Ogero, le gardien des portes du cyberespace libanais
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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

Ogero, le gardien des portes du cyberespace libanais

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    Ogero, le gardien des portes du cyberespace libanais
    Ogero n’était pas une administration appréciée par de nombreux Libanais. Le Premier ministre Saad Hariri a fait appel, il y a vingt mois, à Imad Kreidieh, débauché d’une société américaine...
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Ogero n’était pas une administration appréciée par de nombreux Libanais. Le Premier ministre Saad Hariri a fait appel, il y a vingt mois, à Imad Kreidieh, débauché d’une société américaine basée à la Silicon Valley, pour chapeauter cette entité et lui donner un nouvel élan. Mission presque accomplie.
 

 

Imad Kreidieh est décidé à rétablir la confiance du citoyen libanais dans Ogero, bras d’exécution du ministère des Télécoms en charge de la maintenance des infrastructures télécoms au Liban. Réaliste et raisonnable, il affirme à Magazine s’être donné un délai expirant le 4 janvier 2020, date de la fin de son mandat, pour achever les 29 projets du chantier mis déjà sur les rails pour la remise sur pied d’Ogero, après avoir effectué une évaluation des actifs de cette entité. Certes, cet homme qui vient du secteur privé, a été quelque peu déçu au cours de ses vingt mois à la tête d’Ogero, par l’irrespect des fonctionnaires concernant leurs devoirs envers les citoyens. Il fait référence aux termes utilisés aux Etats-Unis pour désigner le fonctionnaire à savoir «Public servant». Celui-ci résume en deux mots sa mission, celle d’une personne dédiée au service du public citoyen. Ce qui l’a amené à suivre une méthodologie de gestion basée sur la motivation des employés et le suivi en continu. Imad Kreidieh est persuadé que l’application dans les administrations du concept de la sanction positive et de la récompense peut constituer un stimulant de taille pour les fonctionnaires. Il souhaite qu’un jour Ogero puisse fonctionner selon le modèle d’une entreprise privée, en créant une autorité de régulation du secteur qui aura à gérer tant l’aspect financier que celui du service au client. Une autorité de régulation qui existe déjà dans des pays en voie de développement, où il a déjà travaillé, tels le Soudan et le Pakistan, et où les entreprises privées s’efforcent d’être en conformité avec les requis — délais, normes internationales etc. — posés par les autorités de régulation respectives.

LibanTélécom
Dans cet esprit, il réclame l’adoption des décrets d’application de la loi 431. Celle-ci prévoit, entre autres, la création de LibanTélécom, qui remplacera Ogero, et dont une partie du capital sera ouverte au public et à un partenaire stratégique permettant un fonctionnement de la nouvelle entité sur le modèle des agents du secteur privé. Cette phase, gelée depuis la promulgation de la loi, en 2001, pourrait-elle un jour être mise en application? Imad Kreidieh se dit persuadé que l’exécution des idées stratégiques d’intérêt national ne doit jamais être limités dans le temps et dépendre de personnes spécifiques, se référant à des paroles prononcées par le général De Gaulle en 1957 sur la création de l’Union européenne.      

La cybersécurité
Ogero est l’épine dorsale de l’Internet au Liban. Il est normal qu’elle soit une cible pour les hackers. D’ailleurs, les systèmes de détection identifient tous les jours cinq à six tentatives d’intrusion des installations. Or, depuis la création de l’espace virtuel mondial, devenu un moyen de communication et de connexion, le risque d’intrusion et d’espionnage est bien réel et la menace est permanente. Imad Kreidieh est conscient de cette situation et rappelle que les hackers ont pu pénétrer les données de la NASA, les serveurs de la National Security Agency (NSA), lire les courriels de Hillary Clinton et espionner dernièrement 50 millions de comptes Facebook. «Par définition, le monde virtuel connecté en temps réel 24h/24 est la cible de tentatives d’intrusion parfois par des challengers, d’autres fois par des amateurs en quête de plus d’infos ou par des auteurs de cyber rançonnage», explique le directeur général d’Ogero, avant d’ajouter: «Les problèmes de vulnérabilité du cyberespace sont universels et Ogero joue le rôle de gardien des portes du cyberespace libanais contre les intrusions en provenance de l’extérieur vers l’intérieur.» Les moyens de cybersécurité sont évolutifs et Ogero fait de son mieux pour accomplir la tâche qui lui incombe.

Comité de stratégie nationale
Néanmoins, l’enjeu de la sécurité du cyberespace est bien plus complexe. La responsabilité d’Ogero dans ce domaine est lourde puisqu’elle est d’ordre national. Le patron du bras d’exécution du ministère des Télécoms refuse de faire assumer à cette entité seule, l’entière responsabilité d’une telle tâche vu la multitude d’intérêts parfois contradictoires des joueurs sur cet espace cybernétique. Ainsi Imad Kreidieh recommande une stratégie nationale de cybersécurité qui serait endossée par un comité représentant tous les secteurs vitaux concernés par cette menace cybernétique: les forces armées (armée, FSI, Sûreté générale, services de renseignement…), les acteurs du monde économique et financier (l’Association des banques au Liban, la Banque du Liban…) et les administrations publiques.
Pour le patron d’Ogero, la cybersécurité revêt une telle importance stratégique que le prochain conflit mondial serait une guerre menée via des cyberattaques, donnant l’exemple des Etats-Unis qui ont créé une armée de cyberattaques et une autre de cybersécurité. Imad Kreidieh considère qu’il est temps de porter l’affaire de la cyberdéfense au sein du débat public. Ogero a eu recours aux services d’une compagnie américaine pour identifier les failles dans son cyberespace et a colmaté les brèches et sa vulnérabilité. Pour l’instant, les accès aux données d’Ogero sont cryptés et ne sont connus que d’une poignée de fonctionnaires en plus de l’utilisation de sniffers, qui représentent des logiciels permettant d’identifier ceux qui ont eu accès aux données, l’heure de l’accès et les données qu’ils ont traitées. De nouvelles couches de sécurité sont ajoutées en continu. Mais toutes ces démarches restent insuffisantes. La création d’un comité stratégique national de défense cybernétique est un must. Une affaire à suivre...


Expérience riche et variée
Imad Kreidieh, la cinquantaine, a fait son baptême du feu dans le monde des télécoms en 2001, lorsqu’il est désigné directeur-adjoint des opérations pour le lancement par Investcom — appartenant au groupe Mikati — de la première opération GSM en Syrie. Muté à Khartoum, au Soudan, il devient directeur général pour l’implantation de la première opération GSM dans le pays, alors qu’Investcom est racheté par la compagnie MTN (Mobile Telecoms Network Group). Plus tard, le numéro 1 d’Ogero met le cap sur le Pakistan pour rejoindre la société Warid, avant de s’installer aux Emirats arabes unis, où il travaille durant près de six ans pour le compte d’une société dont le corps de métier est le contenu digital. Là-bas, il est remarqué par une société américaine opérant à Dubaï et basée dans la Silicon Valley, spécialisée dans les compteurs intelligents pour l’électricité. Imad Kreidieh est détenteur d’un diplôme d’économie monétaire de la North Eastern University of Boston. Il a entamé sa vie professionnelle dans un business familial en Arabie saoudite avant d’intégrer le secteur bancaire libanais puis de prendre sa vitesse de croisière dans les télécoms.

Liliane Mokbel

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

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