Etat des lieux. L’industrie, un potentiel sous-exploité
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Nº 3106 du vendredi 4 octobre 2019

Etat des lieux. L’industrie, un potentiel sous-exploité

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    Etat des lieux. L’industrie, un potentiel sous-exploité
    Longtemps considérée comme le parent pauvre de l’économie, négligée par les gouvernements successifs, l’industrie est pourtant porteuse d’un grand potentiel sous-exploité. Malgré ses faiblesses, elle possède d’importants atouts prometteurs pour...
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Longtemps considérée comme le parent pauvre de l’économie, négligée par les gouvernements successifs, l’industrie est pourtant porteuse d’un grand potentiel sous-exploité. Malgré ses faiblesses, elle possède d’importants atouts prometteurs pour l’avenir.  
 

En mars 2019, le ministre de l’Industrie Waël Bou Faour a qualifié de «catastrophique» l’état de l’industrie au Liban. Il évoque alors différentes mesures pour venir en aide au secteur. En mai, il annonce que ces mesures ont commencé à donner des résultats positifs, preuve en est la hausse des exportations industrielles de quelques points durant les cinq premiers mois de 2019, avec les demandes croissantes issues des marchés européens. Il a alors expliqué que ces mesures, prises en collaboration avec les autres ministères concernés et les douanes, ont contribué à diminuer le coût de la production et à offrir certaines facilités dues au travail intensif au port de Beyrouth pour les exportations et les importations des produits premiers nécessaires pour économiser du temps et permettre aux industriels de limiter les frais. 

Des atouts et des faiblesses
Grâce à sa géographie et ses atouts naturels, le Liban a toujours été l’un des plus importants centres économiques et d’investissements de la région arabe et de l’ancien monde. Son économie libérale lui a valu d’occuper une place prépondérante dans l’économie régionale. La loi sur le secret bancaire et la solidité de ses banques, ainsi que les taux d’impôt réduits sur les sociétés, ont joué un rôle majeur pour renforcer la confiance des investisseurs dans le Liban. Sa main-d’œuvre qualifiée a aussi consolidé sa position.
Mais si ces facteurs ont influencé favorablement le secteur des services, l’agriculture et l’industrie sont passées par des périodes difficiles et ont payé largement le prix de la guerre.
Le Liban a toujours été porté sur le commerce. Un choix qui a laissé des traces sur le secteur de l’industrie qui s’est essentiellement caractérisée comme une industrie légère qui vise les produits de consommation courante comme les produits alimentaires et les boissons, la filière du bois et de l’ameublement, le textile et le prêt-à porter, les machines et équipements, le cuir et les chaussures, la joaillerie, le papier, le carton et les grands minerais.
Les exportations portent surtout sur des graines et des huiles, des produits des industries alimentaires, des boissons, des produits minéraux, des peaux, cuirs, ouvrages en bois, des matières textiles, tabac et produits artisanaux.

Expansion de certains secteurs
Environ 15 sous-secteurs composent actuellement l’industrie libanaise. Celui des aliments et des boissons contribue à la part la plus élevée de la production avec environ 26% du total de la production industrielle, suivi par celui des métaux et des produits métalliques avec 12%, les autres produits minéraux non métalliques avec 11,7%, les machines et les appareils électriques avec 11%, ainsi que les meubles et les produits en bois.
L’industrie plastique occupe une place de choix. Elle est basée sur la fabrication des conteneurs, des tubes, des objets domestiques ou du matériel publicitaire. Certaines sociétés ont même prospéré jusqu’à établir des filiales à l’étranger.
L’industrie du marbre a connu son âge d’or avec la demande intérieure engendrée par la reconstruction. Celle du ciment était la principale production industrielle après la guerre. Elle connaît cependant actuellement une certaine décroissance suite à la chute de la demande.
Le marché de mode de luxe est dynamique porté par une clientèle de Libanais et de touristes arabes. A partir de 2009, le rythme d’ouverture des boutiques de luxe a connu une croissance remarquable à Beyrouth. Mais depuis le déclenchement de la crise en Syrie, la baisse du nombre de touristes arabes a influé négativement sur la demande.
Quant au secteur des produits cosmétiques et du bien-être, il est en expansion permanente, avec une croissance de la demande liée au secteur de la beauté ainsi qu’au développement des instituts d’esthétique.  
L’industrie libanaise est majoritairement détenue par des familles. Au fil du temps, elle s’est surtout concentrée à Beyrouth et ses environs, puis durant la guerre, elle s’est étendue vers d’autres régions du littoral, avec les ports qui rendent possible l’import-export, et la proximité avec les marchés locaux et les produits premiers. 
L’industrie dans les montagnes s’oriente davantage vers des travaux manuels et des produits nécessaires aux besoins locaux. Le développement des industries dans ces régions a été favorisé par les prix assez abordables des terrains, ainsi que des facilités d’investissement. Certains produits sont exportés, notamment ceux fabriqués en soie et en laine, les outils ménagers et les produits artisanaux.
Ces régions ont aussi vu le développement de l’industrie des produits de construction, avec la présence des carrières, ainsi que de l’industrie de produits de consommation alimentaire: l’huile, les graines, les usines de fromages et de labné.

