Pressions sur le marché monétaire. La BDL fourbit ses armes
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Nº 3093 du vendredi 7 septembre 2018

Pressions sur le marché monétaire. La BDL fourbit ses armes

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    La Banque centrale a émis récemment une batterie de décisions et de circulaires afin de verrouiller le marché financier et le rendre résilient aux chocs extérieurs. Sur la base d’une entière...
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La Banque centrale a émis récemment une batterie de décisions et de circulaires afin de verrouiller le marché financier et le rendre résilient aux chocs extérieurs.


Sur la base d’une entière autonomie vis-à-vis du pouvoir politique, consacrée par le Code de la monnaie et du crédit, le régulateur du marché monétaire a décidé d’agir, temporairement, pour la consolidation de la stabilité de la livre libanaise. La banque du Liban (BDL) a conçu des instruments financiers que la loi lui accorde tels l’encadrement des crédits et la fixation des taux d’intérêt directeurs. Ses démarches n’ont pas réussi à calmer les craintes des Libanais, qui appréhendent, malgré une politique d’ancrage de la livre au dollar américain, une réédition forcée du chaos du marché de change de 1993. De leurs côtés, les banquiers interrogés par Magazine considèrent que la BDL remplit ses obligations de régulateur, s’abstenant de plus de commentaires.
Ferid Belhaj, vice-président de la Banque mondiale pour la région Mena, a considéré que la situation économique du Liban n’est pas inquiétante, concédant cependant qu’elle était fragile. Cette fragilité peut rapidement dégénérer si la classe dirigeante continue à appliquer la politique de l’autruche. CEDRE a bien mis en relief la nécessité de la préservation de la stabilité monétaire, en attendant que soient mis en place «graduellement» une réforme financière et un plan d’investissement à long terme pour la réhabilitation et la modernisation des infrastructures du pays. Plus le temps passe, plus le coût de cette stabilité monétaire traduite par un ancrage de la livre au dollar américain s’accroît. Les indicateurs économiques sont aléatoires. La croissance économique a été d’environ 1% au cours des sept dernières années, représentant une part de 0% de celle de la dette publique, alors que la moyenne de la croissance démographique a été de 0,5% en rythme annualisé. Ajoutons à cela un élément grave, celui des pressions des déficits budgétaires et de la balance des paiements qui se creusent parallèlement. De toute façon, il est devenu clair que le jour où le Liban sera en position de cessation de paiement du service de sa dette, les experts de la communauté internationale ne seront plus en mesure de parler de «miracle de l’économie libanaise». Aussi faut-il rappeler que la politique monétaire non-conventionnelle suivie par la BDL à ce jour, qui a enregistré des performances, a, au bout du compte, des limites.

Financement de l’Etat
La BDL, qui est la banque de l’Etat conformément à l’article 84 du Code de la monnaie et du crédit (CMC), considère comme une priorité de son activité le financement de l’Etat. Elle souscrit souvent aux bons du Trésor en livres libanaises et en devises étrangères sur le marché primaire, parfois à des taux d’intérêt inférieurs à ceux du marché, et assure tous les paiements du gouvernement en devises. Rebelote en mai dernier. Une ingénierie financière a été réalisée conjointement par le ministère des Finances et la BDL. L’opération de swap réalisée a consisté à ce que la banque centrale souscrive à l’ensemble des eurobonds en dollars émis par le ministère des Finances pour le montant de 5,5 milliards $. En contrepartie, le ministère des Finances a récupéré les bons du Trésor en livres pour le même montant détenu par la BDL dans son portefeuille. Cette ingénierie a stipulé que le ministère des Finances paie 1% de taux d’intérêt alors que la BDL se charge du paiement de la différence qui s’élevait à 1,4 milliard $. Dans la pratique, cette opération avait pour objectifs, d’une part, d’alimenter les réserves en devises étrangères de la BDL afin qu’elle poursuive sa politique de soutien à la monnaie nationale et, d’autre part, d’assurer une économie sur le service de la dette publique, de sorte que le déficit semble nominal, inférieur à la réalité, et assurer le paiement des obligations de l’Etat venues à termes en 2018. En plus, ce swap a permis l’augmentation de la part de l’endettement du gouvernement en devises qui est passé de 38% à 44%.

Stabilité des dépôts
Cette ingénierie financière n’a pas que des avantages. La prochaine émission d’obligations souveraines serait nécessairement plus coûteuse en comparaison avec la précédente. A priori, la BDL a emprunté des fonds en livres à 1% à l’Etat, ce qui signifierait que le taux d’intérêt de la prochaine émission de bons du Trésor dépasserait impérativement le taux d’intérêt de référence à Beyrouth. D’ailleurs, pour contrôler l’inflation et continuer à attirer les flux de fonds de la diaspora, la BDL a révisé à la hausse son taux directeur sur la monnaie nationale. A ce niveau, les taux d’intérêt appliqués par les banques commerciales sur les dépôts de leur clientèle en livre font l’objet de rumeurs de tous genres. Pour s’assurer du taux exact, il faut faire un tour des établissements de crédit opérant au Liban. N’empêche que les taux d’intérêt sur les dépôts bancaires en livres à terme sur cinq ans ont dépassé sensiblement 11%. Les rendements d’autres produits en livre offerts par certaines banques ont atteint 15%.
Ajoutons à cela l’augmentation des taux d’intérêt sur les dépôts bancaires en dollar américain due à la tendance haussière des taux de la FED entamée en 2015 et suivie par le Liban comme par les autres marchés émergents. Ainsi la BDL a été contrainte d’ajuster ses taux directeurs sur les capitaux en devises étrangères en fonction de cette augmentation pour ne pas perdre sa place en tant que marché financier préférentiel. Cet ajustement aura ses retombées sur les rendements de la prochaine émission d’eurobonds, d’autant que ceux-ci prennent en compte, les fluctuations des taux d’intérêt sur les marchés internationaux, les expectatives des investisseurs, et la notation du risque pays à long terme.

