Yasmina Wakim. De l’architecture à la culture du safran
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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

Yasmina Wakim. De l’architecture à la culture du safran

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    Yasmina Wakim. De l’architecture à la culture du safran
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Elle dit ressembler à une pile électrique et possède un cerveau qui fourmille de dizaines d’idées par seconde. A 36 ans, Yasmina Wakim croque la vie à pleines dents. Architecte de formation et de profession, elle a déjà à son actif plus d’un projet entre la Suisse et le Liban.
 

Installée à Genève depuis 1987 avec sa famille, Yasmina Wakim a fui la guerre au Liban alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. Cela ne l’a pas empêché de parler l’arabe «malgré un fort accent» comme elle dit. Après des études en architecture à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, elle suit quelques formations en vidéo mapping afin de pouvoir projeter des images sur des bâtiments. «Superposer des images contemporaines sur un bâtiment du passé m’a toujours fascinée», confie Yasmina Wakim.  
Son esprit aventureux et son désir d’apprendre d’autres langues la poussent à vivre quelques mois en Uruguay, où elle travaille dans les constructions d’urgence pour les personnes défavorisées. «Je faisais partie d’une association appelée Un techo para mi pais (Un toit pour mon pays), où je faisais du bénévolat tous les weekends en construisant des cabanes dans les favelas. C’est là que j’ai compris pourquoi je voulais être architecte et j’ai saisi toute l’ampleur de la puissance de ce métier: celle d’offrir un toit à quelqu’un. Cette expérience m’a beaucoup marquée. J’ai été en contact avec tous ces gens qui vivent dans les rues».
A la suite de cette riche expérience, c’est à Paris que Yasmina Wakim travaille dans le prestigieux bureau d’architecture Moatti & Rivière pendant trois ans, avant de retourner à Genève en 2014, où elle ouvre en septembre de la même année son premier restaurant baptisé Street Gourmet. «Street Gourmet propose du «healthy street food». L’idée est de décliner la cuisine des rues du monde dans un seul lieu, en travaillant avec des agriculteurs locaux, des produits frais, sains et de saison. L’art, l’architecture et la musique y sont très présents. Nous avons ouvert notre deuxième enseigne en décembre. Le but est de manger rapidement mais de manière saine».
 
Coworking
Grâce à une collaboration avec des agriculteurs suisses, le menu varie selon les saisons. «Pourtant nos produits phares ne changent pas et restent disponibles tout au long des saisons. A côté des burgers et des pulled pork qui se déclinent, nous offrons aussi le street food libanais tels que les falafels, hommos ainsi que des quiches, des soupes, des salades, des sandwiches. C’est un hommage à toutes les gastronomies du monde. Nous avons rétabli le street food».
Bouillonnante d’énergie, Yasmina Wakim est également cofondatrice des Cafés Voisins, créés en 2015, après Street Gourmet. «Ce sont des cafés divisés en deux parties avec un espace coworking et un café qui propose des produits de saisons frais». L’idée du coworking est simple: on travaille mieux ensemble que seul. Ces espaces sont des lieux de travail collaboratifs où chacun est à la fois autonome et membre d’une communauté de travail. Il s’agit de louer un bureau dans un lieu où toutes les ressources sont mises à disposition et où l’aménagement et l’ambiance correspondent à son style de vie. Les interactions et le partage sont à la base de la créativité et de l’atmosphère stimulante des espaces de coworking. «C’est simplement une autre façon de travailler. La philosophie de ces endroits se résume à un mot: se sentir bien».

Aider le Liban
Son aventure avec le safran du Liban remonte à l’été 2010 mais le projet n’a vu le jour qu’en 2014. «Pendant des années, je me suis demandée quoi faire pour aider le Liban et apporter une valeur ajoutée au pays. Safran du Liban est mon projet coup de cœur, qui a un but social et coopératif.  L’idée est née un peu par hasard en regardant un reportage sur le safran. En faisant quelques recherches, j’ai découvert que les textes anciens parlaient du safran du Liban, mais cette culture a totalement disparue avec les civilisations». Au cours d’un voyage à Beyrouth, elle rencontre le chinois Sui-Kwong Yau, professeur à l’Université américaine de Beyrouth entre 1997 et 2012, qui cultivait le safran dans un but expérimental. «Le professeur Yau (qui a désormais déménagé au Canada) avait passé des années à étudier cette plante magique qui a des vertus incroyables sur la santé». Yasmina Wakim ramène un échantillon de safran à Genève et pousse la porte des grands chefs étoilés du guide Michelin pour en tester la qualité. «Les résultats étaient concluants et tous étaient unanimes quant à la qualité supérieure de ce produit». C’est ainsi qu’elle fonde Safran du Liban. «Nous avons une qualité incroyable. Je me charge de trouver des clients sur le marché suisse, la plupart du temps des chefs de restaurants étoilés».  
Yasmina Wakim importe des Pays-Bas les bulbes de safran, plantés en collaboration avec l’Université américaine de Beyrouth qui met à sa disposition ses terrains non exploités dans la Békaa. «D’années en années, les bulbes se reproduisent et la production de safran augmente. J’en assure la vente à des chefs étoilés et l’utilise dans la fabrication de certains produits proposés au menu de Street Gourmet tels que les madeleines miel, amande et safran». Pour l’entrepreneure, l’idée est d’introduire une nouvelle agriculture et de pouvoir travailler avec des coopératives sociales existantes pour aider les familles. A terme, l’idée sera de créer de nouvelles coopératives qui pourront à leur tour transmettre leur savoir-faire de génération en génération. «C’est construire un projet qui a un réel impact social, économique et de développement pour le pays et pour les Libanais», précise-t-elle.
Comment de l’architecture en est-elle arrivée à la culture du safran? «Pour moi, l’agriculture représente l’architecture à une autre échelle. Pour un projet d’architecture nous avons besoin d’une équipe, d’ingénieurs, de géologues, géomètres, etc.… Pour l’agriculture, ce sont presque les mêmes professionnels pour commencer. Pareil pour la cuisine. Pour moi, il s’agit d’architecture éphémère, dans un autre espace-temps. Composer une assiette, planter un terrain, ou construire un bâtiment ce sont des disciplines qui demandent de la rigueur, de la patience et de la persévérance».

Créer des ponts
Avec l’écrivain Zahi Haddad et la sophrologue Rouane Wakim, elle fonde en 2015 For the art, «une association à but caritatif qui ambitionne de créer des ponts culturels entre la Suisse et le Liban, pour faire découvrir ces deux cultures à la fois différentes mais qui se ressemblent beaucoup. Le but est surtout de reverser les bénéfices à des associations merveilleuses qui soignent des jeunes à travers des ateliers d’art-thérapie».
Yasmina Wakim ne peut pas s’arrêter et continue son chemin, en allant d’un projet vers l’autre. Elle exerce toujours en tant qu’architecte  indépendante et s’associe avec des confrères suivant la taille et le type de projet. «J’aimerais pouvoir lier tous ces projets, créer des ponts entre les disciplines, mais surtout pouvoir développer des projets d’architecture d’urgence. Construire un toit pour ceux qui n’en ont pas, c’est là la vraie force de mon métier. Et surtout, partager la chance que j’ai eu dans la vie, faire encore des milliers de projets, dont une famille». Sa devise? «When there is a will, there is a way». Et de la volonté, Yasmina Wakim en a à revendre…

Joëlle Seif

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un baptême
L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême…

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