Rapports FMI-BM. Chronique d’une faillite annoncée
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Rapports FMI-BM. Chronique d’une faillite annoncée

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    Rapports FMI-BM. Chronique d’une faillite annoncée
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Aide-toi et le monde t’aidera. Qu’a fait le Liban pour que la communauté internationale, à qui il demande aujourd’hui pour la quatrième fois depuis 2000 de l’aider à sortir «d’une situation économique difficile», réponde favorablement à ses sollicitations?

Il est difficile de croire que les dirigeants sont sérieux dans leurs préparatifs de la conférence de Paris IV ou Cedre I, prévue le 6 avril prochain. Il est tout autant invraisemblable de croire qu’ils sont en mesure d’améliorer les métriques d’une économie agonisante lors du sprint final. De plus, dans cette période préélectorale, l’adage veut que la population ne croie que la moitié de ce que les politiques disent et promettent de faire. Ne serait-il pas plus raisonnable d’ajourner cette conférence, comme une bonne partie des experts économiques et financiers libanais le prônent?

Croissance plombée
Les chiffres sont clairs et parlants. La croissance est plombée, du moins à court et moyen terme. Entre 2001 et 2010, sa moyenne a tourné autour de 5,5% – à l’exception de 2008-2009 – et autour de 1,5% entre 2011 et 2017. Pour l’année en cours, les prévisions de la Banque mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), seraient de près de 1%. La démission surprise du Premier ministre Saad Hariri, en novembre 2017, n’a pas fini de provoquer des secousses dans le monde de la finance. Du jour au lendemain, avec une conversion et une  sortie de fonds de l’ordre de 2,4 milliards de dollars, le marché financier s’est retrouvé à court de liquidités en livres. A priori, les banques se sont rabattues sur le marché interbancaire pour se financer mais les taux d’intérêt over night ont augmenté de 140%, acculant les établissements bancaires à augmenter leurs taux d’intérêt servis sur les dépôts en monnaie nationale à 10%, voire à 11% et 12% pour deux grandes banques de la place, à condition que ces dépôts soient bloqués pour une durée de 24 mois. Cette mesure a eu pour effet de rapatrier un certain montant de fonds sortis pour l’occasion, les déposants souhaitant profiter des taux d’intérêt généreux et se montrant prêts à supporter le degré de risque qui en découle. Cette augmentation des taux d’intérêt sur la livre a été accompagnée d’une progression des taux d’intérêts sur les dépôts en dollar américain. Ayant une économie dollarisée, le Liban a dû, en plus, suivre la hausse des taux d’intérêts de la Réserve fédérale américaine (FED). La montée des taux d’intérêts sur les dépôts a été suivie naturellement par une augmentation conséquente des taux d’intérêts créditeurs, freinant l’appétit des candidats à l’obtention de créances bancaires. Les premiers prémices de la crise ont été l’arrêt, jusqu’à nouvel ordre, par les banques de l’octroi de prêts logement. Les réserves des banques commerciales auprès de la banque centrale, dont la rémunération était nulle, se sont épuisées. La BDL a ainsi demandé aux établissements de crédits d’utiliser leurs propres fonds pour l’octroi de crédits immobiliers. Néanmoins, ces prêts ne sont plus abordables pour les demandeurs, les taux d’intérêts créditeurs en dollars ou en livres seraient nécessairement supérieurs à 11% et en dollar supérieurs à 7%. En un mot, le coût des fonds est devenu trop élevé pour les banques et, par conséquent, inabordable pour les emprunteurs. La croissance par les prêts serait bloquée pour le moment. De toute façon, dans ses conclusions sous l’article IV, le FMI a préconisé l’arrêt par la BDL de ses subventions aux taux d’intérêts via ses packages d’incitations à l’économie productive.