Encadrement du crédit
Pour mettre toutes les chances de son côté dans sa tentative de contrôler autant que possible la masse monétaire en circulation en livre, la BDL a émis les circulaires 503 et 504 (la dernière a été discutée au cours de la réunion du Conseil central de la BDL du 8/8/2018), qui encadrent les prêts. Ainsi l’autorité monétaire a fixé un plafond aux avances bancaires en livres destinées au secteur privé soit 25% du total des dépôts en monnaie nationale de chaque établissement de crédit. Elle a également autorisé les banques commerciales à rééchelonner les prêts subventionnés en livres si leurs bénéficiaires acceptaient de convertir le montant du prêt en dollars américains. Ce qui est certain c’est que le grand perdant dans le cadre de cette nouvelle équation est le client, qui souffre déjà d’un taux d’inflation de 7,1%. Un taux élevé pour le Liban mais pas nécessairement pour d’autres pays telle la Turquie, dont l’inflation a dépassé 25%.

Réserves de la BDL
Au cours des années, la Banque du Liban a réussi à engranger des réserves en devises étrangères qui ont passé de 300 millions $ à la fin des années 90 pour atteindre aujourd’hui non moins de 54,27 milliards $ à la mi-mai 2018. Ses réserves représentent 66,45% du total de la dette publique et couvrent 205 mois du service de la dette. 

Taux d’intérêt moyen de référence
Le taux d’intérêt moyen de référence sur le marché de Beyrouth a atteint son plus haut niveau en août 2018, enregistrant 5,7% sur le dollar américain et 7,01% sur la livre. Ces moyennes représentent l’un des indicateurs qui reflètent la tendance des rendements sur les dépôts bancaires sur le marché domestique ainsi que ceux sur les prêts bancaires dans l’avenir, constituant un élément d’anxiété dans la foulée de la crise économique que traverse le pays. Une montée des taux signifie des crédits à la consommation et immobiliers plus chers, ce qui est impopulaire auprès des consommateurs.

 

Liliane Mokbel

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Éditorial
Diplomatie à la hussarde

Gebran Bassil a parfaitement raison de mettre en garde dans les termes les plus directs des dangers qui se cachent derrière l’«accord du siècle» proposé par Donald Trump pour en finir une fois pour toute avec le conflit israélo-arabe. Proposer n’est d’ailleurs pas le verbe adéquat. Le président américain veut imposer sa vision aux Palestiniens en usant de pressions, d’intimidations, de sanctions économiques et autres mesures coercitives, avec l’accord ou le silence complice de pays arabes.La décision de Washington de ne plus participer au financement de l’UNRWA est un nouveau jalon posé sur la voie de ce plan. Le transfert, en mai dernier, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en était un autre. Ces mesures viennent compléter la loi sur l’Etat-Nation juif, votée par la Knesset le 19 juillet, qui enlève la dernière feuille de vigne de la «seule démocratie du Proche-Orient», où les Arabes, chrétiens et musulmans, ne pourront plus prétendre aux mêmes droits que les juifs.Pour faire avaler ce cocktail nauséabond aux Palestiniens, Trump use d’une diplomatie à la hussarde. Il a déjà suspendu une grande partie de l’aide financière octroyée à l’Autorité palestinienne. La fin du financement de l’UNRWA était prévisible, car le plan américain enterre le droit au retour des 5 millions de réfugiés palestiniens des territoires de 1948 et de leur descendance, installés au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza.Le ministre des Affaires étrangères s’interroge, dans un tweet émis dimanche 2 septembre, sur «ce que cache l’accord du siècle». «Transfert (de population), exode, implantation etc…?». Ses craintes sont confirmées par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a révélé, le jour même, que le plan américain consistait en une Confédération jordano-palestinienne. Cette nouvelle entité serait donc appelée à accueillir les Arabes toujours installés en Israël, afin que le caractère juif de l’Etat puisse être consacré.L’énormité de ce que propose Donald Trump n’a d’équivalent que le silence complice des dirigeants arabes. Le plan américain est purement et simplement un remodelage géographique et démographique du Proche-Orient, avec ce que cela implique comme nouvelles complications.Le Liban ne saurait être à l’abri de ce séisme annoncé. Et une fois de plus, une partie de la classe politique montre qu’elle n’est pas à la hauteur des défis qui se profilent à l’horizon. Sinon, comment expliquer l’absence de réaction face à ce qui est en train de se mettre en place? Au lieu de décréter l’état d’urgence politique pour examiner les moyens de mettre le pays à l’abri de ce qui se prépare, ils traînent les pieds dans l’affaire du retour des déplacés syriens, un autre dossier encore plus dangereux que celui des réfugiés palestiniens. En prenant leur temps dans la formation du gouvernement, ils rendent le Liban encore plus vulnérable.Face à ces comportements douteux, nous sommes en droit de nous demander si une partie de la classe politique ne voit pas dans le plan de Trump et ses implications l’occasion rêvée de modifier les rapports de force internes.


 Paul Khalifeh
   

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