Walid Joumblatt. Le camp présidentiel a une mauvaise interprétation de Taëf
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Walid Joumblatt. Le camp présidentiel a une mauvaise interprétation de Taëf

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    Walid Joumblatt. Le camp présidentiel a une mauvaise interprétation de Taëf
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De Beyrouth au Chouf, de Téhéran à Moscou, en passant par Damas et Riyad, Walid Joumbatt commente en exclusivité pour Magazine la situation politique, militaire et économique, et imagine le Liban et le Levant de demain.

Walid Joumblatt n’a que 28 ans lorsqu’il hérite, dans des circonstances tragiques et inattendues, de la lourde responsabilité de diriger la communauté druze et le Mouvement national libanais, après l’assassinat de son père, le 16 mars 1977. Succéder au charismatique Kamal Joumblatt, homme d’exception, érudit et philosophe, semble une tâche titanesque, une mission quasi impossible, dans un Liban plongé en pleine guerre civile et un Moyen-Orient sujet aux turbulences. Le jeune Joumblatt est plutôt un homme discret, presque effacé devant l’omniprésence d’un père à la personnalité écrasante. Pourtant, il ne se dérobe pas à ses responsabilités lorsqu’on lui pose la Abaya sur les épaules, devant le cercueil de son père. Dès les premières années de son leadership, il devient une personnalité politique incontournable et s’impose comme l’un des piliers du Liban de l’après-Taëf, jouant un rôle dépassant de loin le poids démographique de sa communauté.
Aujourd’hui, après un parcours de 40 ans, «jalonné de terribles défis», Walid Joumblatt veut passer la main à son fils Taymour, âgé de 36 ans. «J’arrive à la fin de ma carrière, je suis un peu fatigué, nous confie-t-il. Mon fils a grandi et ce n’est pas juste ni logique qu’il attende ma disparition pour prendre la relève». Le bey, comme l’appellent affectueusement ses partisans, cherche-t-il briser une tragique fatalité familiale, où la succession se fait rarement du vivant du père?
Le député du Chouf reconnaît que Taymour n’était pas, «au départ», très enthousiaste d’assumer le rôle qui lui est imparti. «Maintenant, il est dans le bain. Il fait déjà un certain apprentissage depuis un peu plus de deux ans. Et puis demain, il y aura le test des élections, celui de la légitimité populaire, qui est primordial», dit-il. «C’est le moment pour mon fils Taymour de prendre la relève. Il y a toujours un Joumblatt à la tête de Moukhtara, comme repère politique, comme point de refuge et d’asile, pour cette région multiconfessionnelle qu’est la Montagne, à l’image du Liban».
Taymour est bien encadré. Par son père, en premier lieu, qui essaie de lui transmettre son expérience. Celle-ci est très riche. Dès l’adolescence, Walid Joumblatt a été initié à la chose politique et aux causes des Arabes par son père. A 16 ans puis à 18 ans, Kamal Joumblatt l’emmène au Caire rencontrer le président Gamal Abdel Nasser. «J’ai vu ce grand homme avant et après la défaite de 1967», se souvient-il.

