Roy Badaro, économiste. «Le bateau tangue»
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Roy Badaro, économiste. «Le bateau tangue»

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    Roy Badaro, économiste. «Le bateau tangue»
    L’économiste Roy Badaro livre à Magazine ses observations sur la croissance, préconisant des réformes qui épousent la culture du pays. Est-ce que la crise s’accélère? Le bateau tangue, si ce n’était...
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L’économiste Roy Badaro livre à Magazine ses observations sur la croissance, préconisant des réformes qui épousent la culture du pays.

Est-ce que la crise s’accélère?
Le bateau tangue, si ce n’était une résilience due à nombre de facteurs politiques. Le déficit budgétaire et la croissance de la dette pèsent lourdement sur la croissance. Mais le Liban s’est forgé une économie atypique, focalisée sur un taux de change fixe. Ce faisant, l’Etat démissionne de sa mission prioritaire qui est celle de la création d’emplois durables et soutenus. On se félicite des transferts de fonds des expatriés alors que si ces derniers étaient restés au Liban, leurs apports auraient été supérieurs à 7 ou 8 milliards de transferts par an. Il y a un manque de vision flagrant, tout le monde est aveuglé par l’analyse du «mainstream économique». L’économie n’est pas seulement une projection de chiffres mais repose aussi sur des piliers philosophiques et des fondements moraux et éthiques. Elle doit être au service de l’Homme et pas le contraire.

Que pensez-vous des différents taux de croissance avancés par les organisations internationales et les économistes? 
Il n’y a pas d’estimation de taux réel de la croissance compte tenu de l’absence de comptes nationaux précis et de l’existence d’une économie informelle qui fausse tout calcul du PIB. Cette économie informelle est estimée par les organisations internationales à 30%, un taux que je considère loin de la réalité. Il est impératif de calculer les taux de chômage et d’émigration, ce que les officiels ont toujours rechigné à faire. L’Administration centrale des statistiques doit être renforcée pour parler économie de manière scientifique.

La conférence CEDRE aura-t-elle lieu alors que le Liban est dans une phase préélectorale et en l’absence de réformes?  
Certes, CEDRE aura lieu avant les élections, mais les fonds qui seraient collectés ne dépasseraient pas les 6 milliards $. Ces fonds seraient répartis suivant différentes sources tels le partenariat public privé, les dons et prêts et d’autres. Leur octroi sera assorti de conditions ex ante/ex post. Il y a une forte volonté politique de la communauté internationale de préserver la stabilité du Liban, du fait qu’il se trouve à un endroit sensible du Levant. La France trouve son intérêt dans le modèle libanais comme prolongement de sa présence d’ancien mandataire, les Etats-Unis souhaitent garder le Liban dans la mouvance occidentale et l’Iran, comme la Turquie, essaient d’avancer leurs pions. A chaque fois que nos réserves s’épuisent, il se trouve une conférence internationale pour venir en aide au Liban. La patrie souffre et profite en même temps de cette dichotomie entre un certain monde occidental libéral et un monde iranien persan.

Quid des réformes ?
A priori, je préconise un débat sociétal au sein du Conseil économique et social afin que les différentes composantes du Liban conviennent d’une vision consensuelle sur tous les sujets socioéconomiques et environnementaux. Par ailleurs, je recommande un séquencement des réformes indépendamment de leur contenu, dans le sens où il y aura un cheminement à suivre au niveau de leur implantation. Par exemple, il faudrait réformer la gouvernance du secteur public, le marché du travail, améliorer le pouvoir d’achat de la classe moyenne en concomitance avec la productivité des forces actives, revoir profondément la fiscalité abusive et enfin s’attaquer à reformuler la politique monétaire. Il ne faudrait surtout pas toucher au taux de change, mais préférer préparer le terrain afin que cette réforme soit la résultante des forces du marché. Dans un régime parlementaire, les réformes sont lentes et consensuelles alors que dans un régime présidentiel, les réformes sont rapides mais peuvent entraîner le pays rapidement vers le meilleur comme vers le pire. Les paradigmes économiques évoluent rapidement.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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