Adnan Kassar. Avec la Chine, une relation de gagnant-gagnant
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Adnan Kassar. Avec la Chine, une relation de gagnant-gagnant

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    Adnan Kassar. Avec la Chine, une relation de gagnant-gagnant
    Grand défenseur des relations entre le Liban et la Chine, Adnan Kassar, président du groupe Fransabank, estime que le pays du cèdre, avec son emplacement géographique stratégique, pourrait jouer un...
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Grand défenseur des relations entre le Liban et la Chine, Adnan Kassar, président du groupe Fransabank, estime que le pays du cèdre, avec son emplacement géographique stratégique, pourrait jouer un rôle important dans ce gigantesque plan de développement qu’est la nouvelle route de la soie.

Vous avez joué un rôle de premier plan dans la signature du premier accord commercial entre le Liban et la Chine, en 1955, et vous avez plaidé pour le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, en 1971. Après tout ce temps, est-vous satisfait du niveau des relations aujourd’hui?
Dans les années 1950, mon frère et moi avons commencé à travailler avec la Chine et nous étions les premiers hommes d’affaires arabes à traiter avec la République populaire de Chine. Depuis, nous avons assisté à un développement rapide des relations entre nos deux pays. En effet, dans les moments les plus difficiles pour la Chine, en 1955, nous avons été les instigateurs de la signature par le Liban du premier contrat commercial et œuvré pour que le Liban établisse des relations diplomatiques avec la Chine, ce qui s’est matérialisé en 1971. Nous sommes par conséquent très fiers du rôle que nous avons joué pour faciliter ces progrès. Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial du Liban avec une importante progression annuelle du volume de transactions. Avec l’initiative One Belt One Road, mise en place par le président chinois Xi Jinping, le Liban peut jouer un rôle central de plateforme pour les partenariats entre les entreprises de la région et celles de ce pays. Je suis très heureux de l’évolution des relations sino-libanaises et je crois qu’aujourd’hui le Liban peut transformer ce partenariat stratégique en une situation de gagnant-gagnant (win-win situation), un concept issue de la philosophie chinoise et que nous avons appris quand nous avons débuté nos affaires. Je crois que le Liban a une expérience très riche en ce qui concerne les rapports avec la Chine et je continuerais de promouvoir cette relation.  

Visionnaire, vous vous êtes très tôt intéressé à la Chine. Fransabank était aussi le seul représentant libanais à l’Exposition internationale d’importation de la Chine, qui s’est déroulée en novembre dernier. Comptez-vous ouvrir prochainement une succursale en Chine?
Fransabank était, en effet, la seule banque libanaise à participer à la première exposition China International Import Expo (CIIE) à Shanghai en novembre 2018. Cette participation avait pour but essentiellement d’assurer une présence du Liban à cette exposition faisant partie de la One Belt One Road Initiative que Xi Jinping a annoncé en 2013. La CIIE a permis de mettre en exergue l’importance de la libéralisation des échanges et de la globalisation économique. Elle a montré que la Chine est activement en train d’ouvrir son marché vers l’extérieur, jouant un rôle de facilitateur des échanges entre pays et régions du monde entier, renforçant les coopérations économiques et commerciales, et promouvant par la même occasion les échanges commerciaux mondiaux ainsi que la croissance économique mondiale. Fransabank a participé à l’exposition et a accueilli dans ses stands, sous les auspices du ministère de l’Economie et du Commerce et du ministère de l’Industrie, des producteurs libanais, notamment les vins de Château Ksara et l’huile d’olive Genco, des produits phares du Liban, ainsi que des brochures du ministère du Tourisme pour promouvoir le tourisme libanais sur ce marché. En juillet 2018 déjà, Fransabank a été l’unique banque libanaise invité par China Development Bank, la plus grande banque de développement dans le monde, à devenir membre fondateur de l’Association interbancaire sino-arabe, afin de promouvoir les relations bancaires entre la Chine et les pays arabes. Fransabank a des liens stratégiques avec plus de 30 institutions financières et banques chinoises et, à l’heure actuelle, nous n’avons pas besoin d’ouvrir une succursale en Chine pour pouvoir entrer sur le marché chinois. Néanmoins, nous n’excluons pas cette perspective dans un avenir proche, si nous trouvons le partenaire adéquat.

Vous avez fixé comme objectif principal de présenter le Liban à la Chine, afin de promouvoir les investissements chinois au pays du cèdre. Les résultats obtenus dans ce domaine sont-ils à la hauteur de ses attentes?
Au cours des dernières années, nous avons constaté une augmentation des investissements chinois à l’étranger, en particulier dans les pays faisant partie de l’initiative One Belt One Road et qui ont donc bénéficié de la croissance de l’économie chinoise. Le Liban, avec son emplacement géographique stratégique, pourrait jouer un rôle important dans ce grand plan de développement. Au cours des dernières années, les investisseurs chinois ont manifesté beaucoup d’intérêt pour notre pays. Comme nous le savons tous, les investisseurs étrangers ont besoin de stabilité et de sécurité. Le Liban est le pays le plus sûr de la région, cependant, les investisseurs ne peuvent pas accorder suffisamment de confiance au pays en raison du manque de formation du gouvernement. De par notre rôle dans le secteur privé, nous faisons le nécessaire pour promouvoir le Liban auprès des investisseurs chinois et j’espère que le Liban ne ratera pas encore une occasion de relancer son économie et que donc nous aurons très rapidement un gouvernement en place.