Efforts d’industrialisation
Aujourd’hui, le Liban accomplit des efforts notables pour s’industrialiser, avec pour objectif de rendre le pays indépendant de la production étrangère et de créer des conditions propices au plein emploi. De nouveaux marchés internationaux ont ouvert leurs portes aux produits libanais, tels que le Japon et Hong Kong, et l’industrie du vin, du papier et du plastique s’exporte sur les marchés européens.
En 2016, le secteur industriel représentait environ 7,5% de la production nationale et les exportations industrielles se sont élevées à 2,79 milliards de dollars. Après 2016, le secteur a connu un certain ralentissement. En 2017, les exportations ont baissé à 2,47 milliards de dollars, mais ont connu un léger rebond en 2018 avec 2,54 milliards.
Selon les chiffres du ministère de l’Industrie, le total des exportations industrielles durant les cinq premiers mois de 2019 a atteint un 1,1374 milliard de dollars, contre 1,0793 milliards de dollars durant la même période en 2018, avec une augmentation de 5,4%, et de 1,0128 milliards en 2017, soit une hausse de 12,3%. La moyenne d’exportation mensuelle durant les cinq premiers mois de l’année 2019 atteint 227,5 millions de dollars contre 215,9 millions en 2018.
Les produits chimiques ont figuré en tête des exportations durant le mois de mai 2019 avec 64,9 millions de dollars, avec la France comme premier client importateur. En deuxième position viennent les produits électriques avec 49,3 millions de dollars. L’Irak occupe la première place des pays importateurs de ce type de produits. En troisième position, ce sont les produits alimentaires et le tabac avec 39,3 millions de dollars, et c’est l’Arabie saoudite qui occupe le premier pays importateur de ces produits. 

Usines et emplois
Le secteur industriel s’est largement développé ces dernières années. En 2013, on comptait 2 778 usines. Actuellement, on recense, selon les statistiques du ministère de l’Industrie, plus de 5 200 usines sur le terrtoire. En plus, 2 000 usines fonctionnent dans les régions, quelques-unes avec l’autorisation des autorités locales, tel le mohafez, d’autres sans autorisation.
En 2018, plusieurs entreprises ont fermé leurs portes en raison du ralentissement économique, entraînant une augmentation du chômage.
L’industrie constitue le deuxième secteur offrant le plus grand nombre d’opportunités de travail après le secteur public. En 2013, et selon les données analysées par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi), l’industrie libanaise assurait entre 80 000 et 100 000 emplois. En 2016, ce nombre est passé à 134 000 emplois, soit 25% du total de la main-d’œuvre locale, puis à 185 000 en 2017 pour revenir à 125 000 emplois en 2018, avec la fermeture de nombre d’usines.

Stratégie gouvernementale
En 2015, le ministère de l’Industrie a établi une stratégie gouvernementale de soutien au secteur, basée sur des points principaux, tels: 
● Exempter à hauteur de 50 % de l’impôt sur les revenus issus des exportations industrielles;
● Baisser la TVA sur les matières premières et les équipements utilisés dans l’industrie;
● Réduire les taux d’intérêt sur les crédits pour le financement des fonds de roulement nécessaires à la promotion des exportations industrielles;
● Adopter la loi sur les fusions industrielles;
● Inciter les consommateurs libanais et les administrations à privilégier les produits locaux.

Une étude du ministère de l’Industrie proposant une vision pour le secteur de l’industrie jusqu’en 2025 a fixé les objectifs suivants:
● Élargir le marché intérieur pour qu’il soit capable d’assimiler 50% de la production industrielle;
● Augmenter les exportations industrielles;
● Augmenter la capacité de compétitivité de l’industrie libanaise, à l’intérieur comme à l’extérieur;
● Augmenter les investissements et le financement dans le secteur industriel.

