Diana Fadel. Promouvoir l’éco-citoyenneté
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Nº 3087 du vendredi 2 mars 2018

Diana Fadel. Promouvoir l’éco-citoyenneté

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    Diana Fadel. Promouvoir l’éco-citoyenneté
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«J’avais le choix entre m’en aller ou me battre. J’ai décidé de me battre». Face au marasme écologique dans lequel le pays se débat et ses conséquences désastreuses sur l’environnement, l’économie, l’urbanisme et la culture, Diana Fadel a décidé de réagir en créant, en mai 2015, la Fondation Diane.

«Sonner la Diane, la musique qui réveille les troupes.
Une lumière Diane, une lumière qui vient du ciel.
Diane, Déesse de la chasse, représente le passage du monde sauvage au monde civilisé».
Diana Fadel aime la nature. D’ailleurs, c’est dans la montagne, sur les hauteurs, parmi les arbres et la verdure, qu’elle a choisi de vivre, loin de la pollution. Cette passion pour la nature, on la retrouve dans les tableaux accrochés sur les murs de sa demeure et qu’elle a peints elle-même. «Durant ma maladie, je me suis mise à la peinture et j’ai pris des cours au MFA (Museum of Fine Arts) à Boston pendant six mois. Depuis, c’est devenu une passion».
L’histoire de Diana avec la nature et l’environnement remonte loin dans le temps, lorsqu’elle faisait de la randonnée. «Quand je marchais dans la nature, je découvrais des monuments délaissés dans toutes les régions, au Liban-nord et dans le Akkar». Sensible à cette beauté, Diana Fadel se désolait de les voir tomber en ruine et laissés à l’abandon. «C’étaient des trésors méconnus et inexploités. J’ai alors organisé avec Jean-Claude Voisin de l’Institut Culturel français, qui cherchait à promouvoir les monuments du Liban, des concerts dans ces lieux d’exception». C’est sous sa houlette que la Magnanerie de Sed el-Bauchrié a repris vie. Elle accueille, depuis, des manifestations culturelles, dont l’édition 2013 du Festival de Baalbeck. «Nous y avons organisé un premier concert et avons convaincu les propriétaires de ne pas vendre l’endroit et d’entamer des travaux de restauration».

Protéger les monuments
Cette action s’est poursuivie dans de nombreuses régions libanaises, où Diana a incité les habitants à créer des associations pour la protection des monuments.
Sous son impulsion, l’association Monuments en Musique est créée et une quarantaine de concerts sont donnés en 9 ans. Les travaux pour aménager ces lieux sont gigantesques et Diana Fadel y implique les habitants et les municipalités ainsi que des archéologues, notamment Richard Chahine, qui a classifié plus de 4 000 monuments au Liban. «A part m’octroyer une médaille, l’Etat libanais n’a rien fait pour ces vieux bâtiments», se désole Diana. Cette situation lui a ouvert les yeux sur la totale négligence de l’Etat concernant l’environnement, l’urbanisme et les monuments.
Ce souci de l’environnement, Diana Fadel le transpose partout. Celle qui a participé à la création de l’ABC, qu’elle considère non pas comme un business mais comme un concept de vie, est très heureuse que cet établissement respecte les règles de l’urbanisme. «L’ABC d’Achrafié se confond dans le paysage et l’épouse totalement. J’en suis fière car il respecte les normes écologiques. Par la suite, l’ABC a interdit la cigarette, installé des panneaux solaires et organisé le tri des déchets. Nous allons bientôt passer au compostage des déchets organiques des restaurants».   
Malheureusement, à la suite d’une longue maladie et d’un séjour forcé aux Etats-Unis, elle met un terme à son activité. Mais Diana Fadel ne fait pas partie de celles qui baissent les bras. Cette battante revient, déterminée à fonder un trust et crée une fondation consacrée à l’environnement, l’éco-citoyenneté, l’éducation, la mobilisation des citoyens et le support des investissements dans des start-up écologiques.
L’action de Fondation Diane repose sur trois axes principaux dont le premier est la Chaire de l’Education à l’éco-citoyenneté et au développement durable (CEEDD). «Le développement durable est un concept qui permet de profiter des ressources naturelles sans les endommager, tout en leur permettant de se renouveler. Il faut développer l’environnement dans la durée pour léguer à nos enfants une belle nature en héritage. Au Liban, celle-ci est malmenée par les carrières, la déforestation, les produits chimiques déversés dans les cours d’eau, les pesticides, la chasse sauvage, la pollution de la mer, sans parler de la crise des déchets…». Dans le cadre de cette chaire, Fondation Diane a mis en place un programme baptisé USJ Verte qui consiste, entre autres, à instaurer le tri des ordures à l’Université Saint-Joseph, où «1 200 bennes de différentes couleurs sont réparties sur 150 étages au service des étudiants».

