Armée libanaise. Une grande mission de petits moyens
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Nº 3092 du vendredi 3 août 2018

Armée libanaise. Une grande mission de petits moyens

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    Armée libanaise. Une grande mission de petits moyens
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Tout au long de son histoire, l’armée libanaise a été appelée à jouer un rôle grandissant. Elle s’est vue assigner la mission de maintenir la sécurité et la stabilité du Liban dans un contexte local et régional souvent explosif. Elle s’est fixée trois objectifs primordiaux: la défense du pays contre l’ennemi israélien, la lutte contre le terrorisme et le soutien aux Forces de sécurité intérieure. Vaste programme. A-t-elle les moyens de ses ambitions?

Selon Global Firepower, en 2017, l’armée libanaise occupait la 89e place dans la liste des armées de 133 pays, selon des critères allant de l’effectif de ces armées, à leurs équipements et leur diversité, ainsi qu’à des facteurs d’ordre logistique, géographique et naturel. Les effectifs de l’armée libanaise s’élèverait à 116 000 hommes (100 000 soldats pour les forces terrestres, 9 000 pour la marine, 7 000 pour les forces aériennes), avec un budget annuel de 1,735 milliards de dollars.
Aux côtés de l’armée, les autres services de sécurité, comme les Forces de sécurité intérieure (FSI), la Sûreté générale, la Sécurité d’État, se partagent les missions de sauvegarde de l’ordre public et de la sécurité. Cependant, au fil des ans, les équipements fournis étaient en-deçà des besoins. Ces forces ont été longtemps sous-financées et sous-équipées.
Le coût des forces armées refait souvent surface dans le débat public. Pour les uns, les sommes consacrées aux différentes branches militaires ont contribué à creuser le déficit budgétaire. Pour les autres, les sommes allouées aux forces armées sont largement inférieures à la moyenne internationale. La grande partie du financement couvre les salaires, qui engloutissent entre 80 et 90% des budgets alloués.
L’absence de budget entre 2005 et 2017 a limité les dépenses militaires au strict nécessaire, réduisant ainsi les sommes consacrées pour l’équipement de la troupe.

Reconstruction post-guerre
Durant les années de guerre, l’armée libanaise, ainsi que les différents services de sécurité et toutes les institutions de l’État, ont payé un prix fort. L’armée, qui n’a pas entrepris d’opérations militaires offensives transfrontalières depuis le premier conflit israélo-arabe en 1948, s’est retrouvée entraînée au cœur de la guerre civile qui a secoué le pays en 1975. Jusqu’en 1990, elle a été confrontée à plusieurs défis. Déchirée par le conflit interne et par la présence des différentes milices dans le pays, elle a néanmoins réussi à se reconstruire au lendemain de la guerre, sans aides internationales substantielles.
Après la guerre, les accords de Taëf en 1990 ont légalisé la présence militaire syrienne au Liban. Les forces syriennes devaient aider les forces légales libanaises à étendre l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire dans un délai maximum de deux ans. Cependant, l’armée libanaise devait profiter de ce laps de temps pour se reconstruire. Le départ des troupes syriennes en 2005 a créé un vide sécuritaire que l’armée libanaise fut appelée à combler.
Toutefois, l’équipement dont elle disposait était désuet. Les différents pays fournisseurs d’armes s’abstiennent de livrer au Liban des armes sophitiquées à cause du véto israëlien, au prétexte que ce matériel risquerait de tomber entre les mains du Hezbollah.
Les forces armées libanaises s’appuient surtout sur les équipements fournis par certains pays à titre de dons car, depuis les années 80, l’État n’a pas débloqué les sommes nécessaires pour remplacer et moderniser le matériel. Et depuis la fin de la guerre, la troupe n’a pas bénéficié d’une attention particulière leur permettant de mieux s’équiper.
Le budget 2018 alloue 2 320 milliards de livres libanaises à l’armée, dont 1 950 milliards pour les salaires; 932 milliards pour les Forces de sécurité intérieure; 246 milliards pour la Sûreté générale et 90 milliards pour la Sécurité de l’État. 84,50% du total consacré aux salaires des effectifs. Le coût annuel pour le Trésor des forces armées, tous secteurs confondus, est donc de 3 589 milliards L.L..
Dans le budget 2017, 1 871 milliards L.L. étaient consacrés à l’armée libanaise, 782 milliards aux Forces de sécurité intérieure, 202 milliards à la Sûreté générale et 69 milliards à la sécurité de l’État. 80% de ces montants devaient couvrir les salaires, les dépenses médicales et autres. 337 milliards L.L. sont prévus pour le matériel militaire de l’armée. Le coût approximatif de tous les secteurs des forces armées en 2017 s’élevait à environ 3 000 milliards L.L., dont 2 342 milliards pour les salaires.