Son travail se concentre sur certaines mesures nécessaires, dont:
● L’organisation du travail des établissements industriels;
● L’amélioration de la qualité des produits libanais;
● La protection de l’industrie libanaise en lui assurant un soutien continu pour l’aider à augmenter sa productivité;
● Inciter le secteur public à acheter libanais;
● L’organisation des zones industrielles existantes, et la création de nouvelles zones dans les régions;
● Aider les établissements industriels, petits et moyens. 
Dans le budget de 2019, l’État a adopté quelques mesures qu’il estime nécessaires pour aider l’industrie libanaise. Mais les industriels restent réticents, estimant que le secteur, fortement endommagé, aurait besoin de plus qu’un coup de pouce pour retrouver son essor. Ils revendiquent des primes à l’exportation, le renforcement de la lutte contre la contrebande, la fermeture des usines illégales, la réduction des intérêts sur les prêts accordés au secteur productif et le développement des zones industrielles. Le gouvernement a approuvé durant les derniers mois la création de sept zones industrielles entre la Békaa, le Mont-Liban et le Liban-nord.

Arlette Kassas

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Éditorial
Tout n’est pas perdu

L’exploitation à des fins politiques des difficultés économiques et du malaise social actuels est malvenu autant que les arguments avancés par les gens au pouvoir pour se dédouaner, justifier leur incurie et leur incapacité à faire face aux défis, en se barricadant derrière l’héritage du passé. Certes, l’héritage est lourd, difficile à gérer, mais le pouvoir est continuité et les dirigeants d’aujourd’hui ne peuvent pas rejeter sur ceux d’hier la responsabilité de ce qui nous arrive.Nous payons aujourd’hui le prix des choix économiques erronés et des politiques financières impertinentes qui ont occasionné d’immenses dommages, qui, nous en sommes convaincus, ne sont pas irréparables. Ces choix se résument à la politique d’endettement justifiée au sortir de la guerre par les besoins de la reconstruction d’un pays dévasté par une folie meurtrière qui a duré 15 années. Des dizaines de milliards de dollars ont été dépensés pour, soi-disant, financer de nouvelles infrastructures et la remise à niveau des anciennes. En réalité, une infime partie de ces fonds est allée à ce à quoi ils étaient destinés et le reste a fini dans les poches de la classe dirigeante. Combien de Premiers ministres, aux moyens modestes, ne sont-ils pas devenus des tycoons? Combien de ministres ne se sont-ils pas transformés en banquiers ou de députés en entrepreneurs et en hommes d’affaires? L’argent est allé enrichir une nouvelle classe politique de basse extraction morale, parasitaire et sans scrupules, qui a pillé le pays pendant un quart de siècle. L’endettement s’est poursuivi outrancièrement, non plus pour financer la réhabilitation de l’infrastructure, mais pour payer le service de la dette. Le pays s’est alors installé au fil des ans dans un cercle vicieux qui aurait dû le précipiter dans l’abîme depuis des années, mais la catastrophe a été évitée en raison de la conjoncture internationale, entre 2008 et 2010, qui a permis au Liban d’attirer des dizaines de milliards de dollars qui fuyaient les économies occidentales meurtries par la crise mondiale.Au lieu de mettre à profit ce sursis providentiel, la classe politique corrompue a poursuivi son pillage systématique des ressources de l’Etat, jusqu’à ce que nous arrivions au point où nous en sommes aujourd’hui.Tout n’est perdu. Mais l’heure n’est plus aux mesquineries et aux règlements de compte. Il faut repenser tout le modèle économique, jeter aux oubliettes la mentalité rentière et revenir au cycle de la production. Il faut impérativement réduire la facture des importations qui s’élève à 16 milliards de dollars par an, une somme injustifiée pour une population de 4,5 millions d’habitants. Il faut la réduire de plusieurs milliards de dollars, pour ne plus dépendre autant des humeurs du billet vert et des pressions de son géniteur. Pour cela, les Libanais ont un rôle à jouer. Ils doivent reprendre confiance dans leurs capacités à créer et à fabriquer des produits à valeur ajoutée. Ils doivent consommer libanais. C’est dans cet esprit que Magazine a consacré son dossier de couverture, ce mois-ci, à l’industrie libanaise dans toutes ses déclinaisons. En achetant libanais, nous réduisons la facture des importations et, par conséquent, le déficit de la balance des paiements. Mais pas seulement. Nous boostons la production locale, ce qui poussera les industriels à créer des emplois, et qui conduira, forcément, à la relance de la consommation. En achetant un produit libanais, chacun d’entre nous, à son niveau, contribue à l’apparition d’une dynamique vertueuse, seule capable de briser le cercle vicieux dans lequel ceux qui nous gouvernent ont plongé notre pays. ●


 Paul Khalifeh
   

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