Berry, l’allié de toujours
Certes, Walid Joumblatt prépare son fils à lui succéder. Mais il n’en a pas pour autant abandonné la politique. C’est lui qui continue de prendre les grandes décisions et de gérer les délicates relations avec les différentes forces politiques. De tous les responsables, le président du Parlement est celui qui obtient ses faveurs. «Une longue lutte commune me lie à Nabih Berry, depuis l’époque où nous étions tous les deux des alliés de la Syrie contre ce que l’on appelait  le ‘camp isolationniste’, se souvient-t-il. Ensemble, nous avons tenu en échec l’accord libano-israélien du 17 mai (1983) et avons ouvert la route de Damas vers le sud et vers Beyrouth. Nous avons planifié et exécuté le soulèvement du 6 février 1984 (contre le président Amine Gemayel)». En plus des dimensions historique et personnelle, la relation entre les deux hommes est renforcée par le fait qu’ils sont «les deux derniers de l’accord de Taëf». «Nous avons bâti Taëf ensemble, bien que nous n’étions pas représentés au Parlement. Notre députation est venue par la suite», dit-il. «En même temps, nous insistons tous deux sur le fait que Taëf est une garantie. Nous estimons qu’il faudrait améliorer cet accord et non pas le renier».
Walid Joumblatt ne cache pas ses divergences de points de vue avec le Premier ministre Saad Hariri, surtout autour de sa vision économique, un peu trop libérale à son goût. «Déjà, des nuages avaient assombri ma relation avec feu Rafic Hariri, car nous n’étions pas toujours forcément sur la même longueur d’onde au plan économique, se souvient-il. Le fils, comme le père, sont partisans d’une approche néo-libérale de l’économie. Malgré ces divergences, nous faisons tous partie du pouvoir. Mais aujourd’hui, nous sommes confrontés à une impasse économique et sociale terrible. Alors il faudra peut-être, un jour, remettre en question ces choix fondés sur la vision d’un Liban basé sur les services, les banques, le tourisme, en oubliant les autres aspects fondamentaux. Il faudra protéger l’agriculture et l’industrie, l’économie réelle et productrice».
Walid Joumblatt reconnaît que son franc-parler et ses commentaires assez durs peuvent susciter des réactions de mécontentement chez une partie de ses détracteurs mais aussi de ses amis. «Je suis parfois acerbe dans mes critiques et depuis que j’ai adopté le système des messages par Twitter pour m’exprimer, parfois ça gêne. J’ai compris qu’il fallait équilibrer les tweets», concède-t-il.
Ces différences d’opinion avec Saad Hariri n’empêcheront pas, cependant, la conclusion d’alliances électorales avec le Courant du Futur dans le Chouf, à Beyrouth et dans la Békaa-Ouest.
Malaise avec les FL. Une éventuelle coopération électorale sera moins évidente avec les Forces libanaises, mécontentes de son alliance dans le Chouf avec Naji Boustani qu’il qualifie de «personnalité politique très intéressante possédant un poids électoral important». «Je n’ai pas compris leur réaction, poursuit le leader druze. Il y a des chrétiens qui sont partisans des FL, d’autres du Courant patriotique libre (CPL), et il y a aussi des indépendants, dont Naji Boustani. Cette affaire a provoqué un petit malaise dans notre relation».
A Aley, le paysage électoral ne s’est pas encore décanté. «Les FL ont un candidat, Anis Nassar, que je connais bien, explique-t-il. Il est membre du Conseil d’administration de l’Université Balamand, qui s’est implantée à Souk el-Gharb sur un terrain que j’ai offert, il y a quelques années. Les Kataëb aussi ont un candidat. Le problème n’est donc pas avec moi. Les FL et les Kataëb doivent s’entendre. Mes candidats pour Aley sont Henri Hélou et Akram Chehayeb».
Des discussions sont engagées avec le CPL pour tenter de trouver un accord, mais là aussi, on peut déceler une certaine incompréhension: «Lorsque Gebran Bassil est venu dîner chez moi, il a avancé une théorie selon laquelle si les “grands” s’entendent entre eux, cela risque d’évincer les “petits”. C’est son point de vue. On verra. L’essentiel est que les élections se déroulent normalement. Finalement, ce sont les urnes qui trancheront».
Homme politique chevronné, connu pour son sens développé de l’analyse et de la perception des événements, le seigneur de Moukhtara avoue n’avoir pas très bien compris la nouvelle loi électorale. «Cette loi est un peu compliquée à saisir, se plaint-il. D’après ce que j’ai cru comprendre, un candidat qui aurait obtenu 20 000 voix pourrait échouer, et un autre qui n’en n’obtiendrait que 500 pourrait être élu. Je n’ai pas compris le subterfuge». Selon lui, la nouvelle loi électorale est plus une régression qu’une réforme. Son jugement est sans appel: «Le mode proportionnel adopté ne ressemble pas à celui des pays développés car nous sommes toujours dans un système confessionnel et le vote préférentiel est une invention terrible».  

