Najat Aoun Saliba. Pionnière de la recherche sur la pollution de l’air
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Najat Aoun Saliba. Pionnière de la recherche sur la pollution de l’air

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    Najat Aoun Saliba. Pionnière de la recherche sur la pollution de l’air
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La professeure Najat Aoun Saliba est la lauréate du prix international L’Oréal-Unesco pour l’Afrique et les Etats arabes Pour la Femme et la Science décerné à Paris le 14 mars au siège de l’Unesco.

Le Dr Najat Aoun Saliba est l’une des cinq femmes scientifiques, issues de différentes régions du monde, honorée par ce prix pour l’excellence de ses travaux. Professeur de chimie et directrice du Centre de conservation de la nature à l’Université américaine de Beyrouth, elle est aussi une pionnière dans ses recherches de pointe sur la pollution de l’air. «J’ai été la première à donner une moyenne annuelle du niveau des particules de pollution dans l’air», explique-t-elle. L’importance de cette moyenne annuelle réside dans le fait qu’elle représente un outil de comparaison entre les pays, selon les normes définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Pendant de nombreuses années, j’ai établi la mesure des particules. Je voulais non seulement enregistrer leur moyenne annuelle mais aussi déterminer la composition de ces particules en vue de déterminer leur toxicité et de savoir si elles contiennent des matières carcinogènes». Selon la chimiste, au Liban, la pollution de l’air est 3 fois plus élevée que les normes recommandées par l’OMS. «Le contenu des particules est 7 fois plus carcinogène que le contenu des particules à Los Angeles».

Pollution et cigarette
Les vieilles voitures et les générateurs d’électricité apparaissent comme étant les deux principales sources de cette pollution. Les travaux du Pr Saliba portent également sur la poussière. «On a constaté que la poussière qui vient du désert n’est pas aussi toxique que les particules qui sont générées par les voitures et les générateurs». 
Les études qu’elle a entreprises avec son équipe ont également porté sur le narguilé et les cigarettes électroniques. «Contrairement à ce que la plupart des gens pensent, les matières toxiques engendrées par le narguilé ne sont pas absorbées ou diluées par l’eau. Les matières carcinogènes du narguilé sont équivalentes à deux paquets de cigarette par session. Et la personne installée à proximité fume l’équivalent de deux cigarettes de matières toxiques carcinogènes. Ces résultats ont été adoptés par les organismes internationaux pour édicter les lois interdisant de fumer dans les endroits fermés». 
Les travaux du Pr Saliba et de son équipe se concentrent ces temps-ci sur les effets de la cigarette électronique. Une équipe multidisciplinaire, composée d’ingénieurs, de chimistes et de psychologues, travaille en étroite collaboration avec la Virginia Commonwealth University. «Nos études sont en train de montrer que contrairement à ce qui est véhiculé, que c’est uniquement de la nicotine et de la vapeur, la cigarette électronique contient en réalité des matières toxiques. Peut-être celles-ci ne sont-elles pas aussi nombreuses que celles qui se trouvent dans la cigarette traditionnelle, mais il existe des matières toxiques dans tous les différents modèles de cigarette électronique». 

Accessible à tous
Directrice du Nature Conservation Center de l’AUB, leader dans ce que l’on appelle le Citizen science, Najat Aoun Saliba travaille avec son équipe en vue de mettre la science à la portée et au service des citoyens. «Nous sommes en train de créer des instruments faciles à manipuler pour que les citoyens réussissent eux-mêmes à faire des analyses pour mesurer la pollution de l’eau et de l’air». Leurs recherches se concentrent sur trois questions majeures: les déchets, l’eau et l’air. «En parallèle, un autre groupe collecte une data sur tout ce qui est beau au Liban, comme les villages, etc.. Toutes ces informations seront réunies dans le cadre d’une application mobile qui s’appellera Daskara. Les citoyens ont ainsi les moyens et les données pour prendre eux-mêmes les décisions et émettre leur propre jugement». A travers ce centre, une grande action a été entreprise dans les villages au niveau du tri et recyclage des déchets. «Tout ce qui est fait est en open access, dans le sens que les études sont publiées sur le site et accessibles à toute personne intéressée. Les deux notions d’open access et le Citizen science sont la nouvelle tendance, un regard différent porté sur la science. Le monde aujourd’hui se dirige vers le partage et l’échange d’information et de technologie».

Un laboratoire de référence
Le Dr Najat Aoun Saliba estime que son prix est «une consécration car il met l’accent sur notre travail. Souvent, on pense que dans cette partie du monde, nous ne faisons pas une bonne science. C’est une satisfaction qui me fait dire oui nous sommes au Liban et oui nous pouvons faire de la science». 
A la suite des études faites sur le narguilé, son laboratoire est devenu une référence et  a été nommé par l’OMS l’un des «Testing centers for Tobacco smoke». «Pour la première fois dans l’histoire, Virginia Commonwealth University nous envoie à mon collaborateur, le Dr Alan Shihadeh, et moi, les tests à effectuer». 
Une partie du prix remporté, dont le montant est de 100 000 euros, sera reversé par Najat Aoun Saliba pour la création d’un laboratoire national de haut niveau pour avoir la capacité de faire n’importe quels tests. «Je suis soutenue dans cette initiative par mon doyen, le Dr Nadia Cheikh, le président de l’AUB, le Dr Fadlo Khouri ainsi que par le directeur général du Centre national de recherche scientifique Dr Mouin Hamze».

Joëlle Seif

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   
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