Diana Moukalled. «Je refuse d’être limitée à une confession»
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Nº 3093 du vendredi 7 septembre 2018

Diana Moukalled. «Je refuse d’être limitée à une confession»

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    Diana Moukalled. «Je refuse d’être limitée à une confession»
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Journaliste, correspondante de guerre, productrice de documentaires, Diana Moukalled est responsable du site électronique et des réseaux sociaux de la Future TV. Elle a couvert de nombreux conflits au Moyen-Orient et réalisé sa fameuse série de documentaires Bil Aïn al moujarrada.

«C’est en exerçant le métier de journaliste que j’ai découvert ce qu’était cette profession et réalisé que je n’aurais jamais pu faire autre chose», confie Diana Moukalled. Lorsqu’elle rentre au Liban en 1986 pour s’y inscrire à l’université, après être née et avoir vécu en Arabie saoudite, Diana Moukalled n’est pas sûre de ses choix et ne sait pas encore vraiment ce qu’elle voudrait étudier. «Le pays était en guerre et le choix était limité. Je me suis inscrite à la faculté d’Information de l’Université libanaise parce que je n’avais pas d’autre option», se souvient-elle.
Son diplôme en poche, Diana Moukalled travaille un an à la NTV avant de faire ses débuts en 1993 à la Future TV. Elle travaille au département du journal télévisé et des affaires sociales. En 1993, elle couvre l’offensive israélienne baptisée Règlement de compte contre le Liban et Les Raisins de la colère en 1996 ainsi que le premier massacre de Cana. «C’était mon premier choc, ma première expérience avec la guerre et ses victimes. Aujourd’hui je me dis que j’aurai dû couvrir plus profondément ce massacre. Mais la situation était différente et nous ne disposions pas de tous les moyens de communication disponibles actuellement. Même les appels par satellite n’étaient pas faciles», fait remarquer la jeune femme.   
Globetrotter. En 1999, la journaliste commence sa série de documentaires Bil Aïn al moujarrada (A l’œil nu). «Le premier épisode de cette série a été tourné en Irak du temps de Saddam Hussein et portait sur les Kurdes et les massacres perpétrés contre eux par l’ancien régime irakien.» Diana Moukalled sillonne le monde. Elle tourne des épisodes en Iran, au Yémen, en Algérie, au Koweït, en Jordanie, en Russie, en Arménie ainsi qu’aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Les sujets traités sont à caractère sociopolitique. «J’ai réalisé des reportages sur la situation des femmes, sur celle des minorités religieuses dans la région tels que les juifs au Yémen et les Arméniens en Iran ainsi que sur l’islam politique.» Diana Moukalled aime, à travers la caméra, rapporter les histoires des gens et les transmettre aux téléspectateurs.
Authentique correspondante de guerre, elle couvre en 2001 la guerre en Afghanistan et en 2003 celle d’Irak. «Mais avec l’assassinat de Rafic Hariri en 2005, le pays est entré dans une nouvelle phase. Désormais la page de Bil Aïn al moujarrada était tournée malgré moi. Des assassinats étaient perpétrés régulièrement et j’ai commencé à réaliser des documentaires sur les meurtres politiques comme celui de Samir Kassir, Bassel Fleyhane et la tentative contre Marwan Hamadé.»
A partir de 2010, elle travaille avec des sociétés de production et se lance dans une série de nouveaux documentaires. Elle réalise notamment trois épisodes sur l’exploitation des femmes en Irak. Avec les chaînes Al-Jazira et Al-Arabiya, elle a tourné des reportages sur les chrétiens du Liban, et sur les Alévis en Turquie. «J’ai aussi réalisé pour Al-Jazira un téléfilm sur l’histoire du cinéma libanais». La situation de la femme en Orient est un sujet qui lui tient à cœur. «J’ai réalisé des documentaires sur les crimes commis contre les femmes, dont, récemment, le film Against me produit par l’association Kafa, qui raconte les problèmes auxquels sont confrontées les femmes devant les tribunaux religieux en cas de divorce.» Pour Diana Moukalled, il est nécessaire de voter de nouvelles lois relatives au statut personnel. «Avec l’association Kafa, nous faisons la tournée du Liban pour sensibiliser les gens à cette question.»