Le Hezbollah ménagé
Si Walid Joumblatt n’hésite pas, parfois, à adresser des critiques à ses amis, il prend soin de ménager le Hezbollah, avec qui il est, pourtant, en désaccord complet sur de nombreuses questions, la crise syrienne n’étant pas la plus simple. Cette attitude est le fruit d’un accord conclu entre les deux parties pour s’épargner les attaques médiatiques. «Après les tensions de 2008 au Liban, la révolte syrienne et l’appui direct du Hezbollah au régime syrien à partir de 2013, nous avons convenu avec lui que nos différends doivent être réglés pacifiquement et démocratiquement, explique-t-il. Nous ne sommes pas d’accord avec son intervention en Syrie, mais c’est, là, une dimension qui nous dépasse totalement, de Beyrouth, à Téhéran, à Moscou. Nous nous sommes entendus avec le Hezbollah pour gérer ces divergences et ne pas nous lancer réciproquement des critiques acerbes dans les médias. Ça fonctionne».
Une réunion avec le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est-elle envisageable? «Si une telle rencontre est nécessaire, il n’y a aucun problème à ce qu’elle ait lieu, répond-il. Pour l’instant, il y a un dialogue via l’émissaire de sayyed Hassan, qui est Hajj Wafic Safa».  
Homme politique pragmatique, Walid Joumblatt n’a pas hésité à voter pour Michel Aoun qu’il ne portait pas dans son cœur pendant des années. Cette décision était dictée par la priorité «d’en finir avec la vacance présidentielle». «Nous traitons avec le président, je ne pense pas qu’il soit un homme difficile, c’est la conjoncture qui l’est, dit-il. Il est impératif de normaliser les rapports entre les trois présidents pour assainir la situation et engager les réformes en profondeur».
Pour le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), l’entente entre les trois dirigeants est primordiale pour se consacrer en priorité à la situation économique particulièrement mauvaise. Il tire la sonnette d’alarme: «Le gouverneur de la BDL Riad Salamé gagne du temps et essaie de serrer les vis. Mais on ne fait pas des économies lorsqu’à chaque réunion du gouvernement des dépenses de 300 millions de dollars sont décidées. Il faut adopter une politique d’austérité. Déjà, dans les années 90, (l’ancien Premier ministre) Salim Hoss avait émis des mises en garde alors que nous n’avions que 3 ou 4 milliards de dollars de dettes. Aujourd’hui, nous sommes à 80 milliards».

Le fléau de la corruption
Peut-on redresser l’économie et redonner espoir à la classe moyenne et à la jeunesse dans un pays miné par la corruption? «Certes, la corruption ronge la majorité de la classe politique, fait remarquer le seigneur de Moukhtara. Mais je garde espoir dans l’administration. Il faut redonner aux fonctionnaires les moyens d’agir. L’exemple du directeur du Département des adjudications, Georges Elliyé, est édifiant. Il existe beaucoup de fonctionnaires honnêtes, il faut les encourager et les laisser travailler. Dans notre système confessionnel, on peut lutter contre la corruption, en respectant les décisions prises par la fonction publique. On ne peut pas paralyser l’action de cette institution sous prétexte qu’il n’existe pas une parité communautaire entre chrétiens et musulmans dans toutes les catégories de fonctionnaires. Taëf ne prévoit pas une répartition équilibrée au sein de la 4ème catégorie. C’est une mauvaise interprétation de Taëf de la part du camp présidentiel».
En dépit des difficultés économiques et financières et des faillites de l’Etat tant annoncées mais jamais abouties, le Liban est encore debout. «Oui, nous sommes toujours debout, mais la situation fait peur et les inégalités se sont creusées, répond M. Joumblatt avant d’ajouter: «La théorie selon laquelle la croissance peut renflouer l’économie ne me convainc pas. Cette croissance est répartie comment? Qui en profite? La croissance dans une banque, ou dans la bonne bourgeoisie de Beyrouth est une chose, et au Akkar c’en est une autre. La redistribution de la croissance ne peut se faire qu’à travers un système de taxation équitable. Ce n’est pas avec l’impôt unique à 10% pour tous que nous y arriverons».
Paie-t-il lui-même ses impôts alors qu’il avait avoué, il y a des années, qu’il tenait une double comptabilité dans ses sociétés? «Je paie mes impôts mais je suis favorable à l’impôt progressif, assure-t-il. Je règle aussi mes factures d’électricité. Mais il existe de grands hôtels, des entreprises et des secteurs entiers qui ne paient pas l’électricité, car ils sont protégés par la corruption. L’EDL était une excellente compagnie, même à l’époque de la guerre. Aujourd’hui, elle est en lambeaux». Malgré ce constat plutôt sombre, M. Joumblatt affirme être optimiste pour l’avenir, «car le Liban dispose de bonnes ressources humaines».

Le froid avec l’Arabie
Sur le plan régional, M. Joumblatt avait toujours tenu à conserver de bons rapports avec l’Arabie saoudite, où il dépêchait parfois son émissaire, le député et ancien ministre Waël Bou Faour. Mais ces derniers mois, les relations avec le royaume se sont dégradées. «J’ai osé commenter le projet de privatisation d’Aramco et cela a irrité les Saoudiens, qui ont vu dans mes propos une ingérence dans leurs affaires internes. Ils ont peut-être raison, concède-t-il, avant de revenir à la charge. Aramco, qui est considérée comme une richesse nationale, avait été nationalisée à l’époque du roi Fayçal. Ils veulent maintenant la privatiser? J’ose dire que j’ai des craintes qu’une fois introduite en bourse, ce seront les géants de l’industrie pétrolière qui risquent de la contrôler. Je préfère qu’Aramco reste
entre des mains saoudiennes et qu’elle soit bien gérée». 
Un autre motif de l’irritation saoudienne à son égard est sa qualification d’«absurde» de la guerre du Yémen. Même si ses propos ont pu fâcher les autorités de Riyad, M. Joumblatt les assume pleinement. «Toute guerre est absurde, même la nôtre l’était, dit-il avec philosophie. Parfois on fête certaines de nos victoires à la Pyrrhus, puis une fois que c’est terminé, on se rend compte que c’était un effroyable massacre, sans aucune perspective». Les Saoudiens n’ont visiblement pas apprécié le qualificatif d’«absurde». Mais comment vais-je décrire cette guerre? Ils ont exprimé leur irritation par des messages communiqués au ministre Waël Bou Faour et, d’après ce que j’ai compris, c’est l’une des raisons pour laquelle le nouvel ambassadeur d’Arabie saoudite n’est toujours pas venu me rendre visite. Nous attendons, nous sommes patients…», dit-il avec une certaine lassitude.  