25 000 milliards de L.L. en 20 ans
En 2004, le budget de la Défense atteignait 540 millions de dollars (71e rang mondial), soit 3,1% du PIB. À partir de 2005 et jusqu’en 2017, aucun budget annuel n’a été voté. Les dépenses pour les ministères étaient calculées sur la base des moyennes durant les années précédentes. Aucune somme n’a été allouée entre 2007 et 2010 à la maintenance ou à l’achat d’armes et de munitions.
Des projets de budget étaient préparés mais jamais votés. En 2012, le projet de budget allouait 1 790 milliards L.L. au ministère de la Défense, dont 1 772 milliards destinés à l’armée. 80% de cette somme devait assurer les salaires.
En 2015, et dans le cadre des dépenses prévues pour le ministère de la Défense, la loi numéro 30 a alloué la somme de 1384 milliards de L.L. pour assurer les besoins de l’armée sur plusieurs années: 256 milliards L.L. en 2016; 337 milliards en 2017; 413 milliards en 2018; 257 milliards en 2019 et 34 milliards en 2020.
Un rapport du Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) en 2017 souligne que le Liban a annuellement dépensé 4,5% de son PIB pour les frais militaires. Ces dépenses ont varié entre 2005 et 2017 par rapport à l’ensemble des paiements du gouvernement de 14,2% à 15,7%. Elles avaient atteint leur maximum en 1993 avec 26,4% de l’ensemble des dépenses de l’État.
Selon une étude du centre de recherche «l’International pour l’information», les sommes allouées aux services militaires dans le budget de 2003 s’élevaient à 21,5% de l’ensemble des dépenses prévues pour l’année. Le budget prévoyait aussi 1000 milliards de L.L. pour les retraités, dont 692 pour les retraités militaires. Et entre 1990 et 2010, les dépenses militaires ont diminué par rapport à l’ensemble des dépenses budgétaire de 22% en 1990 à 14,3% en 2010. Les dépenses au chapître militaires durant ces 20 ans sont estimées à 25 000 milliards de L.L. répartis comme suit: 67,3% à l’armée libanaise; 25,4% aux Forces de sécurité intérieure; 5,3% à la Sûreté générale et 1,91% à la Sécurité de l’État.
Une autre étude réalisée par «l’International de l’information» en 2011 estime à 3 230 milliards L.L. le coût annuel des forces armées, dont la plus grande partie est destinée à couvrir les salaires alors que les sommes prévues pour les équipements sont très modestes. Les forces armées ont pu alors se procurer leurs besoins élémentaires grâce aux dons et aides apportés par plusieurs pays. 
La guerre de juillet 2006 a vu l’armée jouer un rôle plus important. Elle a dû gérer le volet humanitaire et déployer près de 15 000 hommes au sud du fleuve Litani en coordination avec la Finul renforcée en 2006. Plusieurs pays ont exprimé alors leur intention de la soutenir et de lui fournir des armes modernes, dont la Belgique, la France, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar, qui lui ont offert des pièces d’artillerie et des munitions. Les États-Unis eux ont fourni des Humvees, des munitions, des pièces de rechange et de l’entraînement.

