L’épopée du Canal de Suez. Des pharaons à Ferdinand de Lesseps
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

L’épopée du Canal de Suez. Des pharaons à Ferdinand de Lesseps

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    L’épopée du Canal de Suez. Des pharaons à Ferdinand de Lesseps
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L’Institut du monde arabe à Paris part sur les traces d’une des plus passionnantes entreprises humaines: le Canal de Suez. Une exposition qui conte cette fascinante histoire à travers les siècles, des Pharaons jusqu’à aujourd’hui, à travers les prismes de la géopolitique, des révolutions techniques mais aussi culturelles.


Raconter l’histoire du Canal de Suez, c’est se plonger dans une épopée fascinante, parfois brutale, mais surtout, narrer l’histoire de l’alliance de grandes civilisations en faveur du commerce entre les hommes, entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest. Cette exposition exceptionnelle, qui sera présentée à l’Institut du Monde arabe (IMA), du 28 mars au 5 août, retrace une saga extraordinaire de plus de 4 000 ans d’histoire, des Pharaons à Ferdinand de Lesseps, du projet de Bonaparte à la nationalisation sous Nasser…
Pour conter cette véritable épopée qu’a constitué la construction du Canal à travers les siècles, l’IMA a choisi de se baser sur un principe cinématographique, en plongeant le visiteur au cœur de l’inauguration de 1869, avant de lui faire remonter le temps jusqu’aux débuts de l’histoire. Pour ce faire, les deux commissaires d’exposition, Claude Mollard et Gilles Gauthier, proposent un parcours jalonné d’objets archéologiques, de maquettes, de photographies et films d’époque, afin de dérouler l’histoire de l’Egypte et celle du monde, au fil de celle du Canal de Suez. C’est aussi l’occasion de découvrir ou redécouvrir les hommes qui ont pensé et réalisé le canal à travers les siècles.
C’est sous le règne d’un pharaon visionnaire, Sésostris III, en 1850 avant Jésus-Christ, que la navigation est rendue possible entre la Méditerranée et les mers du Sud, en reliant le Nil à la mer Rouge. Ce canal antique, parfois ensablé, mais régulièrement remis en état, existera pendant plus de vingt siècles. L’exposition donne d’ailleurs à découvrir des œuvres antiques qui montrent, déjà, l’importance du canal pour l’Egypte.

RÉTRÉCIR LE MONDE
Bien des siècles plus tard, c’est dans l’Egypte moderne que le rêve deviendra réalité. Confrontée à la modernité européenne par Bonaparte, l’Egypte reprend vie à partir de 1806, sous le règne de Méhémet Ali et de ses descendants. Désireux de se défaire de l’emprise de l’empire ottoman, le vice-roi d’Egypte modernise à tour de bras, faisant venir des experts de France qui s’activent dans tous les domaines: l’armée, la marine, la médecine, l’éducation, l’agriculture ou l’archéologie. Parmi ceux-ci, un personnage inclassable et aventurier de génie, venu d’abord en diplomate: Ferdinand de Lesseps. Il porte en lui un projet fou, déjà étudié par les ingénieurs de Bonaparte lors de son expédition égyptienne, basé sur des plans de l’ingénieur italien Luigi Negrelli et développé par les Saint-Simoniens de Prosper Enfantin. Pourtant, Méhémet Ali n’adhère pas au projet de canal de pleine mer traversant l’isthme de Suez, élaboré par Enfantin. Il craint, à juste titre comme le montrera d’ailleurs l’Histoire, les convoitises que pourraient susciter une voie d’eau internationale. Ferdinand de Lesseps attend son heure. Et c’est grâce à son amitié complice avec le fils préféré de Méhémet Ali, Saïd Pacha, que l’idée folle devient réalité. Celui-ci accorde en effet à Lesseps, par firman, le droit de fonder une société chargée de construire un canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge. La Compagnie du canal de Suez voit le jour en décembre 1858, avec un capital de 400000 actions, dont 44% souscrites par Saïd Pacha, le reste étant détenu par 21000 actionnaires français. Contre vents et marées, mais surtout contre l’empire ottoman auquel l’Egypte reste attachée et l’Angleterre qui craint de perdre le contrôle de la route des Indes, l’aventure est lancée.
Si l’histoire du canal est indissociable des développements politiques, elle l’est aussi d’une révolution des techniques. Sans la machine à vapeur qui fait avancer les navires et tourner les dragueuses, le canal n’aurait jamais vu le jour. La construction de l’ouvrage est aussi marquée par la condition extrêmement éprouvante de centaines de milliers d’Egyptiens, dont plusieurs dizaines de milliers mourront, principalement du choléra.

CONVOITISES INTERNATIONALES
En 1869, l’inauguration du Canal de Suez, sous le règne du khédive Ismaïl Pacha qui croit alors pouvoir dire que l’Egypte «n’est plus en Afrique mais en Europe», se fait en grande pompe, en présence de nombreuses têtes couronnées (dont l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III), qui ont fait le déplacement depuis l’Europe. Malgré cet optimisme, le canal devient un symbole de servitude pour les Egyptiens, après la banqueroute du khédive, forcé de céder ses actions au Royaume-Uni, la mainmise étrangère puis l’occupation militaire anglaise du canal, à partir de 1882. La tutelle britannique succède à celle de la Sublime Porte. Un accord est toutefois trouvé en 1888, avec la convention de Constantinople, qui affirme la neutralité du Canal. Les deux guerres mondiales marquent également Suez, le canal est même fermé à la navigation entre 1940 et 1945, à l’exception des navires alliés.
Finalement, ce n’est qu’en 1956, avec le discours historique de Gamal Abdel Nasser, le jour de la fête nationale, que le Canal de Suez revient dans le giron égyptien, nationalisé par le leader arabe. Outre l’objectif de mettre fin à la présence étrangère en Egypte, l’opération a aussi pour objectif de financer la construction du barrage d’Assouan, après le refus américain d’y participer. La nationalisation provo-que l’expédition franco-anglo-israélienne, l’opération Mousquetaire, un véritable fiasco qui marquera la fin de l’impérialisme colonial européen. Suez, désormais égyptien, ne connaît toutefois pas la paix. Il redevient une zone de guerre, avec celle des Six-Jours d’abord, en 1967, puis celle de 1973, au cours de laquelle l’armée égyptienne franchit le canal et pénètre profondément dans le Sinaï. L’exposition de l’IMA consacre une large place à cette tranche de l’histoire, qui se soldera par la reprise de la navigation en 1975 et les accords de paix israélo-égyptiens.
Depuis, entre 1975 et 2015, le canal a poursuivi son expansion. Ses voies sont élargies, approfondies, modernisées. En 2015, l’Egypte, pour qui le canal constitue l’une de ses principales sources de devises, se lance dans un nouveau projet pharaonique: celui du doublement de sa voie, avec le creusement d’un deuxième canal de 72 km, assorti de la création d’une vaste zone industrielle et d’urbanisation. Véritable épine dorsale de l’Egypte de demain, le Canal de Suez devrait rapporter 13,2 milliards de dollars par an en 2023, contre 5,3 milliards en 2015.

Jenny Saleh

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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