Craintes régionales
Contrairement à une grande partie de la classe politique, M. Joumblatt pense que les réfugiés syriens ne constituent pas un danger existentiel pour le Liban. Il dénonce «une certaine hypocrisie de la part de la bourgeoisie libanaise ou de certains secteurs qui ont la hantise des réfugiés syriens, mais en même temps ils les font travailler au noir car ils coûtent moins cher là où le Libanais ne veut pas travailler». «Je pense que les Syriens vont rentrer une fois la guerre terminée, dit-il. Ils ne peuvent pas être comparés aux Palestiniens, qui n’ont plus aucune issue car leur terre est occupée. On aurait pu peut-être règlementer la présence des déplacés en installant des camps, comme en Jordanie, mais cela n’a pas été fait pour des raisons sectaires et d’autres considérations interlibanaises».
Optimiste pour l’avenir du Liban, le seigneur de Moukhtara l’est moins sur le plan régional et international. La montée des tensions entre
Russes et Américains l’inquiète et il craint un «dérapage». «On voit la nouvelle doctrine nucléaire américaine qui prévoit des frappes nucléaires tactiques à l’aide de bombes aussi puissantes que celle de Hiroshima, prévient-il. Le conflit russo-américain a pour arène le terrain syrien. A l’est de l’Euphrate, il y a les Américains avec les Forces démocratiques syriennes et à l’ouest la Turquie et les Russes avec leur base. Je ne sais pas si la Russie a riposté à son avion abattu. Mais à un moment donné, ça peut déraper», conclut-il sur un ton pessimiste.



 Sa vision de la crise syrienne
Voici ce que dit Walid Joumblatt dit de la crise syrienne:
● Je ne regrette pas mes choix. C’était une cause juste, une quête de liberté pour le peuple syrien, qui a le droit de vivre dignement, pas sous la férule de ce régime. Mais l’opposition syrienne a été mal gérée par les Américains qui l’ont lâchée. Puis il y a eu tellement de facteurs qui ont fait ombrage aux revendications légitimes du peuple syrien.
● Une rencontre avec Assad n’est absolument pas envisageable. Ce serait le comble de l’absurde. Mon fils Taymour fera ses choix. Mais je crois qu’il l’a déjà fait, car les Joumblatt seront jugés par le peuple syrien, qui vivra et survivra malgré les déboires, les massacres et les déplacements.
● Tout ce que l’on voit aujourd’hui en Syrie ne fait que retarder la disparition inéluctable du régime.
● Je vois une Syrie unie mais décentralisée, avec une démocratisation de la vie politique. Ce régime totalitaire ne peut plus gouverner le pays.
● Le rôle des Etats-Unis en Syrie est pire que celui de la Turquie. Ils n’ont pas régi l’opposition qui était pacifique. Chacun a armé ses gens.



Quel regard sur la région?
Concernant le conflit régional, le leader druze fait les observations suivantes:
● Il n’y a pas de vainqueur mais une autodestruction massive de la région. Certes, l’Irak va légèrement mieux car il a vaincu l’Etat islamique, mais c’est un pays en lambeaux. Le patrimoine culturel et historique a été pillé. C’est un pays très riche, mais la corruption est inimaginable.
● Au Yémen, on voit deux Etats en train de se former.
● L’axe iranien a profité du vide quand Bush a envahi l’Irak et quand l’armée irakienne a été dissoute (…). Puis il y a eu la jonction politique, puis maintenant géographique entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Hezbollah.
● A cause de sa hantise séculaire de la question kurde, la Turquie a facilité l’entrée des jihadistes de l’Etat islamique. Je ne pense pas que les services de renseignement n’ont pas vu passer ces milliers de jihadistes.

Paul Khalifeh

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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