Des batailles coûteuses
En 2007, l’armée déploie d’importantes ressources humaines et matérielles dans la bataille contre le groupe extrémiste Fatah al-islam dans le camp de Nahr el-Bared. 170 martyrs tombent au combat. En 2013, elle perd une vingtaine de soldats dans la bataille contre le groupe du cheikh extrémiste Ahmad el-Assir, à Abra, à l’est de Saïda. Elle organise aussi des patrouilles pour lutter contre la contrebande et surveiller la frontière libano-syrienne. Depuis cette époque, la troupe fournit beaucoup d’efforts dans la lutte anti-terroriste. En août 2017, elle lance une offensive pour chasser le groupe Etat islamique des régions montagneuses de l’est du pays. L’opération «L’aube des Jouroud» a abouti à la libération des hauteurs de Ras-Baalbeck, Qaa et Fakiha, situées à la frontière syrienne. Les jihadistes, qui contrôlaient une zone estimée à 1 200 km2, ont été contraints à se retirer de la région.
Toutes ces batailles ont coûté des dizaines de vie, des millions de dollars, des sommes qui n’étaient pas prévues dans les budgets alloués à la troupe. L’équipement actuel de l’armée libanaise est principalement américain, la promesse de don de l’Arabie saoudite formulée fin 2013 n’a pas abouti. Ce don de 3 milliards de dollars devait permettre d’acheter des armes auprès de la France mais le contrat est annulé en 2016 à la suite de griefs formulés par Riyad à l’encontre du Liban. Le royaume avait aussi suspendu le reste d’un financement d’un milliard destiné à l’ensemble des forces de sécurité libanaises.
L’armée libanaise a célébré le 1er août 2018 son 73ème anniversaire. Le rôle qu’elle a été appelée à jouer au cours des années s’affirme de plus en plus, ainsi que celui des autres forces de sécurité. Le coût de la reconstruction et du financement de la troupe est élevé par rapport au budget du pays, mais ces forces ont des besoins qui vont au-delà de leurs budgets pour l’achat d’équipement qui leur permet d’assurer la sécurité et l’ordre dans un contexte régional instable et explosif.

Arlette Kassas

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Éditorial
Gouvernement: ce que cachent les apparences

En apparence, les écueils qui retardent la formation du gouvernement sont de nature interne, liés aux demandes des uns et des autres concernant le nombre de ministres et la répartition des portefeuilles. Le président de la République, Michel Aoun, et le Courant patriotique libre (CPL) exigent au moins 11 ministres, ce qui leur permettra d’assurer le tiers de blocage au gouvernement. Il s’agit pour eux de restaurer, d’une manière contournée, une partie des prérogatives retirées au chef de l’Etat par l’accord de Taëf, notamment la compétence de dissolution du Parlement. Les Forces libanaises (FL) réclament, pour leur part, quatre ministres dans un Cabinet de 30 membres, dont un portefeuille régalien. Une demande que la formation de Samir Geagea juge raisonnable vu le bloc de 14 députés qu’elle a obtenu aux élections législatives. Walid Joumblatt exige que les trois ministères revenant aux druzes lui soient attribués, arguant du fait que 6 des 8 députés de cette communauté appartiennent à son bloc parlementaire. Le seigneur de Moukhtara veut, en fait, retrouver le rôle de balancier qu’il affectionne tant et qu’il a perdu à la Chambre. Saad Hariri, enfin, ne souhaite pas que l’un des sièges sunnites soit octroyé à une personnalité proche du 8-mars ayant, de surcroît, des ambitions de devenir Premier ministre.Cependant, la réalité est que les conditions posées par les différents acteurs cachent des enjeux bien plus importants que le nombre de ministres et la nature des portefeuilles attribués à tel ou tel parti. En effet, la formation de ce gouvernement intervient à un moment-clé de l’histoire de la région, marqué par la victoire de Bachar al-Assad et de ses alliés en Syrie, et par la décision de l’administration américaine d’essayer de mettre sur les rails l’«accord du siècle» pour un règlement du conflit israélo-palestinien, que d’autres appelleraient «la liquidation de la cause palestinienne». On comprend mieux, dès lors, que les puissances régionales et internationales se livrent à un bras de fer au Liban afin que leurs alliés respectifs conservent assez d’influence pour peser dans la balance lorsque viendra le moment des grandes décisions. La partie est cruciale, surtout pour les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, dont les amis au Liban ont perdu la majorité des deux tiers au Parlement. S’ils sont également mis en minorité au gouvernement, Washington et Riyad ne disposeront plus de leviers politiques assez efficaces pour influer sur le processus de prise de décision. Le Hezbollah et ses alliés auront alors les coudées franches pour exécuter leur agenda sur lesquels figurent des points allant de la normalisation des relations avec Damas, au renforcement des liens avec l’Iran, en passant par l’obstruction au plan de Donald Trump. Il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement traîne autant. La surprise aurait été qu’il voit le jour rapidement.


 Paul Khalifeh
   

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