Le privé courbe l’échine
Les experts estiment qu’entre 2011 et 2017, les opportunités de croissance du PIB entre 20 et 21 milliards $ ont été manquées, le gonflement du secteur public aux dépens du secteur privé a maintenu le PIB à 53 milliards $ au lieu de l’accroître à 75 milliards $. La croissance du secteur privé est freinée par les surcharges imposées par le secteur public en raison d’une multitude de réformes jamais accomplies, de la vétusté d’une infrastructure, et d’une corruption incommensurable. A titre indicatif, les coupures de courant électrique 51 fois/mois coûteraient en moyenne 6% des revenus de l’agent du secteur privé. Par ailleurs, en termes d’environnement des affaires, le Liban est classé derrière le Pakistan et le Bangladesh. Quant à l’indice de compétitivité calculé par la Banque mondiale dans son rapport Doing Business, le pays du Cèdre occupe la 105ème place sur 153 pays couverts par l’enquête. Pour ce qui est du secteur des télécoms, il constitue la vache à lait du pouvoir et aucun responsable n’est prêt à baisser les tarifs tout en améliorant les services. Parallèlement, la décision du Premier ministre Saad Hariri de réduire les dépenses des différents ministères de 20% sans toucher aux salaires et allocations sociales serait moins efficiente que prévue. En effet, cette baisse des dépenses permettrait une épargne de 1 797 milliards de livres ou l’équivalent de 7,59% du total des dépenses pour 2018. Toutefois, si on examine de près les chiffres en prenant en considération les ratios des salaires, allocations, indemnités de fin de service et retraites rapportés au total des dépenses et du service de la dette rapportée au total des dépenses, ils représenteraient 68% en 2018 et, par conséquent, la baisse de 20% des dépenses n’affecterait que les 32% restants, soit 7 689 milliards de livres. La baisse représenterait donc 6,5% du total des dépenses en 2018. Dans le même temps, des sources parlementaires et ministérielles s’accordent à avancer le chiffre de 4 000 personnes en passe d’être intégrées, avant la tenue des législatives, dans le cadre du secteur public en violation de la décision du Conseil des ministres de suspendre tout nouveau recrutement de fonctionnaires. Ceci sans oublier le nombre de députés qui ne se représentent pas aux élections et qui viennent alourdir les budgets avec leurs salaires à vie.

Partenariat public privé
Entre temps, Ziad Hayek, président du Conseil supérieur de la privatisation, a considéré que la création d’emplois constitue la pierre angulaire de la stabilité économique et politique. Il faisait référence aux données de la Banque mondiale qui estiment que 40% des pays où la violence prend fin connaissent une récidive de l’instabilité lorsque les Etats échouent à moderniser leur économie et à créer des opportunités d’emploi. M. Hayek a estimé que l’exploitation des capacités du secteur privé, dans le cadre d’un partenariat public privé (PPP), aiderait à la construction et au développement de l’infrastructure à un rythme plus accéléré. Cette infrastructure est nécessaire pour faire démarrer les rouages de l’économie, déclencher une croissance économique inclusive et créer des opportunités de travail. Ziad Hayek a estimé que le PPP nécessite des institutions étatiques fortes et un cadre législatif clair, insistant sur le fait que le PPP peut être très efficace si, dans une étape préliminaire, ce partenariat est entamé sur la base d’un PSP pour évoluer ensuite, dans un ou deux ans, vers un cadre avancé de PPP.   
Aussi a-t-il insisté sur le fait que le financement direct des projets en PPP permet de limiter les dégâts provoqués par la corruption et les dépenses irrationnelles. Il donne l’exemple des projets qui ont été financés selon ce modèle au terme de la guerre israélienne en 2006.
Quel rôle pour les organismes économiques dans les éventuels projets de PPP? Un des leurs accuse ces organismes de laxisme, révélant que les communiqués lus à la fin de chaque réunion ont été rédigés à l’avance et ne répercutent aucunement les débats qui ont lieu lors des réunions. Le Liban serait semblable à l’homme qui se jette du cinquième étage, arrivé au 1er, comme le dit l’anecdote, il se dit c’est bien, ce n’est pas encore terminé pour moi.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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