Salim Sfeir Pdg de Bank of Beirut. Pour le Liban des opportunités à saisir en 2018
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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

Salim Sfeir Pdg de Bank of Beirut. Pour le Liban des opportunités à saisir en 2018

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    Salim Sfeir Pdg de Bank of Beirut. Pour le Liban des opportunités à saisir en 2018
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Son père, entrepreneur, souhaitait que son fils Salim Sfeir devienne ingénieur. Mais lui a rapidement compris après de courtes études dans cette branche qu’il n’était pas fait pour ce métier. Il se lance dans la banque.


Salim Sfeir entame sa carrière en 1971 au sein de Bank of Nova Scotia. Pour ce faire, il décroche une licence en sciences économiques de l’université de Montréal et un mastère en gestion des entreprises de l’université de Detroit. Il occupe plusieurs postes de responsabilité à Bank of Nova Scotia et à la Banque Méditerranée puis cofonde Wedge Bank (ME) SAL, basée à Beyrouth. Dans son parcours professionnel, le grand virage est celui de sa décision d’acquérir en 1993, avec une poignée d’investisseurs saisonniers, un petit établissement financier, Bank of Beirut (BoB), doté juste de cinq branches. A cette époque, Salim Sfeir avait proposé à ses actionnaires un plan quinquennal et des objectifs financiers qui ont été entièrement respectés dans les délais. Aujourd’hui, BoB fait partie de la catégorie des banques libanaises Alpha, avec un réseau de plus de 70 branches locales et une présence imposante à l’étranger en conformité avec le slogan de Bob «Banking beyond borders». BoB est présent presque sur tous les continents: en Grande-Bretagne, à Francfort, à Chypre, au sultanat d’Oman (5 branches), au Ghana, au Nigeria, à Dubaï, à Abou Dhabi et en Australie avec 16 branches. Des projets d’expansion sont prévus en Europe et en Afrique. Aussi, il faut souligner que 40% des revenus de BoB proviennent de ses activités bancaires à l’étranger. A Magazine, Salim Sfeir confie que la décision de s’installer à son propre compte ne lui est pas tombée du ciel. «Pendant 25 ans, j’ai retourné le terrain où j’ai décidé de m’installer et de jouer un rôle prépondérant, je l’ai sondé, tâté, étudié ses tenants et aboutissants. Mes ambitions sont sans limites et la chance est une providence», répond-il à une question. Le fait d’être taxé de virulent dans ses propos ne le gêne point, préférant mettre les points sur les i au lieu d’agir en hypocrite. Il considère que l’un des secrets de la réussite est de se fixer un but et de ne jamais le perdre de vue, tout en ne prêtant aucune attention à tous ceux qui gravitent autour et aux commentaires de certains.
Sa stratégie de gestion du quotidien bancaire pivote autour «d’un suivi rapproché de toute action entamée». Selon lui, dans l’immédiat, les responsables devraient s’occuper de préserver l’équilibre qui prévaut dans le pays. A moyen et long termes, des ajustements se feraient dans le respect des standards internationaux. Sur un plan macroéconomique, Salim Sfeir donne la priorité à une préoccupation du service de la dette plutôt qu’au montant de celle-ci. Il est catégorique en affirmant qu’aucune comparaison ne peut être établie entre le cas de la Grèce et celui du Liban.

Stratégie d’expansion
BoB est présent au Sultanat d’Oman, en Grande-Bretagne et à Sydney et ne se trouve ni en Syrie ni en Irak, où de nombreuses banques libanaises se sont implantées. Est-ce que la stratégie de Salim Sfeir est «de se rendre là où les autres n’ont pas encore été»? «Bank of Beirut a une stratégie d’expansion visant tous les pays qui jouissent à la fois d’une stabilité politique, économique et sociale avec une notation d’investissement de qualité, répond le banquier. C’est sur la base de cette vision claire que la BoB s’est étendue en ouvrant des filiales dans des marchés à succès comme l’Australie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, Chypre et le Sultanat d’Oman. Nous envisageons aussi d’ouvrir prochainement dans la zone euro, où nous avons des projets qui se concrétisent. Quant aux autres banques, elles ont leur propre agenda et modèle d’affaires et nous ne pouvons que respecter cela. Notre stratégie d’expansion découle d’une vision qui défend un développement bancaire durable plutôt que le profit sur le court terme».
C’est grâce à cette stratégie d’expansion internationale que la BoB a pu tirer son «épingle du jeu» et atteindre un niveau adéquat de diversification en termes de financement et de sources de revenus, loin de l’instabilité locale et régionale et de la forte volatilité, explique M. Sfeir, avant de poursuivre: «Pour composer au mieux avec le marché local, nous avons fait preuve de pragmatisme en adoptant une approche conservatrice de gestion des risques qui consiste à maintenir une liquidité élevée, une bonne qualité des actifs et une diversification en termes de sources de financement et d’activités de prêt. Notre performance en essor continu a d’ailleurs prouvé la pertinence de notre stratégie».
M. Sfeir dénonce «la diabolisation du secteur bancaire», dans le sens ou tous les maux du pays trouveraient leurs racines dans le secteur bancaire. Certains politiques et experts économiques allant même jusqu’à qualifier ce secteur  de «mini-Etat dans l’Etat». «Ce procès que l’on fait au secteur bancaire qualifié de «démon» par certains est une hérésie! C’est presque absurde à mon sens de commettre une erreur aussi grossière que ces accusations qui fusent sans fondement», s’insurge le banquier, avant de se lancer dans un plaidoyer passionné: «Laissons cela derrière nous et rappelons quelques faits essentiels: depuis 1975, notre secteur bancaire a prouvé qu’il était un facteur de stabilité et d’espoir. Il a d’ailleurs permis de préserver l’État libanais et l’a même protégé de ses démons et ce à plusieurs reprises au cours des années et des épreuves. Sa bonne réputation, son sérieux, ses performances et sa résilience ont d’ailleurs dépassé nos frontières, et sont salués par de nombreux acteurs locaux et internationaux».
M. Sfeir poursuit, sur le même ton: «Maintenant, rappelons le rôle vital joué par notre secteur bancaire dans l’économie: il finance le secteur privé local avec 54 milliards USD, soit environ 100% du PIB. Il finance aussi le secteur public avec 32 milliards de dollars supplémentaires et a placé 92 milliards de dollars à la Banque centrale du Liban (BDL) pour soutenir cette dernière qui est garante de la stabilité monétaire et sociale. Imaginez maintenant que nous n’ayons pas ce secteur bancaire pour soutenir tout cela! Que ce serait-il passé alors? Comment qualifier de «démon» un secteur qui réalise actuellement des bénéfices représentant moins de 10% du rendement de l’investissement des actionnaires et moins de 1% du total des actifs? Alors que nous sommes dans une période où nous perdons en attractivité aux yeux des investisseurs, j’estime que c’est un jeu de mauvais goût de nous qualifier de la sorte et j’appelle la presse, les médias et les décideurs à considérer plutôt les faits établis et le rôle vital que nous jouons pour notre pays bien-aimé».