Le service communautaire
Un arrêté ministériel n°607/m paru le 27/08/2016 relatif au service communautaire dans le secondaire impose à ces élèves de consacrer 60 heures par an au service public. Cet arrêté n’a pas été appliqué dans la majorité des cas. «Après sollicitation de la CEEDD, une lettre du ministère de l’Education, ainsi qu’une autre du ministère de l’Intérieur imposent aux municipalités et aux écoles de collaborer afin de mettre en application ce décret dans des projets municipaux qui seraient exécutés à l’aide des élèves. 10 écoles et 10 municipalités ont répondu à l’appel et 10 projets environnementaux sont en cours de réalisation sous l’égide de la Chaire».
Le deuxième axe de Fondation Diane consiste en un fond d’investissement baptisé Viridis, terme latin qui signifie vert. Lancé en mai 2015, ce fond d’investissement est destiné à aider des start-up dont l’activité porte essentiellement sur l’environnement. «Ces jeunes sont une source de fierté pour moi. Ils sont entourés d’une équipe qui leur offre un accompagnement logistique et un support financier. Nous voulons montrer qu’il est possible pour une entreprise d’être éco-durable et profitable en même temps». Ces start-up sont: Compost Baladi, L’Atelier du Miel, Taka bar, Me Green, Bike Kitchen, Cortas, Carpolo, Daskara, Green Track. Cette dernière start-up a été créée par un jeune homme de Jabal Mohsen, qui a réussi à introduire le tri des ordures dans sa localité. «Sa mère a réussi à motiver 20 femmes volontaires pour faire du porte-à-porte et ainsi sensibiliser plus de 5000 familles dans la région pour les convaincre de trier les déchets dans leurs immeubles». Carpolo est une application mobile destinée au car pooling qui permet de réduire les embouteillages, la pollution, les espaces de parking, notamment pour les grandes entreprises. «Et enfin le projet qui nous tient particulièrement à cœur est Daskara, une application qui sera bientôt lancée en collaboration avec l’AUB. Daskara signifie en arabe ancien un vieux et beau village». 110 villages libanais ont déjà été explorés quant à leurs atouts écologiques et touristiques; cette action va s’étendre à tous les villages du Liban pour les mettre en valeur un par un. Chaque localité aura une page consacrée avec un projet à financer à la clé via une levée de fond qui peut notamment atteindre la diaspora libanaise et lui permettre de suivre le financement et l’exécution à distance».
En coopération avec Switchmed (organisme international européen), Viridis met en connexion des start-up avec des investisseurs. Avec Cewas, une autre organisation internationale, la Fondation Diane va accueillir dans son nouvel incubateur une vingtaine de start-up.   
Le Citizen Circle est le troisième axe de Fondation Diane. A travers l’organisation de Citizen Café, «notre but est d’informer les citoyens, les mobiliser et de les pousser à agir» autour d’un débat sur un sujet citoyen d’actualité.
En 2018, la fondation relancera Monuments en Musique pour favoriser la découverte du pays et mettre en valeur les talents musicaux libanais dans ces lieux uniques que sont les monuments.
L’action de la fondation ne s’arrête pas là. Si les start-up sont des projets à long terme, actuellement trois grands chantiers sont à l’étude: le recyclage des piles et des huiles usagées ainsi que l’introduction du bio-plastique au Liban. «Ainsi, les poubelles seront enfin exemptes de produits toxiques».

Joëlle Seif

Photos Milad Ayoub-DR

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Éditorial
Désordre de priorités

Le gouvernement multiplie les réunions pour adopter le projet de budget 2018. Cette gesticulation frénétique a surtout pour objet de faire figure de bon élève devant les bailleurs de fonds et les pays donateurs en prévision des conférences internationales consacrées au Liban, organisées ces prochaines semaines. L’aide attendue, sous des formes multiples, varie, selon que l’on soit réaliste ou optimiste, entre 8 et17 milliards de dollars. Quelles que soient les sommes engrangées par ces conférences, elles traduiront le souci de la communauté internationale de voler au secours du Liban, après les rapports pas très encourageants du FMI et de la Banque mondiale sur l’état de l’économie et des finances du pays.Mais il ne faut pas se réjouir trop vite. Car cette aide, si elle n’est pas utilisée à bon escient, risque d’avoir des effets négatifs à moyen terme. En effet, si elle est dépensée pour honorer le service de la dette et combler une partie du déficit budgétaire abyssal, elle contribuera simplement à faire gagner au Liban un an ou deux supplémentaires, à un prix exorbitant, avec une dette publique qui avoisinerait les 100 milliards de dollars.Les milliards qui vont arriver doivent servir, en priorité, à relancer l’investissement dans le but de booster la croissance et de créer des emplois. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans l’introduction de réformes en profondeur, dans un pays où 85% du budget de l’Etat partent dans les salaires des fonctionnaires et des membres des forces armées et dans le remboursement du service de la dette.Mais de quelles réformes parle-t-on? Celles qui consistent à privatiser à tour de bras tous les secteurs de l’économie et les entreprises publiques, vendues à des vautours de la finance qui ne se soucient que d’un gain rapide? Ce serait donner un très mauvais signal alors que le Liban ambitionne d’entrer dans le club des pays producteurs et exportateurs de gaz et de pétrole. Ou alors faut-il comprendre par réforme l’abolition des maigres subventions et la réduction des aides sociales, dans un pays où de plus en plus de familles ont du mal à boucler leurs fins de mois? La troisième voie pour les réformes est l’augmentation des taxes et des impôts, un outil déjà utilisé, il y a quelques mois à peine, pour financer l’échelle des salaires dans le secteur public.Si l’augmentation des recettes par ces trois méthodes n’est pas louable en raison de leurs répercussions sociales, il est possible d’envisager une réduction des dépenses. Cela passe nécessairement par une politique d’austérité, qui est une condition indispensable pour réduire le déficit budgétaire afin de ralentir puis de freiner la hausse de la dette.La réduction des dépenses passe par la lutte contre la corruption et le gaspillage des deniers publics, qui engloutissent chaque année des centaines de milliards de livres. Les pots-de-vin, le détournement de l’argent public, les délits d’initiés et autres crimes de la même famille provoquent un manque à gagner difficilement quantifiable mais sans doute très important pour l’Etat.Tel devrait être le point de départ de toute réforme, et non pas demander aux plus démunis de consentir des sacrifices supplémentaires.


 Paul Khalifeh
   

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