Vers le public arabe
Avec son époux Hazem Al-Amin et Alia Ibrahim, elle vient de lancer un site d’information en ligne baptisé Daraj.com, qui traite de sujets intéressant le monde arabe. «Ce site est basé au Liban car, malgré tout ce qui se passe, le pays reste une oasis de liberté où l’on peut plus ou moins s’exprimer librement. Il a été créé en partenariat avec deux sociétés européennes. Alors que la presque totalité des sites électroniques sont financés par des courants politiques, nous avons tenu à conserver notre indépendance.» Si pour Diana Moukalled transmettre l’information en toute objectivité et sans manipulation est la mission sacrée du journaliste, en revanche, celui-ci ne peut pas se placer à égale distance entre le bourreau et la victime. «L’information et les faits sont une chose et la prise de position en est une autre. Avec tout ce qui se passe dans la région, on ne peut pas rester indifférent et se cacher derrière l’objectivité. Je ne peux pas être neutre. Entre le tueur et la victime, il faut délimiter la responsabilité. Il n’y a pas un avis et un avis opposé. Les réseaux sociaux ont permis aux gens de s’exprimer car dans la vie réelle le dialogue est devenu très limité.» Selon la journaliste, la voix de la raison doit prévaloir alors que nous vivons au cœur d’une grande guerre régionale. «Perdre la boussole serait une véritable catastrophe.»
Malgré le fait d’avoir vécu et couvert de nombreuses guerres, Diana Moukalled ne peut pas parler d’un évènement particulier qui l’a marquée. «C’est une question de cumul. Ce que nous vivons actuellement est la période la plus difficile. C’est comme si nous étions anesthésié. Plus rien ne nous affecte. Trop de violence a poussé les gens au désespoir, à se sentir totalement impuissants face à tout ce qui arrive. Le lancement de mon site Daraj.com s’inscrit dans une tentative pour ne pas se laisser abattre et renoncer. Je crois en ce pays. J’envie les gens qui vivent dans leur bulle et se tiennent à l’écart de chaque situation. Le Liban est influencé par ce qui a lieu dans la région. Je suis sensible à ce qui se passe dans le monde. Nous sommes au cœur de plusieurs histoires et ma responsabilité est de ne pas perdre mon équilibre mental face aux évènements qui se succèdent autour de nous et de continuer à réfléchir de manière saine et correcte.»  

Femme révoltée
Depuis sa naissance en Arabie saoudite, Diana Moukalled a toujours vécu dans une ambiance traditionnelle. «J’ai grandi en étant révoltée contre la situation de la femme en Orient. C’est la raison pour laquelle j’ai réalisé de nombreux documentaires sur la condition de la femme dans notre région. Partir à Kaboul était une décision bien réfléchie car je savais à quel point la femme y est maltraitée. Il y a déjà de la discrimination à votre égard en tant que femme du fait même de se trouver dans un pays arabe musulman.» La journaliste raconte la légèreté avec laquelle elle fut traitée en Irak. «J’ai forcé les gens à me prendre au sérieux par mon attitude. J’ai établi une distance tout en restant gentille. Je voulais convaincre que j’étais sérieuse et que je venais pour faire mon travail.» Elle a tenu absolument à se rendre en Jordanie, «car je savais que le nombre de crimes d’honneur qui y étaient commis était le plus élevé dans la région.» Souvent, on lui interdit l’accès à certains pays. «J’ai réussi à entrer en Afghanistan alors que l’accès est refusé à de nombreuses personnes.»
Dans la couverture des guerres, Diana Moukalled préfère rester en retrait, à l’arrière des troupes et ne se trouve pas directement sur la ligne de front. «Je ne veux pas que l’armée que j’accompagne sur le front influe sur mon point de vue. C’est une manière de conserver ma liberté de penser.»
Diana Moukalled s’estime libre. «Dans la vie, il n’y a pas que le blanc et le noir. Je suis contre le Hezbollah mais je ne suis pas contre les chiites. Je suis contre le CPL mais je ne suis pas contre les chrétiens. Je suis contre les agissements de l’armée à Ersal, contre le fait que des personnes meurent sous la torture, mais je suis avec l’idée qu’il n’y ait pas de forces armées autres que l’armée libanaise. Je me considère comme un citoyen qui ne se résume pas à une religion. Je suis Libanaise (chiite, ndlr), mais je refuse d’être limitée à une confession.»


