Les prêts verts. La finance durable
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Les prêts verts. La finance durable

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    Les crédits «verts» se font de plus en plus de place dans la gamme des outils de financement proposés par les banques libanaises. Une année qui s’ouvre sur une stagflation....
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Les crédits «verts» se font de plus en plus de place dans la gamme des outils de financement proposés par les banques libanaises.

Une année qui s’ouvre sur une stagflation. Les ménages s’organisent et structurent leur budget. Il faut pallier les dépenses les plus utiles et les plus pressantes. Les économies des familles et celles des entreprises commencent par une réduction de leur facture énergétique. D’où l’intérêt porté aux prêts bancaires verts. Ajoutons à cela le changement climatique qui touche la planète principalement à cause de la pollution et des émanations de CO2. Les prêts verts présentent une niche émergente pour les établissements de crédit et une planche de salut pour les entreprises citoyennes et les citoyens à la recherche «d’une économie durable». Dans certains cas, le coût des crédits aux entreprises est lié à la réalisation d’objectifs environnementaux et sociaux bien précis. Néanmoins, le marché des actifs verts est encore à la recherche d’une identité qui lui soit propre et il manque de standards. La définition de produits susceptibles d’être qualifiés d’actifs verts est flou tant les choix sont nombreux. En fait, il faut que le marché définisse les produits. La question principale est de savoir ce que l’on peut qualifier de «vert» et qui ne donnerait pas lieu à une polémique.

Financements internationaux
Depuis quelques années, les institutions financières internationales proposent une panoplie de prêts verts au Liban, aux banques ou par le biais de la Banque centrale. Ces différents financements comprennent des taux réduits largement inférieurs aux taux du marché et permettent de longues périodes de financement ainsi que d’importantes périodes de grâce. La différenciation se fait généralement dans les critères d’éligibilité ainsi que dans certains cas des services de support ou de conseil. Toutefois, cette catégorie d’avance nécessite davantage de temps pour sa popularisation.
A travers la Banque du Liban (BDL), d’autres mécanismes ont été lancés tels que LEPAP par la Banque mondiale, pour les projets qui permettent une réduction de la pollution, et LEEREFF  – Lebanese energy efficiency and renewable energy financing – conjointement par la Banque européenne d’investissement (BEI) et l’Agence française de développement (AFD). Il y a également la NEEREA – National energy efficiency and renewable energy action – pour les projets d’efficacité énergétique, d’énergie renouvelable ou également les bâtiments verts et la LEA (Lebanese Environmental Act) qui couvre les projets environnementaux.

Adnan Kassar précurseur

La finance durable n’est pas quelque chose de tout à fait nouveau au Liban. D’après Dania Kassar, responsable de la communication d’entreprise à Fransabank, le président du groupe Fransabank, Adnan Kassar, était parmi les pionniers à s’attaquer à la question du changement climatique. Présidant la Chambre de commerce internationale, il initia, en 1999, avec le secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, le «UN Global Compact». Depuis, Fransabank a intégré les aspects environnementaux dans son fonctionnement, en particulier dans sa procédure d’évaluation des crédits. «Ainsi, nous avons bâti une stratégie verte et étions les pionniers à adresser le marché sur ces aspects dans tous les secteurs d’activité», souligné Mme Kassar.
D’ailleurs, Fransabank a financé des projets pilotes dans chaque secteur économique et a sensibilisé leurs acteurs aux impacts de ce genre de projets, créant ainsi de nombreuses réussites – success stories–, stimulant le marché et dynamisant l’économie durable. Récemment, Fransabank a émis des titres verts (Green bonds) pour 60 millions $ souscrits par la Société financière internationale à hauteur de 45 millions $ et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) à hauteur de  15 millions $. La transaction a été notée par Moody’s GB1-Excellent. En 2014, Fransabank et la Lebanese leasing Company ont bénéficié de lignes de crédit pour financer des projets dits «verts».

Le plus grand fonds régional
Ibrahim Salibi, chef du Corporate & Commercial banking à Bank Audi-Liban, a indiqué que la banque, dans sa vision stratégique visant à encourager la transition énergétique par l’intermédiaire de fonds dédiés aux investissements verts, a constitué un fonds commun avec la BERD, d’un montant de 200 millions $. Une première en termes de volume dans le pays, voire la région. La possibilité de bonifier les taux d’intérêt appliqués sur ces prêts verts demeure existante, mais requiert évidemment la validation technique du Lebanese center for energy conservation (LCEC), qui rendrait ces produits plus accessibles en termes de coût. Il est d’ailleurs nécessaire de mentionner que la bonification d’intérêts est du ressort de la Banque centrale qui requiert, à son tour, la validation technique du LCEC.

Prime de conversion
Aujourd’hui, il semble que nous soyons dans un cycle de transition énergétique et l’idée du financement d’une prime de conversion peut-être sérieusement envisagée par les banques. Sachant à titre indicatif, que des voitures hybrides et électriques à 100% ont été expérimentées récemment sur le marché domestique. Bien que l’entrée de cette catégorie de véhicules ne représente qu’un pourcentage très faible du volume des automobiles au Liban, Dania Kassar a affirmé que Fransabank, qui a longuement réfléchi la transition énergétique et à ses conséquences, est prête, le moment venu, pour se positionner en tant qu’acteur principal pionnier dans ce domaine. Quant à Ibrahim Salibi, il a considéré que la mise en place d’une prime de conversion ne devrait pas être du ressort des banques commerciales, mais plutôt des instances gouvernementales responsables du plan énergétique du pays. «Néanmoins, l’implémentation de programmes de bonification des taux d’intérêt relatifs aux prêts environnementaux pas la BDL représente, à elle seule, un outil efficace pour le lancement de cette transition au niveau du secteur privé, quand il s’agit de taux équivalents à Libor 1A – 0,52% pour les projets éligibles», a-t-il souligné. Aussi, Ibrahim Salibi remarque que les véhicules électriques ne sont pas encore inclus dans les investissements/équipements validés par le LCEC. Ils ne bénéficient donc pas des taux bonifiés proposés par la BDL et ne peuvent être financés, jusqu’à nouvel ordre, par des prêts à caractère environnemental.

Bank Audi
Les types de projets éligibles à un tel financement peuvent être classifiés en trois principales catégories:
● Les projets relatifs à l’énergie renouvelable: systèmes photovoltaïques, turbines à vent, etc.
● Les projets relatifs à l’efficience énergétique: remplacement de machines industrielles à facteurs d’efficience énergétique élevé,
isolation thermique, traitement des eaux, mesures structurelles favorisant l’économie d’énergie, etc.
●  Les projets relatifs à la réduction de la pollution et la conservation environnementale: systèmes de filtrage, systèmes d’irrigation efficiente, agriculture organique, recyclage de matériaux, etc.


Fransabank
Il faut savoir que chaque mécanisme et chaque institution propose des critères d’éligibilité bien définis. Les projets éligibles se décomposent en 4 catégories:
● Les bâtiments verts/ avec ou sans certifications.
● Les projets d’efficacité énergétique avec preuve de l’efficacité fournie et calcul et contrôle des indicateurs tels que les émissions de CO2 et gaz à effet de serre et économie d’énergie.
● Les projets d’énergie renouvelable/ production d’électricité par des sources renouvelables: énergie hydraulique, énergie solaire, énergie éolienne, biomasse et géothermie.
● Les projets environnementaux y compris les projets permettant une économie d’eau.




 

Liliane Mokbel

 

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   
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