontent à 2015»
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Nassib Ghobril économiste en chef de Byblos bank. «Les derniers chiffres des comptes nationaux remontent à 2015»

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    Nassib Ghobril économiste en chef de Byblos bank. «Les derniers chiffres des comptes nationaux remontent à 2015»
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L’économiste et chef du département des recherches à Byblos Bank, Nassib Ghobril, ne mâche pas ses mots. Il confirme que le Liban officiel manque de données, chiffres et statistiques de base précis et fiables sur l’économie. Ce phénomène entrave, selon lui, les projections et l’identification des créneaux d’investissements rentables.

Nassib Ghobril considère que le Liban souffre d’un manque de chiffres et lorsque les statistiques existent, elles sont approximatives. Le pays du Cèdre est également pris dans l’engrenage d’une lenteur bureaucratique accablante de la part des départements publics chargés d’établir les statistiques. «Les derniers chiffres publiés sur les comptes nationaux remontent à 2015», déplore-t-il. Il suffit de jeter un regard sur le site web de l’Administration centrale des statistiques (ACS) pour le constater. Quant au taux de chômage, aucune donnée officielle à ce sujet n’est disponible depuis des décennies. L’absence de données de base sur l’économie nationale nuit à l’image du Liban alors que dans des pays moins développés comme la Jordanie, l’Egypte, le Maroc, et la Tunisie, le taux de croissance économique est publié à un rythme régulier, chaque trimestre. «Le Liban doit se doter de son propre système d’indices permettant un calcul fiable de sa croissance», plaide-t-il.
En ce qui concerne la Banque du Liban (BDL), M. Ghobril affirme que les données qu’elle publie sont certainement utiles mais elles concernent essentiellement le monde de la finance, en l’occurrence le secteur bancaire. D’après lui, un effort tangible a été déployé pour que ces données soient à jour et rendues publiques dans les délais, faisant référence au rapport trimestriel de la BDL. Nassib Ghobril fait remarquer que le rôle de la Banque centrale n’est pas de combler le manque de datas.

Méthodologie scientifique
Dans un entretien accordé à Magazine, le chef du Département de recherches de la Byblos Bank soutient la création d’indices économiques par les centres de recherches et autres banques de la place de Beyrouth, à condition que ces données soient basées sur une méthodologie scientifique prenant en considération les spécificités de l’économie domestique.
«La présence d’un département autonome de recherches dans chaque établissement bancaire est nécessaire, dans la mesure où il représente une boussole économique et sectorielle l’aidant à minimiser ses risques pris au niveau de ses investissements et à avoir une vision plus claire des marchés prometteurs», dit-il. L’économiste en chef de Byblos insiste sur le fait que «la plus-value que donne le département de recherches à la banque provient de la crédibilité de ses chiffres et indices. Cependant, ce département ne représente en aucun cas un outil de marketing sinon il perd sa raison d’exister.» Ses rapports sont objectifs et doivent apporter plus de transparence à la conjoncture économique du pays, représentant un service informatif rendu par la banque à ses clients, aux expatriés ainsi qu’à l’opinion publique intéressée
par l’évolution de la conjoncture économique du Liban.
 
Indices économiques. La création d’indices économiques par le Département de recherches de la Byblos Bank a comblé un vide. L’indice de la confiance des ménages, lancé en 2011, est utile pour identifier les tendances à venir de l’économie, dans la mesure où 97% des dépenses proviennent des ménages. Il est calculé selon la même méthodologie appliquée aux Etats-Unis, en prenant en considération les caractéristiques de la société libanaise. Une enquête est menée auprès de 1 200 ménages chaque mois et l’indice est publié chaque trimestre. Répondant à une question, M. Ghobril affirme que le sous-indice clé qui affecte la confiance des ménages a été identifié au cours des années comme étant la stabilité politique et sécuritaire dans le pays. Si ce phénomène était évident au lendemain des accords de Doha, où l’indice a enregistré ses niveaux les plus élevés associés à une croissance qui a duré de 2008 à 2010, il l’est moins après l’élection du président de la République, à la suite d’une vacance à la première magistrature qui a duré deux ans et demi. «Désormais, les ménages ont besoin de réalisations tangibles qui améliorent leur qualité de vie», dit-il, ajoutant que «leur confiance est à présent conditionnée». Après la présidentielle, l’indice de la confiance des ménages a marqué une hausse sur une période de près de deux mois pour reculer un peu plus tard. Le gouvernement a tout simplement donné la priorité dans son action à l’approbation d’un projet de budget incluant une hausse des taxes et de nouveaux impôts. Ainsi le momentum post-présidentiel a été compromis. Ceci dit, l’indice de confiance des ménages est supérieur à ses niveaux de 2016 et 2017 mais de 40% inférieur à ceux de 2008 à 2010.
Par ailleurs, Byblos Bank a lancé en 2015 un indice sur l’immobilier, un secteur vital de l’économie libanaise, et préparerait un nouvel indice et une nouvelle publication. «Il n’y a pas d’indice parfait, il doit être constamment amélioré», conclu Nassib Ghobril, qui déclare être toujours à la recherche de nouveaux produits.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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