Le Liban peut être une plateforme clé dans la nouvelle Route de la soie. Cette initiative, appelée aussi «la Ceinture et la Route», couvre d’immenses marchés. Concrètement, en quoi le Liban peut-il bénéficier de ce grand projet?
L’initiative One Belt One Road, qui bénéficie du soutien du président chinois, est très importante pour l’économie libanaise. Elle renforcera les liens entre la Chine et le Liban et débouchera certainement sur une situation gagnant-gagnant, non seulement pour le Liban, mais également pour tous les pays figurant sur la feuille de route du projet. Cette initiative renforcera la coopération commerciale avec la Chine et facilitera les échanges commerciaux entre les deux pays. Sur le plan des infrastructures, le Liban bénéficiera également des projets que la Chine est disposée à entreprendre et à développer au Liban, en particulier à Tripoli, qui pourrait constituer une plateforme logistique essentielle pour les entreprises chinoises au Liban qui ciblent les pays du Moyen-Orient et même du Golfe.
Le Liban peut également jouer un rôle très important dans l’ouverture de la Chine sur l’Afrique, du fait de sa situation géographique et surtout de l’importante diaspora libanaise très active sur le continent africain.

Le Liban est-il prêt pour adhérer à la nouvelle Route de la soie? A-t-il rempli sa part du contrat?
Je crois que le Liban fait un excellent travail en répondant à toutes les exigences pour adhérer à l’initiative. En 2017, le ministère libanais de l’Économie et du Commerce a signé un protocole d’accord avec le gouvernement chinois afin de promouvoir conjointement l’initiative, ce qui a marqué notre soutien officiel à cette stratégie. Le Liban, avec son emplacement stratégique sur la carte routière et maritime, peut avoir un rôle central pour les entreprises chinoises. Dans le cadre de nos efforts pour promouvoir le Liban en Chine, son rôle potentiel est en cours d’évaluation du secteur public et privé chinois. Cependant, nous aurons besoin d’un gouvernement en place pour assurer la stabilité de cette coopération.

Où en est le projet de la Foire internationale de produits chinois, à Tripoli?
En 2002, ChinaMex, un groupe chinois qui a construit avec succès le DragonMart à Dubaï, a jeté son dévolu sur le Liban et souhaitait construire le deuxième DragonMart à Tripoli pour couvrir les marchés des pays voisins. En tant que vieil ami de la Chine, le gouvernement chinois m’a présenté personnellement au président de ce groupe, auquel j’ai offert mon soutien et mon assistance. Cependant, en raison des troubles politiques et économiques au Liban et dans la région, à savoir l›agression israélienne de 2006 et l’éclatement de la guerre civile en Syrie en 2011, le projet a été suspendu. En l’absence
de formation d’un gouvernement, aujourd’hui, nous pouvons difficilement convaincre les investisseurs chinois de redémarrer le projet. Depuis, ChinaMex a lancé avec succès son deuxième DragonMart à Bahreïn. Nous maintenons toujours en contact étroit avec ChinaMex, dans l’espoir qu’une fois que le nouveau gouvernement sera formé et que la stabilité sera rétablie, nous pourrons relancer le projet au Liban.

En 2015, le groupe Fransabank a lancé la première carte de paiement China UnionPay au Liban. Quelle évaluation faites-vous de ce service?
La raison initiale pour laquelle Fransabank a lancé la carte China-Union Pay, la plus répandue sur le marché chinois, était de servir nos clients en visite en Chine ou commerçant avec la Chine. La carte CUP représente un moyen simple de transaction pour les entreprises chinoises et les voyageurs en provenance et à destination de la Chine. Nous avons reçu beaucoup de commentaires positifs sur ce produit. La carte CUP est acceptée dans plus de 170 pays à travers le monde et constitue un moyen de paiement fiable et sûr pour les transactions de nos clients en Chine continentale et à l’extérieur. Et maintenant que la Chine est plus ouverte aux services de cartes étrangères, les cartes Mastercard et Visa de Fransabank sont également largement utilisées par nos clients voyageant en Chine.

Le China desk, créé par Fransabank en 2011, a pour but de servir sa clientèle qui voyage et travaille avec la Chine, et pour soutenir les entreprises chinoises opérant sur les marchés où le groupe Fransabank est présent. Cette expérience est-elle concluante?
China Desk a été créé en 2011 et a pour objectif de faire de Fransabank le partenaire privilégié des banques, entreprises et entités chinoises sur nos marchés, ainsi que des entreprises locales et étrangères opérant en Chine.En 2017, l’équipe a poursuivi ses activités, passant de la coopération bancaire à la promotion du Liban, dans le but de récupérer son rôle clé dans l’initiative One Belt One Road. L’équipe fournit des conseils aux entreprises chinoises et aux personnes traitant ou souhaitant traiter avec le Liban. Nous aidons les entreprises chinoises à trouver des partenaires stratégiques avec lesquels investir au Liban et dans les pays où Fransabank est implanté. A travers China Desk, des services bancaires variés tels que les opérations de change, les prêts, le financement, les paiements et les garanties sont proposés auprès d’un réseau tissé savamment au fil des années.

Jenny Saleh

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

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