Haro sur la politique fiscale
La nouvelle imposition du secteur bancaire risque-t-elle de nuire au rôle principal qu’il joue tant au niveau du financement de l’Etat que du secteur privé? «Tout comme de nombreux experts, je pense que l’application de ces nouvelles mesures fiscales est en train de tuer à petit feu le dynamisme du secteur privé. Un dynamisme que ce secteur ne cesse de défendre au vu de la conjoncture difficile que traverse le Liban depuis 2011», regrette le patron de la BoB.
«Dès lors, il est tout à fait vrai que la nouvelle imposition du secteur bancaire aura un impact négatif sur la rentabilité des banques, sur leur capitalisation, ainsi que sur la préservation du flux des investissements.
M. Sfeir souligne, au passage, que le système fiscal fait déjà fuir les capitaux étrangers susceptibles d’investir dans des secteurs productifs, y compris dans le secteur bancaire.
Comme piste permettant d’améliorer la situation, le banquier préconise un  réexamen de cette question en élaborant «une véritable stratégie économique et budgétaire avec une vision sur le long terme, cela nous permettrait d’éviter de nous contenter d’une politique fiscale qui taxerait les secteurs rentables».
Les banques libanaises ont-elles un rôle à jouer dans la Conférence de reconstruction et de développement (Cedre) à Paris? A-t-il été consulté pour donner son avis? «En tant que banquiers, nous avons été informés de la conférence et sommes prêts à jouer un rôle comme proposé, précise M. Sfeir. Nous pensons sincèrement que cette conférence est une excellente opportunité pour le pays, car elle lancera un vaste programme d’investissement en capital. Le gouvernement libanais devrait d’ailleurs annoncer prochainement un plan pour développer les infrastructures – ports, aéroport, routes, chemins de fer, ou encore télécoms et autres, un plan évalué à plus de 16 milliards de dollars sur dix ans. Ce programme est essentiel pour accroître la croissance du PIB réel du Liban. Bien sûr, de grandes quantités de fonds seront acheminées par les banques libanaises et nous sommes très bien équipés pour gérer et assumer ce rôle».
M. Sfeir indique que la BoB ne fait pas partie du consortium des quatre banques qui ont proposé d’acheter l’EDL. Cependant, concernant les partenariats public-privé (PPP), il pense que les banques peuvent contribuer et sont capables de financer et de conseiller les clients du secteur privé à participer à ces projets. «Comme vous le savez, l’une des principales motivations du gouvernement libanais à envisager des PPP est la possibilité de trouver de nouvelles sources de financement pour les infrastructures publiques et les besoins de services. Par conséquent, notre secteur a un rôle important à jouer en ce sens», dit-il.

Le Liban reste fragile
Le patron de la BoB s’attend à des perspectives peu reluisantes encore en 2018 avec une situation économique globale au Liban qui reste fragile et une nouvelle année de faible croissance du PIB réel estimé autour de 1,5%. La dette publique passe à 150% du PIB en raison du déficit budgétaire élevé et du déficit du compte courant représentant 20% du PIB. «Pour contrebalancer ces défis, nous continuons cependant d’enregistrer une augmentation constante des entrées de dépôts dans le secteur bancaire, ce qui est nécessaire pour financer notre économie, ajoute M. Sfeir. De plus, le rôle de la Banque centrale en cette période d’incertitude est vital et nous pensons que les opérations réalisées par la BDL sont très importantes pour renforcer les réserves de change et préserver la confiance de notre secteur bancaire».
Malgré les difficultés, Le Liban aura en 2018 des «opportunités à saisir notamment durant les prochaines conférences économiques qui permettront de mobiliser un soutien international au pays et l’adoption du budget 2018». «Il ne faudrait pas oublier aussi la perspective que nous aurons après les élections parlementaires de mai prochain qui devraient permettre d’établir un cadre politique adéquat au soutien de la stabilité macroéconomique et qui mettra en œuvre des réformes structurelles pour stimuler la croissance économique et créer des emplois. D’autre part, la Banque du Liban (BDL) devra augmenter ses taux d’intérêt ou utiliser ses importantes réserves brutes pour répondre aux besoins de financement de l’économie. Le budget de 2018 et la préparation de la prochaine Conférence de Paris pourraient en tout cas fournir des plateformes clés. Du moins, nous le souhaitons vivement», conclut le banquier.

Liliane Mokbel
 

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

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