En chiffres
25
Ses années de carrière dans le journalisme

40
Le nombre de documentaires qu’elle a réalisés.

35
Le nombre de pays visités en sa qualité de journaliste

7
Les guerres qu’elle a couvert, dont 3 au Liban, ainsi qu’au Yémen, en Irak, en Afghanistan et en Algérie. 

Joëlle Seif

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Éditorial
Diplomatie à la hussarde

Gebran Bassil a parfaitement raison de mettre en garde dans les termes les plus directs des dangers qui se cachent derrière l’«accord du siècle» proposé par Donald Trump pour en finir une fois pour toute avec le conflit israélo-arabe. Proposer n’est d’ailleurs pas le verbe adéquat. Le président américain veut imposer sa vision aux Palestiniens en usant de pressions, d’intimidations, de sanctions économiques et autres mesures coercitives, avec l’accord ou le silence complice de pays arabes.La décision de Washington de ne plus participer au financement de l’UNRWA est un nouveau jalon posé sur la voie de ce plan. Le transfert, en mai dernier, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en était un autre. Ces mesures viennent compléter la loi sur l’Etat-Nation juif, votée par la Knesset le 19 juillet, qui enlève la dernière feuille de vigne de la «seule démocratie du Proche-Orient», où les Arabes, chrétiens et musulmans, ne pourront plus prétendre aux mêmes droits que les juifs.Pour faire avaler ce cocktail nauséabond aux Palestiniens, Trump use d’une diplomatie à la hussarde. Il a déjà suspendu une grande partie de l’aide financière octroyée à l’Autorité palestinienne. La fin du financement de l’UNRWA était prévisible, car le plan américain enterre le droit au retour des 5 millions de réfugiés palestiniens des territoires de 1948 et de leur descendance, installés au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza.Le ministre des Affaires étrangères s’interroge, dans un tweet émis dimanche 2 septembre, sur «ce que cache l’accord du siècle». «Transfert (de population), exode, implantation etc…?». Ses craintes sont confirmées par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a révélé, le jour même, que le plan américain consistait en une Confédération jordano-palestinienne. Cette nouvelle entité serait donc appelée à accueillir les Arabes toujours installés en Israël, afin que le caractère juif de l’Etat puisse être consacré.L’énormité de ce que propose Donald Trump n’a d’équivalent que le silence complice des dirigeants arabes. Le plan américain est purement et simplement un remodelage géographique et démographique du Proche-Orient, avec ce que cela implique comme nouvelles complications.Le Liban ne saurait être à l’abri de ce séisme annoncé. Et une fois de plus, une partie de la classe politique montre qu’elle n’est pas à la hauteur des défis qui se profilent à l’horizon. Sinon, comment expliquer l’absence de réaction face à ce qui est en train de se mettre en place? Au lieu de décréter l’état d’urgence politique pour examiner les moyens de mettre le pays à l’abri de ce qui se prépare, ils traînent les pieds dans l’affaire du retour des déplacés syriens, un autre dossier encore plus dangereux que celui des réfugiés palestiniens. En prenant leur temps dans la formation du gouvernement, ils rendent le Liban encore plus vulnérable.Face à ces comportements douteux, nous sommes en droit de nous demander si une partie de la classe politique ne voit pas dans le plan de Trump et ses implications l’occasion rêvée de modifier les rapports de force internes.


 Paul Khalifeh
   

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